MATIERE D'UN DEVOIR Ui\ AMI DE JEAN-JACQUES
11 ne faut jamais terminer par des critiques une étude sur un auteur. Il est bon d'insister sur les qualités, non sur les défauts, sur les choses que nous devons retenir et imiter, non sur celles qui ne nous laissent que des souvenirs négatifs. J'avais donc préparé la matière suivante, espéi'ant que vos nombi'euses occupations vous laisseraient le temps de la traiter... 11 paraît qu'il n'en est rien... Marquons du moins la place que devait occuper cet exercice nécessaire. Il nous servira de conclusion.
^yO LE ROMANTISME ET LA RÉVOLUTION
M. de Girardin à Ermenonville le lo Novembre ijo^ (20 Brumaire an II).
n rêve, assez tristement, au bord du petit lac, en face de la tombe de Jean-Jacques, qui ne suffit plus à le protéger, (i)
Il se rappelle les généreuses illusions du philosophe, partagées alors par lui-même, et depuis par toute la nation. Les temps, hélas ! sont changés. Le règne de la fraternité semble aussi peu prochain que celui de l'égalité, et Madame Roland vient de périr au nom de la liberté.
Et pourtant ! S'ils eurent tort de se faire tant d'illusions sur la bonté de la nature, ils eurent raison de s'élever contre la méfiance excessive dont elle était l'objet. Un jour viendra, quand les orages seront depuis longtemps calmés, où l'on rendra pleine justice à leur sensibilité.
Plus de simplicité dans les mœurs...
Plus d'égalité dans les lois...
Plus de véritable justice dans la répartition des biens...
Toiit ce que Jean-Jacques rêva, tout ce que l'armée de Coblentz voulut étouffer par la force, peu à peu se réalisera ; et la démocratie, aujourd'hui si terrible, acheminera, malgré tout, la postérité lointaine vers un meilleur avenir.
(i) Le 26 Vendémiaire, au Club des Jacobins, on l'avait accusé de soustraire à la Nation les cendres de Jean-Jacques. Il venait de protester, le 3 Brumaire, dans une longue lettre, lue en séance et imprimée au Moniteur (n" 44, du i/t Brumaire an II). Il n'avait fait que répondre, disait-il, aux vœux de son ami, de manière que « ses mânes fussent déposées dans le sein de la Nature, sous la lumière et la voûte du ciel ». Il se recommande du souvenir de son tt digne et malheureux ami Marat « et propose de transporter le corps de Rousseau « en l'ace des Champs-Elysées, dans une île de la Seine qui serait plantée de peupliers ». Il demande, « pour prix du sacrifice que le sentiment de l'amitié fait volontiers à la patrie, que son disciple et son vieil ami soit relevé de la tache originelle par un baptême républicain sous le nom d'Emile, et autorisé à ne plus être désormais mentionné que sous ce nom dans les actes et registres publics ».
Signé : Remé Gieardin père.
Ermenonville, le 2 Brumaire.
L'an II de la République une et indivisible.
Il dut d'ailleurs quitter Ermenonville peu de temps après, et se cacher jusqu'à la fin de la Terreur.
0 Jean-Jacques, qu'eût pensé votre grande âme.'
B. — Les premiers symptômes de la Révolution et les contemporains de Rousseau,