‹ De la méthode d'observationChapitre 58 sur 195 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

précier la moralité d'une contrée, nous verrons tel écrivain s'appuyer uniquement sur les documents relatifs à la criminalité, tel autre sur ceux qui constatent l'état de l'instruction primaire. Quelle valeur auront les conclusions tirées de semblables travaux, même quand elles sont d'accord, ce qui n'arrive pas toujours ? Elle est bien faible, car c'est de ces éléments réunis et de beaucoup d'autres encore, que se forme le jugement dans cette intéressante question. Une observation attentive fait voir, en effet, qu'un nombre plus ou moins grand d'individus sachant lire et écrire ne constitue pas essentiellement la moralité d'un peuple, et aussi qu'il est tel pays où les pénalités graves sont fréquentes, qui présentera néanmoins, à l'état normal, au sein des familles des habitudes réputées à bon droit très-morales. Il est évident que le travail doit être repris sur de plus larges bases, pour amener une solution satisfaisante.

Voilà ce qui a beaucoup contribué à discréditer la statistique auprès de nombre de personnes, toujours prêtes à répudier la chose à cause de l'abus qu'on en fait. Mais c'est une condamnation irréfléchie. Ne demandez pas à la statistique plus qu'elle ne peut vous rendre. Bornez-vous à avérer par elle les données auxquelles elle s'applique. Tenez pour très-positif que si les faits ont été recueillis avec exactitude; si même les

tableaux embrassent une étendue suffisante pour que les inexactitudes particulières puissent se compenser, vous arriverez sur tels points bien précis à une certitude tout aussi complète que celle qu'on obtient dans les sciences exactes, bien qu'elle ne puisse être mathématiquement formulée, ce qu'on a pourtant essayé, mais sans grand résultat, ce nous semble, excepté en quelques points très-restreints*.

Comme on vient dte voir, c'est aux faits qui se présentent sous forme de termes numériques que s'applique la statistique, cet important élément de la méthode d'observation. C'est ainsi seulement qu'on arrive à des résultats positifs. Par exemple*, un voyageur qui visite avec soin la France, a pu remarquer qu'il existe en général entre les populations du nord et celles du midi de cette contrée une différence de taille, et que cette différence est le plus fréquemment en faveur des habitants du nord. Il est arrivé à cette observation, en comparant par la pensée les tailles respectives de certains individus qui ont frappé son attention. Mais est-ce là une donnée scientifique ? Nullement. Le statisticien opérera autrement. « Il ne se bornera pas à regarder les passants ; il mesurera la

\ . Voir le travail important de M. Cournot sur les Vrinci'pes mathématiques de la Théorie des richesses. Paris, 1838. 2. Traité de statistique, p. o7 et suiv.

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