II. — Une question d'histoire
Pourquoi Véloquence, si florissante chez les Grecs, l'esl-eîle moins en France au XVW siècle ?
Texte : — Chez les Grecs, tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole. Dans leur forme de gouvernement, la fortune, la réputation, l'autorité étaient attachées à la persuasion de la multitude. Le peuple était entraîné par les rhéteurs artificieux et véhéments. La parole était le grand ressort en paix et en guerre...
La parole n'a aucun pouvoir semblable chez nous. Les assemblées n'y sont que des cérémonies et des spectacles. Il ne nous reste guère de monuments d'une forte éloquence, ni de nos anciens Parlements, ni de nos Etats-Généraux, ni de nos Assemblées de Notables. Tout se décide en secret dans le cabinet des Princes, ou dans quelque négociation particulirre. Ainsi notre nation n'est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs pour dominer par la parole. L'usage public de l'éloquence est maintenant presque borné aux prédicateurs et aux avocats.
Originalité de ce sujet en 1714. H est analogue à ceux que traiteront Taine et Brunetière : « De l'inlluence d'ua milieu politique et social sur un genre littéraire ». — Fénelon a souvent de ces hardiesses ; et ce « bel esprit chimérique » s'est montré plus d'une fois un véritable précurseur. — Il est peut-être, cependant, moins original ici que dans le chapitre sur l'histoire ; cette idée, sur les a causes de la corruption de l'éloquence», était familière aux hu-
(1) llecuell jAsi.tsK.1, p. 2.'jo.
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liianistes de la Renaissance ; et si Fénelon ne l'avait pas puisée dans Tacite, il aurait pu la retrouver dans le Traité de Véloquence de du Vair, où elle est amplement exposée. — Cette coïncidence provive dans tous les cas que l'étude de l'antiquité donnait à ceux qui s'y consacraient un jugement plus sûr et des connaissanc'es plus étendues que s'ils n'avaient considéré que leur époque ; c'est par les auteurs anciens que s'est conservé, en France, sous la monarchie absolue, le souvenir respecté de la liberté politique ; c'est à l'abri des grands noms inscrits au Conciones que la jeunesse du xviii^ siècle a pu connaître les idées qui sont comme le patrimoine politique de l'humanité ; au mot fameux de Louis XIV : « I/Etat, c'est moi », l'enseignement classique répondait: «L'Etai, c'est la patrie » ; le Parlement ajouta, lorsqu'il dut réformer les collèges: «L'Etat, c'est la nation », et dès 1714, Fénelon pouvait écrire sans surprendre personne : « L'éloquence, c'est la liberté. »
Preuves à Vappui de celte thèse :
Parallèle entre la société antique et la société du xvii* siècle.