Chapitre Y
Nous venons de passer en revue les principales applications physiologiques que peut fournir l'emploi de la méthode de l’eau camphrée. Il nous a été donné d'apprécier les variations de l’odorat au double point de vue des âges et des sexes ; nous avons dû ensuite étudier les phénomènes si intéressants et en même temps si complexes de la fatigue et de l’asymétrie olfactive,
Il nous reste maintenant à examiner les résultats que nous fournit cette méthode, lorsque nous l’'appliquons à la pathologie. Nous étudierons donc l’odorat particulièrement dans l’épilepsie, l’hystérie et enfin la paralysie générale.
En 1892, MM. Féré, Batigne et Ouvry faisaient connaître les résultats de leurs recherches sur le minimum perceptible de l’olfaction chez les épileptiques. Ils en concluaient que tous les épileptiques avaient de l’hyposmie, mais sans pour cela que le traitement fût incriminé. La méthode employée par ces auteurs
ävait pour base ces essences non définies dont nous avons déjà-eu l’occasion de parler. Nous ne reviendrons pas sur les critiques que nous avons déjà formulées. En second lieu, ils n’ont point mesuré séparément la sensation et la perception qui sont deux modes d’activités bien distincts ainsi que nous l’avons déjà montré et qui, notamment pour l’épilepsie, sont loin
‘évoluer d’une façon toujours identique.
En troisième lieu, il était nécessaire de faire une distinction entre les diverses épilepsies (essentielles, traumatiques, avec ou sans délire, etc., etc.), bien mieux entre les divers épileptiques suivant leur âge.
Pour tâcher d’obvier à ces inconvénients, MM. Toulouse et Vaschide ont choisi cent seize femmes atteintes d’épilepsie convulsive. De ce fait les épilepsies larvées et autres étaient à dessein éliminées. Cinq groupes furent ensuite déterminés, chacun ayant un cortège de symptômes à peu près identiques. Dans un premier groupe étaient rangées des adultes atteintes d’épilepsie essentielle, c’est-à-dire dans l’histoire pathologique desquelles l’on ne pouvait trouver aucune affection ou état morbide de nature à amener cette grande névrose. De plus, ces malades ne présentaient pas de troubles pouvant faire penser à des lésions localisables du système nerveux ; pas d'idées délirantes ni de faiblesse intellectuelle. Dans un deuxième groupe étaient comprises des femmes adultes affectées d’épilepsie essentielle mais délirantes. Un troisième groupe
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contenait des adultes atteintes d’épilepsie essentielle avec faiblesse intellectuelle apparente; un quatrième groupe des épilepsies d’origine nettement organique ou sénile ; dans un cinquième groupe on trouvait des épilepsies d'origines diverses : alcoolique, traumati- GUCMCLCEr.
Les résultats en sont publiés dans le tableau suivant où les minima obtenus pour les adultes épileptiques sont comparés à ceux des adultes saines.
S1 nous jetons d’abord un coup d'œil sur les résultats fournis par la mesure de la sensation, nous voyons que les minima des épilepsies essentielles sans délire ou avec délire dépassent assez notablement la moyenne. Cette différence est sans doute due à ce fait que le premier groupe compte vingt jeunes filles de 18 à 20 ans. Aussi nous gardons-nous d’en tirer quelque conclusion en faveur de cette supériorité, mais nous devons cependant admettre au moins que l’hyposmie n'existe point dans ces cas. Si, au contraire, nous venons à considérer la perception, les résultats sont bien différents. Nous voyons, en effet, les minima de perception suivre une certaine gradation à mesure que l’on s'éloigne de l'état sain.
Dans l’épilepsie essentielle simple nous lisons 9 p. 100,000 mais si elle se complique de délire et ensuite de faiblesse intellectuelle, nous tombons de suite à 8
p. 10,000 et à s p. 10,000. De cette étude, nous con-
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cluons que ce sont uniquement la perception olfactive et aussi la perceptivité qui seraient diminuées chez les épileptiques. Il est certain que ces deux derniers modes de l’activité sensorielle sont bien plus compliqués que la sensation et qu’ils sont incompatibles avec la perte des facultés intellectuelles, en particulier avec le jugement sans lequel ils ne sauraient subsister.
Il fallait pour compléter cette étude sur l’épilepsie, déterminer d’une façon aussi précise que possible l'influence des crises comitiales sur l’olfaction. Pour avoir la mesure de l’odorat peu de temps avant la crise, il suffisait de mesurer d'heure en heure le pouvoir olfactif de malades ayant de fréquents accès. D’autres fois, le hasard favorisait l'opérateur, la malade venait à tomber en accès peu de temps après que l’on eut vérifié son pouvoir olfactif. Ici encore nous verrons l’importance de la distinction entre la sensation et la perception.
Nous donnons ci-après le tableau publié par MM. Toulouse et Vaschide :
Ce tableau nous fait voir qu'avant la crise il y a augmentation de la sensation et de la perception, c'est-à-dire en somme, hypéresthésie olfactive. Cette hypéresthésie olfactive précédant immédiatement l’accès a été retrouvée chez tous les sujets. C’est donc là une aura sensorielle qui peut être considérée
comme un symptôme prémonitoire tributaire de l'é-
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