MO II A LE
ne se sont-ils pas, jusqu'à présent, établis en morale comme ailleurs? Les autres portions de la réalité donnée dans l'expérience sont devenues peu à peu des objets de recherche scientifique ; s'il y a une réalité morale objective, comment n'a-t-elle fourni matière qu'à des « morales théoriques »? Ne serait-ce pas qu'en effet, comme le soutiennent les auteurs de ces morales, à un objet différent convient une forme de spéculation différente ?
Pour rendre raison de ce fait, il suffira sans doute d'appeler l'attention sur certains caractères qui sont propres à la « réalité morale ». Des intérêts sociaux très puissants, des sentiments très énergiques s'opposent pour ainsi dire a -priori à ce que les choses morales fassent l'objet d'une étude objective et désintéressée. Il n'en est pas de la morale comme de la cristallographie ou de la mécanique. L'attitude scientifique est, par définition, une attitude critique. Comment prendre cette attitude à l'égard de règles dont le caractère obligatoire imprime le respect à toutes les consciences? De même que l'attitude critique, dans la science des religions, a dû paraître irréligieuse, bien qu'elle ne le soit pas nécessairement, de même, dans une science de la réalité morale, elle prend presque à coup sûr un air d'immora lité. Elle semble, à tort, inséparable d'une sorte de scepticisme, que la conscience commune condamne, soit comme un manque de sens moral (correspondant à l'indifférence en matière de religion), soit comme un principe d'anarchie qui mettrait en question toutes les institutions sociales, c'est-à-dire l'existence même de la société. Tout effort pour considérer la réalité morale en