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CHAPITRE XIII

DE l'histoire dans SES RAPPORTS AVEC LA MÉTHODE

On a pu s'étonner de ne pas voir, ci-dessus, figurer l'histoire dans la nomenclature des sciences morales et politiques. C'est qu'à vrai dire, et tout ce qui précède doit le faire comprendre, l'histoire, à nos yeux, n'est pas une science; en cet amas de faits divers dont elle conserve le dépôt, chacune emprunte ce qui forme son domaine séparé ; ce partage fait, rien ne reste. Il y a l'histoire de la philosophie et de la législation, l'histoire politique, religieuse, militaire, économique. Mais si nous ne voyons pas, à proprement parler, une science dans l'histoire, nous y trouvons un art, une des branches de l'art littéraire, peut-être la plus considérable, la plus gi^ande de toutes, un art qui résume les préceptes à suivre dans l'exposé de ces grandes manifestations de l'humanité, qui enseigne à discuter

ii8 DE LA MÉTHODE D^OBSERYATION.

les sources, à présenter les faits sous un jour à la fois intéressant et vrai. On en conçoit l'importance dans notre théorie, puisque c'est ainsi seulement que les témoignages de l'histoire prennent ce caractère d'authenticité d'où sort sa valeur principale.

Non, vraiment, nous n'entendons pas la déprécier ! Quelle mission, en effet, que celle de l'écrivain qui a à retracer les phases de l'humanité, à présenter dans leurs vicissitudes variées, du berceau à la tombe, les diverses sociétés politiques qui se sont formées à la surface du globe , œuvre imposante où vous rencontrez de si grands noms !

L'esprit de système s'est ici du reste donné libre carrière. Chaque école a eu sa philosophie de Vhis^ toirej où les faits se trouvent envisagés d'après une conception fondamentale à laquelle ils sont naturel* lement subordonnés. Ainsi, tel partage l'existence du genre humain en époques critiqués et organiques; tel autre verra se produire fatalement chez les peuples, comme chez les individus, les trois périodes d'enfance, de virilité et de caducité ; pour un troisième, il y aura dans l'histoire l'âge divin, l'âge héroïque, l'âge humain ; en dernier lieu, une école sur laquelle nous reviendrons, fera passer d'une façon invariable l'humanité par les époques religieuses^ philosophiques et po* suives : ce ne sont là en définitive que purs jeux de

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Fesprity qui sourient un instant à l'imagination, mais auxquels il ne faut pas attacher beaucoup d'intérêt sous le rapport scientifique. Qu'impoitent, en effet, ces vastes catégories dont un examen bien attentif des faits laisse toujours voir l'insuffisance! Malgré d'in* génieux efforts, telle ou telle civilisation des temps passés ou présents, n'y saurait rentrer. En vérité tout cela ne mène à rien, et a l'inconvénient de jeter du discrédit sur l'histoire auprès de quelques personnes portées à juger sévèrement ces vues systématiques. Mais pourquoi s'en préoccuper? Que Bossuet, par exemple, dans une œuvre magnifique*, subordonne d'une façon absolue tous les événements que présentent les annales du monde à une action providentielle directe; que Condorcet, dans un écrit digne, à beaucoup d'égards, de sa célébrité*, les ramène invariablement à cette conception de la perfection indéfinie de la société ( XXI ) qui a suscité, dans notre époque, tant de rêves et de déclamations I Ces plans réguliers, ces vues tranchées, peuvent, sans doute, imprimer aux récits une certaine couleur qui en altère la vérité ; mais ce n'est guère que dans les circonstances accessoires et, ne l'oublions pas, c'est aux données es-

\ . Discours sur l'Histoire universelle,

2. Esqtmse d'un Tableau historique des Progrés de VEsprit humain, in-8*, an. îlî.

sentielles que nous nous attachons ; c'est à elles que nous entendons appliquer la méthode; or, n'est-il pas évident que ces données subsistent au travers du voile dont les couvre l'historien, plus désireux d'être ingénieux qu'exact? les figures apparaissent au regard sous le coloris qui les pat e ou les dénature. Certes, il n'a pas manqué d'écrivains pour déguiser ce qu'a d'atrocement absurde la révocation de l'Édit de Nantes; mais cela empêche-t-il que ce fait ne soit pleinement apprécié par la conscience publique? Autant en- dirons-nous de ce régime de la terreur, qui a marqué le cours de notre grande révolution, et dont des opinions systématiques présentent journellement les excès comme une œuvre de préservation nationale. Mais les masses ne s'y laissent pas tromper, et le juste sentiment de mépris et d'horreur qu'ils inspirent, loin de s'affaiblir, grandit toujours, au contraire, à mesure qu'on s'éloigne de cette déplorable époque. L'école révolutionnaire actuelle elle-même, sauf de rares exceptions, les répudie profondément (XXII), et il ne s'est trouvé personne, parmi ceux qui les admettent, qui aient taxé la France d'ingratitude pour avoir néghgé jusqu'ici d'ériger des statues à ces prétendus sauveurs du comité de Salut public et de la Commune de Paris.

Ajoutons que dans les temps modernes, avec l'aide

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