I. Grignard. Voir les traités spéciaux
A. JOB
un système dont le potentiel est plus élevé. Et, par suite, l'ensemble eau, anhydride phosphoreux, oxygène, sera certainement plus riche en métamorphoses que l'ensemble anhydride phosphorique et eau. C'est bien ce que l'expérience vérifie. Car l'anhydride phosphoreux dissous dans l'eau donne l'acide phosphoreux qui se prête à une foule de réactions. Citons-en une particulièrement intéressante : à l'ébullition il se dédouble en donnant de l'acide phosphorique et du phosphure d'hydrogène.
Ce qui précède nous fournit un enseignement : nous ne devons dégrader un système chimique qu'avec les plus grandes précautions. En méconnaissant l'acide phosphoreux on se fût privé non pas d'une observation, mais d'un grand nombre d'observations nouvelles. Or il se trouve que, par sa mobilité, l'acide phosphoreux était de toutes les formes diverses du système initial l'une des plus propres à nous échapper. — Nous aurions pu citer bien des exemples analogues. Ainsi l'alcool du bois en s'oxydant fournit de l'acide formique. Et il est possible de reconnaître au cours de cette oxydation un stade intermédiaire qui est l'ensemble oxygène et aldéhyde formique. L'aldéhyde formique est d'une extraordinaire mobilité pour les métamorphoses. Aussi, dès qu'on l'a isolé, devient-il une source féconde de découvertes. Mais à cause de cette mobilité même il est extrêmement difficile à saisir. — Nous avons fait un progrès. Nous savions que -parmi les formes diverses d'un système chimique la plus élevée en potentiel est la plus riche en promesses. Nous apprenons maintenant que parmi ces formes il en est de plus promptes aux réalisations. Ce sont
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justement celles-là que nous avons intérêt à retenir. Mais étant les plus déliées et les plus mobiles, elles sont aussi les plus fragiles et les plus fuyantes.
L'acide hypochloreux, l'eau oxygénée, l'acide azoteux peuvent être cités comme des types accomplis de ces formes mobiles. Aussi deviennent-ils entre des mains exercées des réactifs de choix. Mais combien de formes analogues plus déliées encore doivent passer inaperçues qui deviendraient, si nous pouvions les saisir, de précieux agents de réaction. Le chimiste averti cherche partout leur trace et parfois il la trouve. Nous pouvons décrire une expérience tout a fait caractéristique à cet égard. L'hydrate ferreux humide exposé à l'oxygène s'oxyde et devient de l'hydrate ferrique. L'arsénite de soude en présence de l'oxygène reste inaltéré. Qu'on mette à présent l'hydrate ferreux au sein d'une solution d'arsénite de sodium et qu'on agite à l'air. Il fournit le même hydrate ferriqué. Mais en même temps une partie de l'arsénite de sodium s'est oxydée à son tour et changée en arséniatede sodium. Que s'est-il donc passé ? C'est qu'entre l'hydrate ferreux et l'hydrate ferrique qui est le produit final de son oxydation, une forme intermédiaire peroxydée s'est produite forme extrêmement fragile, mais qui n'est pas si fuyante qu'elle n'ait laissé son empreinte en fixant sur l'arsénite une partie de son oxygène2. — Ainsi le chimiste arrive à mettre
1. Dans certains cas, on a isolé cette forme intermédiaire et reconnu le peroxyde (voir, par exemple, le cas du carbonate de cérium).
2. Exactement la moitié de l'oxygène retenu d'abord (si l'arsénite est en jexcès).
A. JOB
en jeu des composés qu'il ne voit pas, et on peut dire qu'ils sont d'autant plus actifs qu'ils sont plus insaisissables.
Nous allons voir qu'on peut les utiliser mieux encore. L'oxydation de l'arsénite de sodium étant liée à celle de l'hydrate ferreux s'arrête (quel que soit l'excès d'arsénite), dès que tout l'hydrate ferreux est transformé. On peut imaginer un mécanisme de réaction plus partait encore qui régénère incessamment la forme mobile. — Soit une solution d'hydroquinone pure dans l'eau pure; agitée dans l'oxygène elle ne s'altère presque pas. Or il suffit qu'on y ajoute une quantité infimed'acétatede manganèse pourqu'elles'oxyde aussitôt^ et cette fois l'oxydation se poursuit indéfiniment sans addition nouvelle d'acétate, si grande que soit la ma^se d'hydroquinone. Nul doute que l'acétate de manganèse, comme l'hydrate ferreux, ait formé un peroxyde. Mais la destruction de ce composé au contact de l'hydroquinone est aussi complète qu'elle est rapide ; l'oxygène retenu un instant par le sel métallique est intégralement fixé par lui sur l'hydroquinone et le sel, libre à nouveau, est aussitôt prêt à en reprendre une dose nouvelle. Si bien que la forme mobile, sans cesse détruite et sans cesse régénérée, continue indéfiniment son oeuvre oxydante.
Ici la forme mobile acquiert une importance de premier ordre ; elle communique sa mobilité. L'oxygène et l'hydroquinone tendaient spontanément à réagir, mais leur réaction était lente et comme entravée. L'acétate de manganèse la
CHIMIE
délie1, pratiquement il la rend possible. De la même manière on voit le platine éveiller à son contact l'activité endormie du mélange d'oxygène et de gaz sulfureux. Enfin un des accélérateurs les plus actifs qu'on ait trouvés est certainement le nickel réduit qui permet de réaliser en chimie organique un nombre considérable d'actions hydrogénantes2. — Ainsi le catalyseur agrandit pour nous le champ des transformations spontanées puisqu'il nous les révèle. Mais de plus, il ouvre un nouveau crédit à notre action. En eftet, si nous ne sommes pas encore capables de rendre possible à notre gré telle réaction que nous aurons choisie, du moins nous pouvons espérer de régler à notre convenance la vitesse des transformations permises. Qu'on nous laisse pour chacune d'elles trouver le catalyseur qui peut l'accélérer ou la ralentir8, et nous commanderons l'évolution d'un système quelconque. — Justement la matière vivante réalise pour nous des catalyseurs modèles qui sont les diastases. Ainsi nous voyons que le sucre peut se changer, selon la diastase qui en décide, soit en gaz carbonique et alcool, soit en acide lactique. C'est dire que nous pourrons intervenir sans le moindre effort dans la destinée d'un système chimique, et de tels exemples nous avertissent de la puissance qui nous est promise.
i. C'est là un fait de catalyse. On appelle catalyseur une substance qui, introduite en quantité finie dans un système chimique, détermine, sans s'altérer, la transformation du système, si grande que soit sa masse. f2. Sabatier et Senderens. Voir les traités spéciaux.
3. Il y a, en effet, des catalyseurs qui ralentissent les réactions. Exemple, la glycérine dans l'oxydation du sulfite de sodium.