‹ De la méthode littéraireChapitre 387 sur 424 · L'application du procédé · texte numérisé non relu

L'application du procédé

A) Imaginons, au contraire, que vous ayez consacré une feuille de notes à cette pièce de VExpiation. Je suppose que vous l'avez rattachée à l'idée générale la plus simple, celle qui pouvait venir à la pensée d'un enfant de dix ans : on lit, inscrit sur la chemise où vous conservez votre feuille :

Napoléon. La légende impériale dans les poésies de Victor Hago.

B) L'année suivante, en Cinquième, le hasard fait qu'on vous donne en leçons deux portraits de Napoléon, tirés d'une pièce des Feuilles d'Automne (Souvenirs d'enfance') :

( de : « Dans une grande fête ... » i»' portrait : ) à : « Passer muet et grave ainsi qu'un ( dieu d'airain. >>

e * •♦ . ^ *^®* " Plus tard, une autre fois... » ^ ' ( à: « Lepeuple saluait ce passant glorieux. »

Vous les joignez au précédent passage, mais vous subdivisez la première chemise en deux :

— ré loge ;

— le blâme ;

et vous avez en germe la division d'une étude féconde sur

— Vépopée

— et la satire dans Hugo.

COMMENT IF, FAUT LIRE LN POETE G/l/

C) En Troisième, c'est toute une moisson de textes, de jugements et de souvenirs que vous récolte/.

Vous ajoutez, par exemple, à l'Epopée:

— Napoléon II ;

— le Retour de VEmpereixr ( 1 84o) :

Sire, vous reviendrez dans votre capitale Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur, Traîne par huit chevaux sous l'arche triomphale En habit d'empereur !

Il n'est pas trrs facile de se procurer cette pièce, parce que ^'ictor Hugo, devenu l'adversaire de l'Kmpire, a fait longtemps tous ses efforts pour la dissimuler. Elle ne ligure pas encore dans l'édition IIetzel. Des élèves curieux n'en auraient mis que plus d'empressement à prendre une note.

Vous pouviez même y joindre la parodie faite par le marquis de Bellay sur le retour du roi d'Yvetot, et dont voici quelques échantillons.

Lecturiî de la parodie :

Sire, vous reviendrez sans tambour ni trompette, Sans tocsin, sans combat, dans cent ans au plus tôt. Traîné par un roussin sur une humble charrette, En simple paletot...

Vous ajoutiez, du moins, à la Satire quelques pièces des Châtiments :

— une chanson, comme Petit, petit ;

— trois strophes de l'admirable pièce de Lazare (le peu-

— une invective : Un bourgeois dans sa maison (dix ou quinze vers seulement), accompagnée d'une analyse sommaire ;

— un récit ironique: Un révolutionnaire (Jésus-Christ) (même procédé).

D) Enfin, aujourd'hui, en Première, je vous signale un passage de la pièce : 0 soldais de l'An deux..., un hymne

aux drapeaux... Vous la connaissez?... Personne ne l'a lue ?

de B. — Les Morceaux choisis ne donnent que le début de la pièce.

— Etrange proscription ! Écoutez plutôt :

O drapeaux du passé, si beaux dans les histoires. Drapeaux de tous nos preux et de toutes nos gloires,

Redoutés du fuyard, Percés, troués, criblés, sans peur et sans reproche. Vous qui dans vos lambeaux mêlez le sang de Hoche

Et le sang de Bayard 1

O vieux drapeaux, sortez des tombes, des abîmes ! Sortez en foide, ailés de vos haillons sublimes,

Drapeaux éblouissants !

Comme un sinistre essaim qui sur l'horizon monte. Sortez, venez, volez, sur toute cette honte

Accourez frémissants I

Délivrez nos soldats de ces bannières viles !

Vous qui chassiez les rois, vous qui preniez les villes,

Vous en qui l'âme croit, Vous qui passiez les monts, les gouffres et les fleuves. Drapeaux sous qui l'on meurt, chassez ces aigles neuves.

Drapeaux sous qui l'on boit !

Que nos tristes soldats fassent la différence I Montrez-leur ce que c'est que les drapeaux de France,

Montrez vos sacrés plis Qui flottaient sur le Rhin, sur la Meuse et la Sambre, Et faites, ô drapeaux, auprès du Deux-Décembre

Frissonner Austerlitz.

Il est difficile de dire ce qu'il faut le plus admirer, du mouvement satirique ou du mouvement épique, dans ces strophes éclatantes... Mais rien ne nous'oblige à conserver toujours les mêmes divisions ! A mesure que vous avancez dans vos études, les idées générales se lèvent, plus nombreuses, devant vous... aussi nombreuses que les sujets possibles de baccalauréat. Ces quatre strophes vous auraient suffi, par exemple, pour traiter le sujet de Rennes

Page 1