BOUÀSSE
distinction établir entre ces deux sciences ? Il n'y en a qu'une possible : la chimie étudie des espèces discontinues et les moyens de passer d'une espèce à l'autre. Je n'insiste pas : le lecteur trouvera dans le travail de M. Job une complète démonstration du rôle de la chimie.
Toute une partie de la chimie s'occupe du continu à propos des phénomènes généraux de dissociation (solutions, densités de vapeur,....). ïî est si parfaitement impossible de la distinguer de la physique qu'on l'appelle officiellement physicochimie. La théorie des ions qui est une forme développée parles physiciens, est remplie défaits trouvés par les chimistes.
Sciences appliquées.
La physique générale a comme prolongements les diverses branches de la physique appliquée (électricité industrielle, machines à vapeur et à explosion, résistance des matériaux, ....) dont les méthodes méritent de retenir un instant notre attention.
Une expérience se traduit par un tableau de nombres : nous avons montré quel intérêt présente la substitution d'une formule à ce tableau ; nous avons raconté que des siècles de tâtonnements peuvent précéder la découverte de la formule véritable, formule qui sert de postulat à une théorie ou qui est l'expression d'un des résultats de cette théorie.
La science appliquée ne peut pas attendre; sans se préoccuper de trouver une formule ayant une valeur théorique, elle en prend une de calcul facile : c'est ce qu'on appelle une formule empu
PHYSIQUE GÉNÉRALE
rique. Il arrive même qu'elle préfère à la formule théorique connue mais compliquée, une formule empirique d'allure plus simple. Par exemple dans la théorie de la machine à vapeur, on représente les adiabatiques de la vapeur d'eau dans le plan pression-volume par des hyperboles, alors qu'on sait fort bien que cette courbe ne satisfait pas aux desiderata de la théorie.
Ce que nous venons de dire des tableaux de nombres s'applique aussi bien à 1 'explication, à la coordination des faits eux-mêmes. La théorie peut être inconnue ou trop compliquée. La science appliquée crée alors une forme ayant un postulat dont on sait parfaitement qu'il ne fournira par voie déductive que des propositions approchées. La forme en elle-même est absolument correcte, mais elle ne contient les faits qu'avec une tolérance inadmissible pour la science pure.
La science appliquée multiplie dfatlïeurs sans pudeur les formes particulières auxquelles elle ne cherche pas à donner un développement considérable.
Par exemple la théorie de l'élasticité étant difficile, la théorie de la résistance des matériaux la supplée dans la pratique. Elle, contient une théorie approchée delà torsion, une théorie approchée de la flexion, toutes théories indépendantes ou à peu près, tandis que la théorie de l'élasticité s'applique à tous ces phénomènes, les coordonne avec une précision malheureusement balancée par une complication de formules effarante. Bien entendu la complication des résultats ne peut en aucune manière être opposée à une théorie dont les postulats sont simples et
H. BOUASSE
quasiment nécessaires. Mais la rigueur dans le calcul de la résistance des matériaux est un luxe si parfaitement inutile, qu'il vaut mieux des théories partielles plus simples, même un peu fautives, qu'une théorie plus satisfaisante mais délicate à manier.
Bref la science appliquée est une science simplifiée pour les besoins de la pratique, ou encore une science d'attente. De plus en plus elle s'efforce de se confondre avec la science pure par la rigueur de ses méthodes ; eUene s'en distingue quelquefois que par son objet (construction des appareils d'optique).
Divisions de la physique.
Il ne faut pas que le lecteur se laisse influencer parles divisions des traités élémentaires, trop servilement conservées dans les traités de physique supérieure. Séparer la chaleur de la thermodynamique, ou, quels que soient les noms adoptés, couper en deux branches l'étude des phénomènes thermiques est un legs du temps passé parfaitement ridicule aujourd'hui. Nous n'hésitons même plus à rassembler dans la thermodynamique tout ce qui s'occupe des ions électrolytiques, par exemple les forces électromotrices dites de contact. La thermodynamique a pour prolongement rationnel la physico-chimie dont elle n'est que le préambule en un sens, la forme en un autre sens.
De même l'acoustique est morte envisagée comme science distincte. On la fait rentrer dans la mécanique physique qui est l'application aux faits de la mécanique rationnelle. Ce qui est pro-
PHYSIQUE GÉNÉRALE
prement musical dans l'acoustique est relégué un peu en marge de la physique et forme comme un corps de doctrine indépendant. La mécanique physique contient comme chapitres l'hydrostatique et l'hydrodynamique dans laquelle se loge tout ce qui a trait à la propagation des ébranlements, c'est-à-dire l'acoustique des fluides, la théorie de l'élasticité (dans laquelle rentre l'acoustique des solides), et diverses autres sciences analogues.
Gomme troisième section importante de la physique, nous trouvons l'étude des symétries qui n'est pas à sa place ici mais dont je parle pour déblayer le terrain. Elle s'occupe des procédés généraux de classification des phénomènes, basés sur la répétition dans l'espace, ce qu'on appelle la symétrie. Elle admet comme cas particulier la cristallographie.
Tous ces objets éliminés, restent l'électricitémagnétisme et l'optique qu'on peut raisonnablement couper en trois parties. D'abord l'optique qui peut se traiter indépendamment de tout rapprochement avec l'électricité-magnétisme ; ensuite la partie de l'électricité-magnétisme qui doit se traiter indépendamment de tout rapprochement avec l'optique. Enfin les parties communes appelées électroptique. En toute rigueur la première partie rentre dans la troisième, l'optique étant un cas particulier de l'électricité-magnétisme ; c'est ce que nous indiquons par le changement de peut en doit. Pratiquement la distinction proposée est bonne, car elle répond aux nécessités de renseignement. Il est bien inutile de compliquer dès le début par des analogies complexes l'optique géométrique, les interférences et
n. BOVASSE
la diffraction, en un mot tout ce qui est nécessaire pour la théorie des instruments d'optique.
Nous parvenons ainsi à une division en six parties :
Mécanique physique.
Thermodynamique.
Electricité-magnétisme.
Optique.
Electroptique.
Etude des symétries.
L'étude des symétries doit être reléguée à la fin puisque c'est un classement général des phénomènes.
Ainsi le terme physique générale doit être abandonné ; il comprend trop de choses disparates et suppose chez l'étudiant trop de compétences variées. Il est urgent de procéder à un recoupement qui amène une spécialisation indispensable. De pareils changements dans le langage ne sont pas sans conséquences, comme on pourrait se l'imaginer. Si les chaires magistrales de nos universités pour la physique générale étaient respectivement consacrées à des branches bien délimitées de cette science, elle ne serait pas en France dans l'état peu florissant où nous la voyons. J'imagine que les titulaires de ces chaires s'efforceraient de connaître à fond au moins la partie de la physique qui correspondrait au titre de leur chaire. De même on ne voit pas la nécessité que toute la physique soit enseignée dans toutes les universités de province. Où serait le mal d'inviter nos étudiants à une circulation dont les Allemands se trouvent fort bien?
PHYSIQUE GÉNÉRALE
Conclusions.
La méthode en physique n'a pas varié depuis une époque lointaine ; elle ne semble pas susceptible de perfectionnements. Nous avons inventé au cours des siècles mille manières de sentir, de souffrir et d'ignorer ; la méthode pour savoir reste unique et invariable. De ce que Bacon a le premier rassemblé les règles de l'induction en un corps de doctrine, il serait faux de conclure qu'elles n'étaient pas antérieurement appliquées. Le Novum Organum parut en 1620, c'est-à-dire postérieurement aux travaux de Galilée, savant éminemment moderne. S'il est difficile d'exagérer l'influence de cet ouvrage sur la foule auprès de laquelle il vulgarisait des règles souvent méconnues et rehaussait des occupations souvent méprisées, il faut bien reconnaître que son action sur les savants fut nulle, parce qu'elle était inutile. Rappelons avec un grain d'ironie que Bacon s'est magistralement trompé en appliquant ses propres règles, toutes les fois qu'il s'est proposé d'élucider quelque problème expérimental.
Depuis toujours les hommes construisent des théories, développent des formes. Mais la réussite a longtemps été médiocre, parce que la géométrie et les sciences mathématiques étaient dans l'enfance.
Nous avons dit en commençant que la physique peut servir comme type d'une science achevée. C'est qu'en effet la méthode déductive n'est pas propre à la physique.
En physique les formes prennent immédiatement une allure mathématique au sens concret du
H. DOUASSE
mot, d'où une incomparable précision, une merveilleuse richesse.
Dans les autres sciences de la nature, les formes existent mais moins précises et susceptibles par conséquent d'un moindre développement sans recours nouveau à l'expérience.'Les théories des valences et du carbone asymétrique en chimie sont des formes logiques se rattachant à la théorie des combinaisons arithmétiques et à l'étude des symétries.
C'est précisément parce que la physique n'est pas une exception à la règle générale, mais parce qu'elle l'illustre d'une manière éblouissante que l'étude de sa méthode présente un haut intérêt philosophique.
H. Bouasse
Professeur à la Faculté des Science* de Toulouse.
CHIMIE1
L'observation des objets qui nous entourent nous conduit à distinguer diverses sortes de matière. Quand nous désignons d'un mot le marbre ou le cuivre, nous entendons rappeler qu'un certain ensemble de qualités est commun à tous les objets en marbre et qu'un autre ensemble est commun à tous les objets en cuivre. D'ailleurs ce qui précise la notion et qui justifie le mot, c'est que l'ensemble de qualités ainsi désigné * dans l'un et l'autre cas paraît être quelque chose de défini et de persistant. Défini dans quelle mesure? Persistant, à quel degré? Telles sont les questions auxquelles la chimie s'efiorce de répondre.
Dire que l'ensemble de qualités appelé cuivre est défini, c'est admettre que nous le retrouvons exactement pareil à lui-même sur tous les échantillons et en tout temps. Et ceci suppose que ces qualités sont soumises à une comparaison rigoureuse, c'est-à-dire à des mesures physiques.
i. L'auteur essaie simplement de définir l'objet de la chimie et les moyens mis en œuvre pour l'atteindre. La division du sujet est la suivante : i° l'espèce chimique, les espèces possibles ; 2° la transformation chimique, les transformations possibles.