LES ORIGINES DU ROMANTISME ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Nous sommes habitués à dire : le xvii* siècle, le xviii^ siècle, le xix® siècle, comme si les époques littéraires commençaient et finissaient avec le millésime de chaque siècle. Nous savons bien, cependant, que la nature ne connaît pas ces divisions artificielles. Naiara non facit saltus ! L'âge classique se prolonge jusqu'au milieu du xviii® siècle, et le siècle des philosophes commence avec Bayle et Fénelon, avant l'année 1700... S'il fallait absolument fixer une date pour séparer les deux époques, c'est aux environs de 1760 ou de 1760 qu'il conviendrait de la placer. On peut dire qu'alors, avec J.-J. Rousseau, apparaît une nouvelle manière de sentir et de penser. — L'art qu'avait défini Boiieau en 1674 et que Buffon célèbre encore en 1753 dans le Discours sur le Style, se réclamait de la raison et il lui soumettait, comme une humble servante, la sensibilité. — C'est à la sensibilité, au contraire, dans ce qu'elle a de plus personnel, de plus capricieux, de moins réfléchi, que s'adresse en 1761 l'auteur de la Nouvelle Héloïse ; le jour où s'éleva sa voix originale et puissante, le Romantisme était né.
Mais il faut, avant de l'entendre, écouter une fois en-
JxOlx LE ROMANTISME ET LA RÉVOLUTION
core celle de la Raison classique. Cherchons dans les œuvres mêmes de Boileau et de Buffon les causes de son affaiblissement et les motifs pour lesquels, après 1760, l'art classique dut faire place à l'art romantique.