DÉCADENCE DE LA TKAGÉDIE
3. Enfin, J. H. nous montrera la faiblesse du style dans les textes cités. Il y cherchera surtout les exemples de réminiscence, en s'inspirant des critiques de Brunetière (p. io8 de la conférence, en note).
COMPTE RENDU DE LA CLASSE
Le temps a manqué pour donner la parole au troisième élève ; ses feuilles de notes montraient, du reste, qu'il n'avait pas su trouver les exemples favorables. Les élèves actuels ont appris par cœur trop peu de vers dans Corneille et dans Racine pour remarquer les réminiscences continuelles qui frappaient Brunetière.
Les deux premiers exposés ont été, en revanche, assez satisfaisants.
l. — La complication du sujet.
L'élève nous a tracé au tableau une sorte de graphique, où des divisions assez claires nous faisaient toucher du doigt l'inutile complication de cet imbroglio bizarre. Le voici, tel que la classe l'a fidèlement pris en note :
Première série de faits à retenir : mariage et généalogie.
Pharasmane, roi d'Ibérie, Mithridate, roi d'Arménie, père de Rhadamhte et d'Arsame père de
,^ , a épousé >- Zénobie
Deuxième série : guerre entre le gendre et le beau-père.
On croit Rhadamiste mort. — Rhadamiste croit avoir noyé Zénobie dans l'Araxe pour lui éviter le déshonneur. Charmante attention !
Troisième série : Zénobie ressuscite :
Zénobie vit chez Pharasmane sous le nom d'Isménie. Elle est fort aimable pour Arsame et fort aimée par Pharasmane, son ex-beau-père.
Elle a complètement oublié son mari Rhadamiste.
4l^ LE ROMOTISME ET LA RKVOLUTION
Quatrième série : Rhadamiste ressuscite êgalentenl.
Il réapparaît aussi sous un faux nom ; il est soldat de Corbulon et ambassadeur des Romains. Il est arrivé p.irfoi8 que des marins disparus retrouvassent ainsi leur femme fiancée ou remariée... La situation est toujours assez délicate ! et l'on devine que Rhadamiste voit Arsame d'un fort mauvais œil... Mais il trouve un rival plus dangereux encore dans son père...
Cinquième série : Pharasmane dispute Zénobie à Rhadamiste.
Il ne faut pas oublier que Pharasmane n'a pas reconnu son fils dans Rhadamiste. Dès lors, rien ne l'arrête. Enlèvement, poursuite, accidents, mort de Rhadamiste, désespoir de Pharasmane, désespoir de Zénobie remplissent les deux derniers actes...
Et pourtant, ce n'est ni la plus compliquée, ni la plus horrible des pièces de Crébillon. Tout le monde connaît le dernier vers à'Alrée :
Et je jouis en paix du fruit de mes forfaits !
Ce seul vei's est plus éloquent que l'analyse entière de Rhadamiste et Zénobie.
II. — L'absence de psychologie et la pauvreté des moyens d'exécution.
I . de B. nous signale, d'après Brunetière, la substitution du romanesque à l'élude de la réalité commune. Racine choisissait un vulgaire fait divers, un de ces événements qui se produisent tous les jours ; il savait que l'œuvre littéraire commence avec la recherche des causes et l'analyse des mobiles qui ont déterminé l'acte ; le fait n'est rien ; la psychologie seule le rend intéressant. Crébillon, qui ne sait pas analyser, qui ne sait pas nous exposer les nuances d'un caractère, cherche des faits qui, par eux-mêmes, excitent notre curiosité ; il se détourne de la vie ordinaire pour mettre en scène des aventures rares, imprévues, celles dont Boileau reconnaissait qu'elles étaient parfois aussi « vraies » qu' « invraisemblables ». Seulement, Boileau recommandait de négliger ces exceptions. Crébillon s'en empare avec enthousiasme.
DÉCADENCi: DE LA TRAGÉDIE 4 I ^
3. L'élève nous montre ensuite par quels moyens vulgaires, extérieurs, artificiels, le poète remplace la psychologie.
— Alors que Corneille et Racine s'attachaient à nous découvrir rencliainement logique des causes et des effets, Crébillon se laisse mener par le hasard.
— Tandis que rien n'arrive, chez Corneille et Racine (sauf dans Iphigénie), qui ne sorte naturellement de la situation donnée au premier acte, Crébillon use et abuse des moyens trop faciles du vaudeville et du mélodrame, la méprise et la reconnaissance. Les pages 2i'y-222 de Rrunetière sur ces deux points sont de véritables modèles de paragraphes bien construits : la définition de la méprise d'après le Chapeau de paille d'Italie, et de la reconnaissance d'après la Tour de Nesle, nous fait passer un fort agréable moment.
Une discussion plus sérieuse avait été un instant amenée par l'étude du romanesque. — Un élève avait fait observer que la tragédie classique n'était pas si naturelle que Rrunetière veut nous le faire croire. Alhalie, nous déclare-t-il, est un sujet romanesque...
— Alhalie romanesque ! Comment? On ne voit pas tous les jours la lutte entre le pouvoir civil et le pouvoir spirituel ? Sarcey apercevait un Joad dans tous les évcchés, et une Athalie dans toutes les préfectures.