CHAPITRE XIV
nation la plus féconde. Eh bien 1 il en est de cette collection d'individus qu'on appelle la société comme de l'individu lui-même ; elle est également soumise à la grande loi de conservation. Les faits sociaux en définitive, tendent essentiellement aussi au maintien de la société. Pourquoi en effet n'en serait-il pas en ceci de l'ordre moi'al comme de l'ordre naturel; et comment la loi fondamentale qui régit les parties ne régirait-elle pas le tout? Le corps social est donc avant tout soumis à l'esprit de conservation. Il veut se perpétuer. Cette tendance prédominante se révèle sans effort à l'observation, et Ton peut dire que dans bien des cas, c'est un sentiment intime qui lui fait connaître avec une véritable certitude les mesures propres à le mener à ce but primitif et essentiel : la conservation.
Mais se conserver pour les êtres matériels ou immatériels, c'est prendre tout leur développement, c'est accomplir la somme de progrès que comporte la nature même des choses. Les faits sociaux devront donc concourir au maintien, c'est-à-dire au développement progressif «de la société. Nous disons qu'ilg sont bons en tant qu'ils marchent à ce résultat, mauvais s'ils vont en sens contraire. La réflexion fera comprendre toute llmpor lance de cette donnée qu'avaient entrevue quelques écrivains, mais dont ils n'ont pas,
mm^^mm'mimm^mm^^^^^'mmmfwm^^^^'^r'
ce nous semble, aperçu les hautes conséquences. Quelle base simple et solide effectivement dans l'appréciation des faits ! Quel sûr critérium pour les jugements que nous avons à porter sur toutes les choses du [monde social dans son présent, dans son passé !
Ainsi il est dans l'histoire du genre humain de certains faits qui se présentent, à peu près identiques, dans tous les âges et dans tous les pays. C'est Cicéron qui le premier, nous le croyons, a considéré l'adhésion unanime des hommes en toute question comme un concluant témoignage de la vérité : « In omni re, dit l'illustre Romain *, consensio firma omnium gentium est vox naturœ et argumentum veritatis. » Ce caractère d'unanimité a, en effet, beaucoup de force et la méthode s'en empare comme d'une autorité puissante ; mais il est des faits qui sans être universels se produisent toutefois avec une grande généralité dans l'histoire, et ceux-là appellent un sévère examen. Combien est-il d'erreurs en effet qui ont presque universellement dominé le monde 1 L'esclavage remonte à son berceau, et il n'est encore effacé que sur quelques points très-limités du globe. L'antropophagie fut, selon toute apparence, admise par la plupart des peuplades sauvages, rameaux d'une souche
{ • De Ncdura deorum.