CHAPITRE Xm
de rimprimerie, les pièces officielles, les témoignages précis, entre lesquels s'établit le contrôle, amènent un état de chose tel, qu'il est presque impossible que la vérité ne se fasse pas jour tôt ou tard sur les faits importants. Il en est tout autrement, avouons-le, quand il s'agit d'événements reculés, et où nous n'avons, pour appuyer nos jugements, que des relations justement suspectes à beaucoup d'égards. Il y a sous ce rapport une distinction à faire entre les temps anciens et les temps modernes. L'expérience était certainement plus difficile à acquérir dans le passé qu'elle ne l'est de nos jours. En beaucoup de choses, chez les anciens, il est bien clair que les faits n'existant pas encore, il fallait créer des théories en dehors des faits, ou se taire. On s'explique ainsi que l'esprit de système soit dominant chez les premiers travaux des Grecs; ce temps-là est le règne de l'hypothèse. Il en résulte que la vérité s'y cache bien souvent sous des fables ingénieuses, et il n'est pas touijours facile de l'en faire sortir. On sait pourtant quelles heureuses découvertes a faites l'érudition patiente et laborieuse des contemporains dans le champ de l'antiquité si longtemps couvert d'épaisses ténèbres.
Qu'on n'infirme donc pas la valeur de l'histoire sous prétexte que les jugements qui en émanent sont souvent feussés par la passion de l'écrivain. Il est
bien vrai que ceux qui font Thistoire, aussi bien que ceux qui la lisent, ont la plupart du temps des idées d'ensemble qui donnent une physionomie toute particulière aux faits, et dénaturent les conséquences qu'on peut en tirer. Ainsi Voltaire était certainement doué à un très-haut degré de toutes les qualités qui font l'excellent historien. Mais cette vue fondamentale d'après laquelle il considère l'esprit religieux, et notamment la croyance chrétienne comme une source de maux pour l'humanité, a trop souvent fait subir à ses récits une fâcheuse altération et atténué le prix de ses œuvres historiques. Son immense talent fit école; on le suivit dans cette voie et l'on peut dire qu'il égara son siècle; mais c'est la tâche du nôtre de redresser les erreurs systématiques, de remettre en honneur les croyances, d'en faire ressortir l'action bienfaisante sur la société,
S'agira-t-il de juger une révolution dans le pays même où elle s'est accomplie, une grande difficulté naît sur-le-champ, il faut le reconnaître, de ce que d'ordinaire, écrivains et lecteurs se partagent en deux catégories; les personnes qui en réprouvent le principe sont portées à en envelopper dans un blâme universel et exagéré les conséquences: ceux qui au contraire admettent pleinement ce principe, tendent h accorder aux faits qui ont suivi une aveugle appro-