CHAPITRE IX
taille d'un certain nombre d'individus, ou bien il empruntera à des documents publics et authentiques, par exemple à ceux qui présentent les résultats des opérations du recrutement, la mesure de la taille comprise dans les contingents annuels. Choisissant au hasard le département du Haut-Rhin d'une part, et celui des Basses-Pyrénées de l'autre, il verra que pendant les quatre années 1 830-1 833, la taille moyenne des contingents a été 1 "*,669 mill. dans le premier, et r,640 mill. dans le second, formant une différence de 3 cent, en faveur du département septentrional sur le département méridional. Il pourra s'assurer, en outre, par un nouveau rapprochement entre deux départements voisins de ceux-ci, que dans les neuf années 1825-1833, sur 1,000 recrues, 259 terme moyen ont été exemptées par an pour défaut de taille dans les Hautes-Pyrénées, tandis qu'il n'a été exempté dans le Bas-Rhin pour le même motif que 153. Que l'observateur multiplie de tels rapprochements pour d'autres départements, qu'il comprenne dans les calculs un laps de temps plus considérable, si les résultats sont conformes (ils le sont), il est clair que ce qui n'était pour lui qu'une présomption deviendra une certitude. Bien plus , à mesure que des recherches ainsi faites s'étendront, la solution approchera de plus en plus de la rigueur désirable ; enfin, il arrivera de
la sorte, non-seulement à pouvoir affirmer qu'en effet dans une certaine circonscription territoriale désignée sous la dénomination de Nord, la taille des hommes est en général plus haute que dans une autre désignée sous celle de Midi, mais encore à pouvoir déterminer le rapport mathématique qui représente cette différence. »
Il importe de remarquer que pour obtenir les résultats ci-dessus énoncés, nous- ne nous sommes pas attachés aux quantités élémentaires que présentent les tableaux de recrutement. Non, groupant les chiffres mêmes de la taille des recrues, nous en avons extrait la moyenne. C'est là un procédé ingénieux, par lequel nous avons pu faire disparaître ces variations accidentelles que présentent les faits partiellement considérés ; elles se compensent ainsi dans une certaine quantité fixe qui les résume. Cette quantité est au reste la plupart du temps fictive. Si, par exemple, nous divisons la population totale de l'empire par le nombre 89, qui est actuellement celui de nos départements, nous obtenons un département moyen qui ne présenterait que par hasard le chiffre exact de la population de l'un d'entre eux. Mais la quantité fictive renferme l'atténuation de ces différences existant entre les nombres réels, et qui à la longue, comme l'expérience le démontre, ne troublent pas d'une ma-
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nière sensible la succession des faits analogues. C'est là sa valeur propre ; de ceci il résulte, on le comprendra, que la moyenne sera d'autant plus exacte que les quantités .comparées se trouveront plus rapprochées entre elles. De fortes différences faussent complètement les résultats; ainsi, dans la répartition dépar- * tementale que nous venons d'indiquer, \di7uoyenne do la population subit une assez notable modification, selon qu'on comprend dans le calcul ou qu'on en retranche le département de la Seine qui renferme Paris avec sa population agglomérée, hors de toute proportion. La différence devient plus considérable s'il s'agit de comparer telle région do la France avec celle où se trouve la grande métropole. Enfin, si vous rapprochez, par exemple, les cinq départements formés de l'ancienne province de Normandie, vous obtenez un département moyen approchant de la réalité, tandis que la même opération sur les quatre départements répondant à l'ancienne île de France, vous donne un département moyen tellement éloigné des . quantités primitives et réelles, que la donnée ne laisse dans l'esprit aucune notion exacte.
Cette observation est d'une haute importance, et il faut y donner une sévère attention dans les travaux statistiques, sous peine d'en diminuer considérablement le prix et l'utilité.
Xa statistique ne fait que de naître ; au surplus, il était impossible qu'elle ne s'égarât pas dans ses premières investigations; le temps doit lui imprimer une marche plus sûre, et l'avenir lui promet des résultats d'une grandeur peut-être inattendue (XIII).