CHAPITRE X
ment à &ire allusion à la Rome des Césars, à cette époque où tombèrent presque sans combat toutes les vieilles libertés italiques. Notre temps peut-il être en effet avec vraisemblance assimilé à cette triste période, ou bien n'est-ce là qu'un de ces points de vue ingénieux, qu'uqe de ces déclamations piquantes, au fond sans réalité? C'est ceci qui semble probable sans doute. Toutefois, des recherches approfondies n'ont pas été faites; il faut suspendre son jugement jusqu'à ce que l'analyse et la comparaison des {aits distincts des deux époques nous mettent à même de nous prononcer formellement sur la question.
Nous disons donc que les faits complexes ramenés à leurs éléments indécomposables peuvent être rapprochés, et que de leur rapprochement doivent naître à la longue des principes fixes, des règles invariables. On voit poindre ceci à quelques égards. C'est ainsi que semble maintenant s'accréditer parmi les peuples cette notion politique, que dans le cours des révolu- . lions une domination absolue succède infailliblement à r anarchie {KN). On en voit la raison dans la nécessité où est le corps social de retrouver, coûte que coûte, l'ordre matériel, loi première de son existence; mais nous préférons déduire cette thèse de la comparaison même des révolutions diverses qui l'établit d'une manière évidente,
88 DE LA MÉTHODE d'OBSERYATION.
Sans doute, tout n'est pas fini, parce que quelquesuns ont pu par l'étude des faits arriver à la vérité sur ce point. Quand les nations .s'agitent, c'est la logique, non l'expérience qui les mène d'ordinaire. Le peuple est souverain ; le gouvernement vient de lui ; il est fondé sur son adhésion, et cette adhésion se subordonne à la manière dont le pouvoir est exercé. S'il l'est mal, on la lui refuse, on le combat, on le renverse, au nom de la liberté î Tout ceci s'enchaîne et est irrésistible, d'après le raisonnement; longtemps les masses s'y laisseront entraîner, bien que les sages sachent parfaitement quelles sont, surtout en ce qui concerne la liberté, les conséquences de ces renversements passionnés. Mais qui oserait prétendre qu'une expérience sans cesse répétée restera toujours inefiScace; qu'il ne viendra pas un temps où les esprits généralement imbus de cette succession nécessaire et fatale du despotisme aux troubles anarchiques, s'arrêteront sur une pente dangereuse et résisteront à ces trompeuses argumentations du droit politique, que savent si bien faire valoir ceux qui ont intérêt à voir l'État Uvré à de fatales perturbations ? il est trop vrai, en effet, que si elles amènent d'incalculables ruines particulières, quelques-uns y trouvent l'occasion de faire fortune, d'arriver au pouvoir, aux honneurs! Même une expérience journaUère fait voir que c'est là souvent le plus