‹ De la méthode d'observationChapitre 61 sur 195 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Il s'en faut, au reste, qu'on apporte en général une réserve désirable dans l'appréciation de ces grandes crises des nations. Nous voyons chaque jour faire à cet égard un usage irréfléchi de l'histoire. L'esprit humain est au fond tellement pénétré de cette croyance, que le passé est la leçon de l'avenir, et qu'en réalité la sagesse humaine, dans les grandes choses, est toute laite d'expérience, qu'il n'est guère de discussion politique où n'intervienne,'à l'appui d'une opinion, la citation de quelque fait important; mais ces citations n'ont que peu de poids, attendu qu'à l'autorité invoquée, on peut d'ordinaire en opposer une toute semblable. C'est un commencement d'application de notre méthode , mais ce n'en est pas l'application réelle. Ajoutons qu'on peut s'égarer gravement en s'atlachant ainsi à un fait partiel, dont on s'exagère l'importance et qu'on prend pour règle de conduite. Louis XVI avait, dit-on, toujours sous les yeux, dans la crise terrible où il se trouvait placé, l'histoire de Charles P', et pour éviter le-eort de ce prince, il crut devoir prendre une direction contraire à celle qui l'a-, vait mené à l'échafaud. Peut-être y eût-il échappé lui-même s'il eût adopté le système d'énergique défense qui perdit son malheureux émule. Jacques II, nous dit M. Macaulay dans sa belle histoire de ce règne, avait aussi sans cesse en vue la conduite de son

père, et se référant surtout à l'attitude prise dans l'origine par ce monarque à l'égard du parlement, il répétait souvent : Je ne ferai pas de concessions, mon

pèi^e fît des concessiom et fut décapité. Ce fut ainsi qu'il perdit sa couronne. « Quand bien même, ajoute judicieusement l'historien, il eût été vrai que ses concessions avaient été fatales à Charles !•', un homme de bon sens aurait dû savoir qu'ww se^il fait ne suffit pas pour établir une règle générale dans des sciences même beaucoup moins compliquées que celle du gouvernement ; que depuis le commencement du monde, il n'y a pas deux faits politiques qui se soient présentés dans des conditions identiquement semblables, et ^ue là seule manière de retirer de l'histoire quelque expérience politique est d examiner et de comparer iiû nombre infini de faitsK »

On ne saurait trop insister sur l'inconvénient de rces rapprochements hasardés, et qui servent de base à des jugements qui ne le sont pas moins aussi, par conséquent. De combien- d'erreurs flagrantes, de ridî- - cilles bévues ont été, par exemple, la source dans nos ■temps modernes, ces retours incessants et légers à l'antiquité dont l'étude nourrit notre enfance ! A la; fin du dernier siècle, c'étaient les Grecs qu'on nâélait saris !^ cesse à nos débats. Aujourd'hui on aime particulière-

-' l.'T. II, p. 66.

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