CHAPITRE XVI. i
certaines données fondamentales, certaines vérités premières qu'il faut admettre a priori; elle repousse du cadre de nos connaissances l'étude des causes ou de l'essence des choses, imitant le physicien, qui ne débute pas par se demander si la matière existe et comment elle existe. Elle s'attache exclusivement à cette réalité observable, que présente en l'honune son être moral.
Entièrement d'accord en ceci avec cette école, de ces notions premières et fondamentales, innées, acquises ou révélées, nous disons simplement qu'elles sont. Nous les affirmons, nous ne les démontrons pas. Elles s'appuient à nos yeux sur un immense et irréfragable témoignage, qu'on constate à toutes les époques de l'histoire. On les retrouve, plus ou moins confuses, à tous les degrés de la civiUsation. Telle est cette conception d'un être créateur de tout ce qui existe, et sous l'action souveraine duquel s'accomplit notre incompréhensible existence mortelle. C'est là assurément une notion universelle. Les faits qui l'attestent ont été souvent recueillis, et il est inutile de s'y arrêter. Mais l'argumentation philosophique s'en est emparée, et à ouvert à ce sujet une controverse à laquelle se sont mêlés les plus grands esprits, depuis les premiers temps jusqu'à nous , sans que la question ait, on peut le dire, fait un pas. Ce qui res-
sort d'une calme observation, c'est que l'idée d'une cause générale a en nous des racines si profondes, qu'il est impossible de l'en arracher. Nous ne pouvons pas nous expliquer qu'elle existe, cette cause générale, et nous ne pouvons nous empêcher de l'admettre. Nous ne pouvons comprendre qu'elle soit, mais il est de notre nature d'affirmer qu'elle est. On aura beau faire, le rapport de cause à effet est inhérent à la raison. Le rapport des causes entre elles, nous en avons la conscience, c'est l'ordre du monde. Vainement , le scepticisme nous dira relativement à l'existence de Dieu, que l'univers étant la réunion de toutes les causes et de tous les effets, il n'y a pas lieu à remonter à la cause des causes (XXVII); mais nous y remontons malgré nous. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement, renoncer à sa raison, en changer la nature, s'en faire une autre. Dans ses conditions actuelles, elle dit invinciblement : voilà un univers, il a son auteur et son maître. Celui qui repousse ce grand témoignage de l'humanité, ne fait au fond que mettre le hasard à la place de Dieu; mais pour lui en réalité, si nous pénétrons dans les mystères de sa pensée, le hasard c'est encore une cause.
Recueillons sur cette croyance universelle et profonde ces paroles éloquentes de M. Cousin * : <( Il y a
\, Biographie universellp,, art. Xénophane.