LE SENTIMENT DE I. \ NATL'KE
à Meillerie, la montagne plonge directeiuent dans le lac et est exposée au nord ; il ne pousse que des hêtres et des châtaigniers. Seul, un pauvi'e village...
— Saint-Gingolph ! Je me rappelle, en effet, lirapression qu'éprouvèrent tous les passagers du bateau à vapeur, par une belle journée du commencement d'octobre, vers 3 heures de l'après-midi. A Montreux, à (Jhilloii, nous étions encore en été ; sitôt que nous fûmes entrés dans l'ombre formée par la montagne, une fraîcheur d'hiver nous saisit, et je pensais au mot de Rousseau : « au midi les fleurs du printemps, au nord les glaces de l'hiver. » — Lorsque nous sortîmes du cône d ombre, après avoir déposé quelques Anglais à Saint-Gingolph, nous retrouvâmes de nouveau l'air tiède et doux ; les manteaux et les plaids s'envolèrent des épaules ; on était heureux des derniers sourires de l'automne.
P. — D'ailleurs, c'est à Meillerie même que se place la description qu'on trouve deux pages après noti'e texte :
Ce Heu solitaire formait un réduit sauvage et désert, plein de ces sortes de beautés qui ne plaisent qu'aux âmes sensibles. Un torrent... Une chaîne de roches inaccessibles... Des forêts de noirs sapins...
— Remarquez que la barque de Saint-Preux et de Julie est au milieu du lac, à la hauteur de Meillerie. Après avoir admiré la partie orientale, étroite, montagneuse, ils se sont retournés sans doute vers l'ouest, et ils aperçoivent, des deux côtés de l'immense nappe bleue, les campagnes à peine vallonnées que bordent seulement au loin les cimes rocheuses des Alpes de Savoie ou les plateaux « du majestueux Jura ». De fait, aujourd'hui, je ne crois pas que les environs d'I'^vian et de Thonon soient moins bien cultivés que ceux de Lausanne ou de Clarens ; les deux républiques n'ont rien à s'envier, et si les impôts sont lourds sur les deux côtes, ils n'empêchent pas, comme autrefois, les laboureurs de travailler. — D'après le témoignage de Rousseau, la mauvaise administration du gouvernement savoyard les décourageait alors de deux manières. Lescuelles ?
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B. — Le « fruit de leurs peines » ne leur était pas « assuré », se trouvant « dévoré par l'avide publicain » ; ils ne profitaient pas des « productions » du sol...
— Autrement dit, si vous voulez que 1 homme travaille, il faut lui assurer le fruit de son travail ; il faut que l'État, quel qu'il soit, respecte la propriété ! Nous voilà loin du paradoxe lancé dans le Discours sur l'Inégalité, et que Rousseau, d'ailleurs, avait déjà désavoué dans ses réponses et commentaires. « Vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne ! » Le jour où l'homme intelligent, actif et prévoyant ne travaille plus que pour le roi de Prusse, le duc de Savoie ou une collectivité anonyme et jalouse, il cesse d'être prévoyant, intelligent et travailleur, il fait grève ! il ne donne plus que le minimum d effort. Là est la loi de la nature, à laquelle se heurteront les utopies de l'avenir, comme s'y sont lentement usées les tyrannies du passé. L'auteur du Discours sur l'Inégalité revient au bon sens, à la vérité, lorsqu'il prend la peine d'observer directement les choses ; « il nous fait sensiblement distinguer... » Quel est le sens de sensiblement?
B. — D'une façon qui frappe les sens, de B. — L'enseignement par la vue !
de M. — Leçon de choses !
— Leçon de géographie sur le terrain ! « ... sensiblement distinguer les différents effets des deux gouvernements pour la richesse, le nombre et le bonheur des hommes. » — Et il termine par l'énuiuération des trois signes principaux de la force d'un peuple. La richesse, chez un peuple travailleur et libre, favorise laccroisseinent de la. population, qui la développe à son tour; et le bonheur y croît, avec le nombre des hommes, l'activité de leur caractère et la grandeur de leurs entreprises. Il suffit, pour cela, que ce peuple aime le travail... Bonne maxime à méditer aujourd'hui pour la France, en face de la féconde Allemagne, de l'Angleterre et de l'Italie! Sage conclusion d'une étude attentive des réalités.