CHAPITRE YIII
de ces graves circonstances où se trouve parfois placé le corps politique. Quelle frappante conformité dans les situations ! Les partis qui surgissent alors ne présentent-ils pas à toutes les époques des caractères parfaitement identiques? Le mobile est toujours une idée abstraite, qui sans tenir compte des faits actuels, saisit les esprits et les entraîne. Suivez-les de l'œil : ce sont exactement mêmes élans fougueux, même enthousiasme éphémère pour des chefs improvisés, mêmes coalitions contre le pouvoir existant, mêmes divisions après la victoire! On dirait ces houles aveugles deTOcéan courroucé, qui se roulent les unes sur les autres ; les partis en sont partout la fidèle image; ils commencent comme la tempête, amènent aussi bien des désastres et s'apaisent insensiblement de même (XI).
Si donc les faits sociaux peuvent être rattachés à de certaines causes limitées, qui produisent naturellement partout et toujours les mêmes effets, comment la méthode d'observation ne pourrait-elle pas s'y appliquer? Encore un coup, cette application est difficile à cause des détails accessoires par lesquels les faits de cet ordre varient sans cesse, mais elle n'est pas impossible. Nous allons voir de quelle manière on surmonte les obstacles qui embarrassent ici la science dans sa marche.