‹ De la méthode d'observationChapitre 54 sur 195 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

diat de cause à effet. Au contraire, la répartition des naissances entre les deux sexes^ ce fait qui se rattache par plusieurs points à Tordre social, paraît au premier abord n'être soumis à aucune régularité. Il semblerait en thèse générale, qu'il devrait y avoir en tous lieux un nombre égal de naissances masculines et féminines; mais il n'en est rien. Voici une famille où il ne naît que des filles, une autre où il ne naît que des garçons, et un plus grand nombre où la proportion est indétern^inée, de telle sorte qu'on n'aperçoit plus dans la production des faits que désordre et confiision. Mais qu'au lieu d'envisager çà et là quelques familles, on compte les naissances d'une contrée un peu étendue et dans une certaine durée, on s'aperçoit avec surprise que le désordre a disparu , que la confusion a fait place à une proportion régulière qui s'est établie entre les sexes; on est arrivé à un rapport à peu près constant que nous offrent les états comparatifs de naissances, et duquel il résulte qu'elles se partagent effectivement par moitié entre les sexes, sauf un léger excédant très-peu variable qui se manifeste toujours en faveur du sexe masculin.

On voit donc que, tandis que pour le fait de la naissance la vérité nous est apparue sur-le-champ, il a fallu pour y arriver, dans la répartition entre les sexes, le rajyprochement d'un certain nombre de faits

analogues. « Attendu, dit le géomètre Fourier*, que la répétition des événements regardés comme fortuits fait disparaître ce qu'ils ont de variable, et que dans la série d'un nombre immense de faits, il ne subsiste plus que des rapports constants et nécessaires, déterminés par la nature des choses. »

Laplace disait pareillement, dans \ Annuaire du bureau des longitudes *, « qu'on peut regarder comme une loi générale que les faits qui semblent se succéder avec tant d'irrégularité quand on les considère séparément, deviennent à très-peu près constants quand on les considère en grand nombre, » Telle est la formule; elle est d'un haut intérêt, et l'on peut s'étonner que philosophes et publicistes n'y aient pas jusqu'ici attaché plus d'importance. Il y a là, selon nous, une véritable découverte sans doute due aux premiers constructeurs des tables de mortalité, et dont on tirera avec le temps meilleur parti pour l'avancement des sciences sociales. Ainsi, en effet, s'affaiblira la préoccupation que causent les éléments variables dans les faits moraux; on en a induit que ces faits doivent échapper à des appréciations rigoureuses. Mais la loi des grands nombres , comme on l'appelle, montre dans ses applications que c'est à tort, et la

i . "Recherches statistiques sur Paris, t. I , p. 29. 2. 1820, p. iU.

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