‹ De la méthode d'observationChapitre 44 sur 195 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'inconséquence qu'il y a à proclamer d'abord l'observation comme le fondement réel du raisonnement, et à reculer ensuite devant l'application du principe, à en infirmer l'autorité. Nul doute assurément, en définitive, qu'une théorie, une véritable théorie, c'est-àdire un corps de données fondé sur l'observation ne nous soit utile pour relier les faits nouveaux qui peuvent s'y rattacher. Mais cette théorie, ne l'oublions pas, si nous la faisons sous la pression de quelques conceptions abstraites arrêtées d'avance, nous la faisons mal et nos conclusions en sont faussées. C'est là ce dont il faut se bien pénétrer, et nous ne saurions y trop revenir.

Prenons un exemple qui nous semble de nature à mettre cette thèse dans tout son jour. Parmi les faits que présente l'histoire, il n'en est point qui jouent un rôle plus considérable dans les annales des peuples, que ceux qui se rapportent à la guerre. Nous retrouvons partout et sans cesse cette lutte armée entre les diverses fractions de notre race semées sur la surface du globe. Si nous nous plaçons au point de vue des théories philosophiques et politiques du dix-huitième siècle, il est clair que nous serons amenés à de pitoyables déclamations, et certes elles ne nous ont pas été épargnées par nombre d'écrivains. La guerre sera, dans la rigueur absolue du raisonne-

ment, jugée immorale et condamnable. Ainsi, pour-* quoi troubler dans son mode d'existence telle peuplade insulaire de l'océan Pacifique, qui vit depuis des siècles nue et affamée, s'entr' égorgeant de forêt à forêt, mangeant ses prisonniers, pillant et massacrant sans merci les étrangers que les vents jettent sur ses bords. Cet état de société n'est pas beau sans doute; mais ces gens-là n'ont-ils pas le droit de vivre à leur guise? Ne sont-ils pas chez eux ? A cet argument il n'y a rien à répondre.

Mais où en serait le monde si les actes eussent été conformes au raisonnement! Non, disons-nous, la barbarie ne constitue pas le droit; les hommes qui vivent sous de telles conditions, ne sont pas chez eux; la société humaine a une œuvre à accomplir et quand elle ne le peut par l'action pacifique de quelques sages inspirés de Dieu, elle recourt à la guerre. L'histoire antique est remplie de ces expéditions armées, destinées à propager la civilisation, et qui ont légitimé la conquête par les progrès dont elle était suivie. €e fut tour à tour la mission des Égyptiens, des Grecs, des Carthaginois, des Romains!

Si donc nous abordons cet objet, l'esprit libre de toute opinion préconçue, nous sommes amenés à réprouver ou à admettre la guerre, selon qu'elle est une simple œuvre de destruction inspirée par Tam-

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