Culte de Lamartine pour M™« de Staél et Chateaubriand
— Lamartine à Coppet : Pages choisies de 3/'"* de Staël, éd. Roche- BLA.VE, p. 78 ; et Recueillements, Entretien avec le lecteur, p. xvii :
« J'étais, depuis ma tendre enfance, un admirateur exalté du génie et du caractère de M'»^ de Staël. Corinne avait été mon premier roman : c'est le roman des poMes. Le livre religieux, mystique, républicain de l'Allemagne m'avait Tévélé à moi-même mes sentiments encore confus. . . J'étais ivre du nom de M"»» de Staël. »
— Il lit avec le même enthousiasme René, Atala et le Génie du Christianisme.
La rédaction de la note a pris une classe entière. Mais ces exercices de lecture à haute voix, suivis de jugements modérés, interrompus par des réflexions imprévues, ne sont pas les moins vivants ni les moins profitables. On lasserait l'attention des élèves par des explications minutieuses trop répétées; de simples lectures, bien choisies, restent souvent mieux gravées dans les mémoires que de trop soigneux commentaires. Ici, tous les textes « portaient ». Le dernier surtout, le récit de Lamartine voyant passer M^^ de Staël et M™® Récamier en voiture comme des divinités, a eu le plus grand succès ; l'enthousiasme du jeune poète, les sourires moqueurs des deux femmes devant son admiration béate, la bonne grâce du narrateur avouant sa naïveté, tout fut compris et apprécié : c'était bien la jeunesse parlant à la jeunesse.
Encouragés par cet essai, nous avons consacré deux classes encore aux lectures suivantes :
2« Note:
Les idées politiques de M""' de Staël
et de Chateaubriand.
(Pages choisies de M'"' de Staël, éd. Rocheblave.
Extraits de Chateaubriand, éd. GirauDjPellissierou Rocheblave.)
1. Différences entre les idées de M'^ de Staël et celles de Chateaubriand,
M°^« de Staél.
— Son éducation (Rocheblave, p. x-xviii).
— Liste de ses œuvres (id., p. lxii).
— Son premier livre important (1800) : De la Littérature, considérée dans ses rapports avec les Institutions sociales.
— L'idée essentielle ; le progrès de l'esprit humain, ou la perfectiihilité (Rocheblave, p. 166) — confiance optimiste dans la nature humaine.
Chateaubriand.
— Son éducation — Lire les 118 premières pages de l'éd. Rocheblave ou les p. 2ii6-3i7 de l'éd. Giraud : Extraits des Mémoires d'Outre-tomhe — un roman poétique.
— Son premier livre (1797): Essai sur les Révolutions — vanité des révolutions (éd. Pellissier, p. 11) — pessimisme et méfiance.
2. Ressemblances entre les idées de M""" de Staël et celles de Chateaubriand,
Tous les deux opposent la force du sentiment aux excès de la raison pure.
M'"" de StaêL
— Le sentiment de Vart, dans Corinne ou V Italie (180']) (Rocheblave, p. ii5-i6i).
— Le génie allemand, dans V Allemagne (^1810-18 iZ) (Rocheblave, p. 21 1-2 16).
Chateaubriand.
A. — Chateaubriand désavoue en partie son E^sai sur les Révolutions {Note citée par Pellissier, p. 12). — Il se rapproche, tout en la critiquant, de M"™® de Staël : Lettre à M. de Fontanes sur la 2^ édition de l'ouvrage de M'"* de Staël (la Littérature^ — parue dans le Mercure du 22 décembre 1800 (éd. Pellissier, p. Sg).
Extrait :
«... Vous n'ignorez pas que ma folie est de voir Jésus-Christ partout, comme M"™" de Staël la perfectibilité. J'ai le malheur de croire, avec Pascal, que la religion chrétienne a seule expliqué le problème de l'homme. Vous voyez que je commence par me mettre à l'abri
SOUS un grand nom afin que vous épargniez un peu mes idées étroites et ma superstition antiphilosophiqae... Il sera divertissant pour vous de voir comment deux esprits partant de deux points opposés sont quelquefois arrivés aux mêmes résultats. Madame de Staël donne à la philosophie ce que j'attribue à la religion... »
En réalité, la philosophie de Rousseau et de Germaine Necker avait avec le christianisme une grande affinité ; et la religion de Chateaubriand faisait une large part à la philosophie ; l'une et l'autre s'appuyaient surtout sur le sentiment ; avec elles était née la poésie romantique.
B. — Le despotisme de Napoléon aekhve de le jeter également dans l'opposition.
i8o4 ' Sa démission, à la suite de l'exécution du duc d'Enghien.
1807 : Article sur M. de Laborde dans le Mercure : « C'est en vain que Néron prospère ; Tacite est déjà né dans l'empire. Il croît, inconnu, auprès des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. »(i)
181 1 : Napoléon lui interdit de prononcer son discours de réception à l'Académie.
C. — Indépendance de sa pensée dans le « Génie du Christianisme ».
Le livre était sincèrement religieux et philosophique ; le but essentiel de l'auteur n'était pas, quoi qu'on en ait dit, de seconder Bonaparte à l'époque du Concordat ; il y eut là surtout une coïncidence.
Analyse faite en classe : trois pages du Génie du Christia- MSME(Éd. RoCHEBLAVE, p. 136-129; ^^ GiRAUD, p. SS-Qo) :
«... Ce n'étaient pas les sophistes... le clergé séculier et régulier. » (2« moitié de l'Introduction.)
Deux sortes de critiques adressées parles philosophes du xviii* siècle à l'Église :
i» Critiques scientifiques sur les textes, sur les Écritures et sur l'histoire de la formation des dogmes.
A cette première série de critiques Chateaubriand ne répond que dans une partie sur quatre. Encore le fait-il d'une manière très superficielle.
2° Critiques morales sur la grossièreté des croyances et du culte, sans oublier les méfaits du fanatisme religieux.
(i) V. GiKAUD, Pages choisies, p. i63.
Chateaubriand répond, dans les trois parties essentielles de son oeuvre, que le christianisme est :
a) poétique ;
h) philosophique;
c) bienfaisant.
Originalité de cette méthode en 1802.
Après Chateaubriand, on pourra renouveler et fortifier les premières critiques. — Les secondes, au contraire, ne seront plus guère prononcées que par M. Homais, Renan parlera de l'Eglise, du culte, de la poésie chrétienne sur un ton et dans un style qui rappelleront le Génie du Christianisme. — C'est Chateaubriand qui a enseigné le premier à parler de ces choses d'une manière équitable.
3* Note :
Les principes représentés par Napoléon
et ses deux adversaires :
L'autorité et la liberté.
(Analyse de la Conclusion du livre de M. Paul Gautier, M^' de
Staël et Napoléon, p. Sga.)
l. — Les deux tempéraments.
— M'"^ de Staël — son agitation — son « intempérance de célébrités (Mémorial) — « une machine à mouvement » — un être de passion et 4e sentiment.
— L'esprit positif de Bonaparte.
IL — Les deux politiques,
— Af"^ de Staël — son attachement à un régime plus ou moins républicain — Elle dénonce l'ambition de Bonaparte.
— Napoléon — motifs qu'il eut de la redouter, quoiqu'il fût en apparence, moralement et matériellement, le maître absolu — instabilité de son pouvoir.
IIL — Les deux principes.
Deux familles d'esprits.