‹ De la méthode d'observationChapitre 79 sur 195 · CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlil

bation. Les uns verront dans la révolution une ré* génération admirable, les autres une œuvre de ruine et de perdition. Mais avec le temps tout change ; les générations passent y les passions s'endorment dans la tombe avec les hommes et la vérité se fait jour, grâce aux documents, aux mémoires qui se publient. Rien de plus frappant en ce genre que la réhabilitation réelle qui s'effectue aujourd'hui, sous nos yeux, de cette malheureuse reine de France, l'une des illustres victimes de nos troubles sanglants ; nulle vie ne fut plus odieusement calomniée , mais voici que de toutes parts de concluants témoignages appellent aujourd'hui, sur elle, malgré quelques erreurs, les respects et les regrets de la postérité.

Un système, quelque temps en crédit, et mis à la mode par Voltaire, a contribué également à déprécier aux yeux de certaines personnes la valeur de l'histoire; c'est celui qui consiste à attribuer les grands événements aux petites causes. Mais en vérité, il n'y a là rien de sérieux. En admettant pour vraies les anec-dotes assurément suspectes sur lesquelles se forme cette opinion, il est évident qu'on attache trop d'importance à une circonstance tout accidentelle, et qui ne serait rien s'il n'y avait pas une situation fondamentale de laquelle devait sortir, un peu plus tôt, un peu plus tard, l'événement dont il s'agit. Cette situa^

tien est le point essentiel ; les faits, nous Tavons montré plus haut, n'ont point le caractère fortuit qu'on voudrait leur donner ici ; ils s'accomplissent sous l'action de lois régulières et c'est contre toute raison qu'on en verrait la cause dans certains incidents qui s'y rattachent et saisissent tout d'abord le regard. On a dit par une assimilation qui n'est qu'apparente : c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase; mais ce résultat n'est produit que parce que le vase est plein jusqu'aux bords et à défaut de cette goutte décisive, il est clair que la moindre secousse provenant d'une circonstance quelconque suffirait pour l'amener.

Le scepticisme en histoire n'a donc point de justification réelle. Laissons aux données qu'elle recèle toute leur immense valeur. L'observation, s'exerçant ainsi tour à tour dans le temps et dans l'espace, a un double domaine ; les faits existants que lui présente le monde, les faits qui ont existé que lui fournit l'histoire. Sans doute, il faut choisir entre ceux-ci ; tous n'ont pas une portée scientifique et beaucoup ne peuvent que servir d'aliment à une vaine curiosité. Mais ceci doit être examiné de fort près ; il arrive fréquemment que des détails qui paraissent oiseux peuvent concourir dans leur ensemble à faire apparaître la vérité ; assurément il semblerait au premier aspect

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qu'au temps où nous sommes, la révolution pleinement consommée, rien ne doit être moins fructueux que Tétude de terriers du moyen âge, de chartes du droit féodal, de procès-verbaux d'assemblées de paroisses, de circulaires d'intendants ; eh bien ! en puisant à cette source, Tpcqueville a composé un travail *, qui jette un joiu* tout nouveau sur cette révolution et en explique avec clarté la marche et le développement ; l'auteur y fait voir que la centralisation administrative qu'on croit une œuvre de notre siècle, avait été en grande partie réalisée par la royauté dans les deux précédents ; que déjà, avant le Code civil où se trouve inscrit le principe de l'égalité de partage, la terre était très-divisée, et que le nombre des paysans propriétaires était considérable; que la noblesse n'ayant absolument gardé de son ancien rôle d'aristocratie que des privilèges onéreux n'était dès lors qu'une charge sans compensation, et devait succomber au premier choc. Ces faits qu'on ne savait pas ou qu'on savait mal, sont établis, amenés à l'état de démonstration par une étude toute expérimentale où il est tel feuillet qui en dit plus sur le progrès démocratique accompli en France avant 1789, que les longues considérations du plus radical des historiens de la Révolution.

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