CHAPITRE XII
politiques^ celle des livres de philosophie morale et celle que pratiquent les hommes d'état. Il n'y en aura plus qu'une, que cesseront de flétrir ces derniers sous le nom d'utopie irréalisable (XIX).
Il n'est point après tout difficile de voir poindre cette politique positive dont nous parlons. Citons un fait éclatant, dont nos regards sont à présent même frappés. Au sein d'une grande république fédérative, surgissent un jour des débats de nature à amener la rupture de l'union. Assurément, on pourrait discuter longtemps, sans se mettre d'accord en de telles circonstances, le point de droit, à savoir si des états res* tés souverains , quoique liés entre eux par la constitution, peuvent ou ne peuvent pas se séparer les uns des autres (XX). Le côté moral de la question reste donc douteux; mais s'il arrive alors qu'un homme placé à la tête du gouvernement fédéral , entreprenne en fait de maintenir cette puissante agrégation nationale, en contraignant les États dissidents à subir l'action commune ; si par une indomptable énergie il parvient à les faire rentrer dans l'union ainsi finalement préservée d'un déchirement funeste, cet homme sera appelé un grand politique, et s'il tombe en accomplissant sa tâche, frappé par quelque acte de sauvage fanatisme, c'est un sentiment d'universelle sympathie qui accompagnera sa mémoire dans la postérité.
Le mémorable spectacle que vient de nous offrir Tunion Américaine, la Suisse nous Tavait offert il y a quelques années ; et c'est ainsi qu'en dehors du droit absolu^ tend à sortir des faits un principe qui régira peut être un jour invariablement les confédérations.
Ce qui est bien à remarquer ici au surplus, c'est que ces principes étemels de la morale, comme on les appelle, ces principes dont on veut imposer le joug étroit à la science du gouvernement, sont eux-mêmes comme tout le reste un objet de controverse, car la science de la morale, ainsi que nous le verrons ciaprès, n'est pas mieux faite que les autres et ne repose la plupart du temps que sur de fausses inductions. Ajoutons que par une étrange contradiction, les d^enseurs ardents de cette théorie, ceux qui ont érigé en doctrine une politique idéale , en adoptent une bien différente quant ils sont en position d'exercer le pouvoir. On l'a bien vu en 1 793 ; les terroristes, en tète Robespierre, le contrat social fait homme^ selon Texpression heureuse de M. Lanfrey que nous venons de citer, sont tous des disciples de Rousseau. Eh bienl ils se font les apologistes des actes les plus odieux; pour arriver à leur but, tout est permis ; il n'y a point de crimes en révolution, s'écrie Chabot, à propos des exécrables massacres de septembre, et nul ne réclame contre cette politique qui laisse bien loin der-