‹ De la méthode dans les sciences (volume 2)Chapitre 44 sur 61 · L. LÊVY-BRUHL · texte numérisé non relu

L. LÊVY-BRUHL

de la nature. Nous sortons de la confusion inextricable où nous entraînait l'idée d'une « science de la morale », d'une « morale pure », d'une « morale théorique », qui devait être tout ensemble normative et spéculative, sans pouvoir satisfaire à la fois à ces deux exigences. L'une se, sépare de l'autre, conformément à la nature des choses. Désormais l'effort spéculatif ne consiste plus à déterminer « ce qui doit être », c'est-à-dire, en réalité, à prescrire. Il porte, comme en toute science, sur une réalité objective donnée, c'est-àdire sur les faits moraux et sur les autres faits sociaux inséparables de ceux-ci. Comme en toute science encore, il n'a d'autre fin directe et immédiate que l'acqùisition du savoir. Parvenu à un certain degré de développement, ce savoir permettra d'agir, d'une façon méthodique et rationnelle, sur les phénomènes dont il aura découvert les lois.

Ainsi la prétendue « morale théorique » disparaît. La « morale pratique » subsiste en fait. Elle devient l'objet de l'investigation scientifique, qui, sous le nom de sociologie, entreprend l'étude théorique de la réalité morale. Et cette étude théorique prêtera plus tard à des applications, c'est-à-dire à des modifications de la pratique existante. Transformation des « sciences morales » grosse de conséquences, dans le domaine de la pensée comme dans le domaine de l'action, et dont nous ne pouvons apercevoir encore que la période préliminaire.

Mais, pourra-t-on demander, pourquoi les rapports normaux de la théorie et de la pratique

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