‹ De la méthode littéraireChapitre 268 sur 424 · I. — La géographie physique · texte numérisé non relu

I. — La géographie physique

Ils sont au milieu du lac, large d'environ deux lieues, entre Meillerie et Vevey. Ce qui les frappe d'abord n'est donc pas le sol, mais Veau. L'eau du Léman est célèbre dans les deux mondes par sa couleur unique ; aucun lac de Suisse n'est à la fois si bleu et si transparent; limpide comme le cristal et bleu comme l'azur: « le cristal azuré », dit Piousseau, par une heureuse alliance qui évoque en nous une double série d'images. — Il en a préparé l'effet par un habile contraste : il a porté d'abord nos regards vers le fond du lac, à l'endroit où le Rhône vient y jeter « ses eaux bourbeuses ». C'est un phénomène bien connu, signalé par tous les guides, que la lenteur avec laquelle ces eaux arrivent à se confondre ; le fleuve jaune coule encore « un quart de lieue » au milieu du lac bleu, comme s'il « craignait, en effet, de le souiller de son limon ». — Toutes les épithètes ont une valeur, chez un bon écrivain ; aucune n'est employée à la légère... Pourquoi Rousseau insiste-t-il sur le cours impétueux du Rhône ?

R. — Parce que cette épithète nous révèle la cause de la couleur bourbeuse... Il en est de même de l'Arve, ce torrent, lorsqu'il se jette dans le Rhône, à l'ouest du lac de Genève. Ces fleuves sont de ceux qui font descendre peu à peu la montagne dans la plaine. Ce sont d'impétueux niveleurs !

'=— Après les eaux, le sol lui-même, le lit du fleuve tor-

rentiel. C'est l'objet de la seconde phrase. Les phénomènes d'érosion ont été précédés par d'autres. Lesquels?

L. — Des plissements de la surface ten-eslre, provoqués par le refroidissement du globe et qui ont amené des affaissements, des déchirures, mille bouleversements répétés...

— Que nous décrit ici Rousseau ?

L. — Une déchirure complétée par des phénomènes d'érosion. Les bords du couloir élargi par les eaux se dressent tout dentelés, « de chaque côté de l'espace qui les sépare » désormais.

— Par quel genre d'images l'auteur nous met-il sous les yeux ces roches à pans coupés ?

L. — Par une comparaison géométrique : des angles correspondants et parallèles.

B. — Il y ajoute une comparaison militaire : des redans.

— Comparaison n'est pas raison, dit le proverbe. Celles de Rousseau sont-elles exactes ?

L. — Rigoureusement... non ! Les figures ne sont parfaites que dans les épures ; et encore ! Le mot parallèle, d'ailleurs, s'applique aux côtés de l'angle, non à l'angle luimême. Rousseau manque de précision...

— Et même, probablement, de connaissances techniques. Vous savez que son éducation avait été fort négligée. Il avait tout appris lui-même, un peu tard, et sans ordre...

L. — Pourtant... d'une manière générale, les creux et les saillants correspondent à peu près dans ce genre de vallées et rappellent de loin les fortifications à la Vauban.

C. — Une édition de 1764, que j'ai sous les yeux, porte l'orthographe redens... une dent qui revient, qui fait saillie. N'est-ce pas un calembour ?

— Non, c'est la véritable étymologie. Darmesteter définit le redan : « un ouvrage à dent, retranchement formé de deux faces qui se coupent et forment un angle saillant ».

Lorsque vous suivrez la ligne du Sirnpion souvenezvous que vous avez à contrôler cette assertion ! Kt dans tous les cas, soyez indulgents pour le premier de nos écri-

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vains qui ait su nous présenter U une manièie si nouvelle la p;éographic physique.

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