L. MARCH
que a, a, b. On obtient ainsi d'autres courbes limites, mais les distributions qu'elles représentent sont parfois susceptibles d'être décomposées par groupes de façon à éliminer les causes de déviation et à faire apparaître la courbe normale.
Ces formes limites, qui résultent d'une conception idéale du jeu des causes et des effets, et de l'association des effets, permettent de sérier les distributions d'observations naturelles classées d'après quelque caractère commun. Elles suggèrent par cela même une classification des causes qui ont produit ces distributions.
La forme normale, en particulier, marque la limite des décompositions utiles à l'analyse numérique ; elle aide ainsi à préciser la nature des causes opérantes.
Par ces décompositions judicieusement interprétées, la statistique obtient des déterminations objectives sur des masses hétérogènes, tandis que la méthode expérimentale s'applique aux faits réputés homogènes. Inférieure à la méthode expérimentale pour l'acquisition de la certitude, la statistique est plutôt l'instrument nécessaire d'une limitation progressive de Terreur.
Ces remarques justifient, semble-t-il, la conception d'après laquelle la statistique est regardée comme une méthode. On ajoute souvent que cette méthode n'ayant point de développement dans un objet particulier ne saurait constituer une science.
Il est bon, en effet, de réagir contre l'ancienne tendance à considérer la statistique comme la science des Sociétés humaines, sinon comme la
STATISTIQUE
science de toutes les choses auxquelles elle s'applique. De plus, on doit reconnaître que les recherches statistiques ne peuvent conduire à l'expression de lois semblables aux lois physiques : pas plus qu'il n'existerait de lois physiques pour des êtres subtils habitant les atomes.
Toutefois, il nous semble que la nouvelle manière de voir se fonde sur une vue un peu étroite des caractères de la science.
Une méthode qui groupe un ensemble de règles, même scientifiquement déduites, peut ne point mériter le nom de science quand elle n'est que l'instrument d'une étude particulière. Les règles utiles aux prospections géologiques ne composent ni la science de la géologie ni même une science distincte.
Mais une méthode qui s'applique à un grand nombre d'espèces différentes, qui même, sous certains aspects, peut trouver des applications dans la plupart des branches du savoir, n'offret-elle pas, par sa généralité même, par les propriétés fondamentales qui expliquent cette généralité, le caractère principal delà science?N'est-elle point comme une langue commune nécessaire pour raisonner sur des impressions complexes, toutes les fois que ces impressions ne se fondent point en une apparence homogène? Tel était, semble-t-il, l'avis de Cournot.
« La statistique, a dit plus tard Léon Say, est la science des dénombrements », entendant par là qu'elle se sert des dénombrements pour découvrir des régularités.
Si, au lieu de baser sa définition sur le procédé qui lui est propre, on s'attachait de préférence à