CHAPITRE XVI
longtemps, dit-il, que loin des écoles et des systèmes, le genre humain croit avec une égale certitude à Dieu et au monde. Il croit au monde comnie à un effet certain, ferme et durable, qu'il rapporte à une* cause, non pas à une cause impuissante et contradictoire à elle-même, qui délaissant son effet, le détruirait par cela même, mais aune cause digne de ce nom, qui produisant et reproduisant sans cesse, dépose sans les épuiser sa force et sa beauté dans son ouvrage. Il y croit comme à un ensemble de phénomènes qui cesserait d'être à l'instant où la substance éternelle, cesserait de les soutenir; il y croit comme à la manifestation visible d'un principe caché, qui lui parle sous le voile et qu'il adore dans la nature et dans sa conscience. Voilà ce que croit en masse le genre humain. »
Que le débat se poursuive néanmoins, soit, mais qu'en attendre? A quoi bon recommencer toujours sa théodicée^ quand on sait qu'il y a toujours là quelque vain système pour la combattre? Quel peut être le résultat de cette éternelle lutte? Sera-t-il jamais possible, nous le demandons, d'arriver à une démonstration de l'existence de Dieu, plus solide, plus puissante, phis irrésistible au point de vue du raisonnement, que celles qui ont été produites par Platon, par
Cicéron, par saint Thomas d' Aquin, par Leibnitz, par
Glarke et par Féneloii? Et pourtant, ces démonstrations, toutes grandes et fortes qu'elles soient, ont été inefficaces pour amener l'adhésion générale, a C'est leur sort ordinaire, dit à ce sujet un habile et spirituel écrivain, de ne pas rempUr l'attente qu'elles excitent et de faire naître dans l'âme plus de surprise que de conviction. L'idée de Dieu est par elle-même une idée très-claire. Le sentiment d'une providence qui gouverne le monde nous est si naturel! Nous l'apportons en quelque sorte avec nous ; nous en vivons. N'est-ce pas cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde? Quand arrivent ensuite de sèches démonstrations, le flambeau pâlit et il semble que cette idée, si famiUère à tout esprit d'homme, s'enfonce et se perde dans une profondeur
immense K »
Il est donc arrivé que, depuis les premiers temps jusqu'à nous, les philosophes n'ont pas manqué pour ccmibattre la croyance en Dieu et la remplacer par quelque doctrine, dans le but d'expliquer à leur façon l'origine et l'organisation de toutes choses. Mais si d'une part les preuves sont impuissantes pour amener l'unanimité relativement à cette croyance, n'y a-t-il pas lieu de demander de l'autre à ses adversaires si, après tant d'efforts infructueux, ils peuvent garder