Qualités
Pourtant soyez sûrs que, si Montesquieu ne les a pas marquées aussi nettement que ses successeurs, elles existent dans son œuvre. Vous pouvez les y retrouver. Les voici :
/" partie. — Constitution rationnelle des sociétés. Les principes. (Chap. i-iii.)
2'^ partie. — Les lois civiles. (Chap. iv-viii.)
J* partie. — Les lois politiques. Fonctions de l'État, et limites de son pouvoir. (Chap. ix-xiii.)
Bezauo. — Méth. 20
3o6 PROGRÈS DE LA UAISON DAKS LA SOCIÉTÉ
4* partie. — Influences extérieures qui pèsent sur la législation : le climat, le terrain, les mœurs. (Chap. xiv-xix.)
5" partie. — Les lois économiques. (Chap. xx-xxiii.)
6' partie. — Rapports entre les lois civiles et les lois religieuses. (Chap. xxiv-xxv.)
^^ partie. — Diverses considérations. (Chap. xxvi-xxxi.)
Je reconnais qu'il a fallu montrer quelque complaisance. Plusieurs chapitres pourraient être aussi bien rangés sous une rubrique que sous une autre. Déplus, ces idées ellesmêmes ne se suivent pas dans Tordre le plus heureux, et j'ai dû renoncer à trouver un titre pour le dernier groupe de chapitres. Avouez, néanmoins, qu'il y a dans l'Esprit des lois autre chose qu'un recueil de notes ! Dans chaque chapitre, d'ailleurs, le défaut d'unité est beaucoup moins sensible. Jullian vous donne (p. 42, en note) le sommaire du chapitre xiv : « Les lois dans le rapport qu'elles ont avec la nature du climat ». Ici l'énumération se trouve être un procédé suffisant ; et, s'il n'est pas interdit d'en concevoir un meilleur, nous pouvons à la rigueur nous contenter de celui-là. — Imitons l'indulgence de d'Alembert, qui, tout en regrettant l'absence d'un ordre plus parfait, plaide les circonstances atténuantes en faveur de Montesquieu (Éloge, p. 22, à l'endroit qu'A, nous a signalé tout à l'heure) : « Il faut distinguer, dit-il, le désordre réel de celui qui n'est qu'apparent. Le désordre est réel quand l'analogie et la suite des idées n'est point observée ; quand les conclusions sont érigées en principes ou les précèdent ; quand le lecteur, après des détours sans nombre, se retrouve au point d'où il est parti. Le désordre n'est qu'apparent, quand l'auieur, mettant à leur véritable place les idées dont il fait usage, laisse à suppléer aux lecteurs les idées intermédiaires. Kt c'est ainsi que M. de Montesquieu a cru pouvoir et devoir en user dans un livre destiné à des hommes qui pensent, dont le génie doit suppléer à des omissions volontaires et raisonnées. »
B. — Nous n'avons pas de « génie » I
LESPfllT DES LOIS ÎJOy
— Rassurez-vous. « Génie » garde ici le sens du lalin ingenium... intelligence naturelle, ingéniosité tout au plus...
A. — Nous ne sommes pas des « hommes qui pensent » !
— C'est votre tort. Vous êtes précisément ici pour apprendre à penser, et l'on s'aperçoit trop bien que vous ne l'avez pas encore appris ! Pourtant, vous voyez que les auteurs du programme ont prévu l'embarras où pourrait vous mettre Montesquieu ; ils vous ont à l'avance, B., entendu dire :
Mon génie étonné tremble devant le sien I
Ils ne vous ont prescrit, charitablement, que des Extraits de cegrand philosophe. Ils se contentent de vous recommander trois choses :
a Sachez, disent-ils, quels sont les principes auxquels remonte Montesquieu pour y rattacher les lois. »
Nous les avons définis.
« Sachez, d'une manière générale, sur quels exemples historiques il s'appuie pour les exposer. »
Nous venons de parcourir ensemble la table des matières de V Esprit des lois.
« Et choisissez quelques-uns de ces exemples, les plus simples, les plus susceptibles d'applications à l'heure actuelle. »
Nous allons le faire dans les classes de la semaine prochaine.
Vous le voyez, on ne vous demande pas d'avoir du génie, fût-ce au sens latin du mot, ni même d'être des « penseurs » ! On vous demande de penser quelques instants aux principes sans lesquels on n'entend rien à l'histoire, à la politique, à la morale elle-même... Il serait vraiment excessif de crier au surmenage.