Ses idées générales
Vous auriez quelque peine, en dehors de certaines sociétés très restreintes, à trouver aujourd hui un Jansé-
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niste aulhenti(|ue. Mais, si l'on s'en tient au principe général que proclame l'illustre péniteni de M. de Saci, nous sommes tous, plus ou moins, teintes de jansénisme! (le principe n'est autre que VinsuJJisance de la raison à expliquer, avec le but de l'univers, le troublant mystère de notre destinée. « La dernière démarche de la raison, dit Pascal, est de reconnaître <|u'il y a une infinité de choses qui la surpassent. » (i) — « L inconnaissable, répétera Liltré, est une mer qui vient battre nos rives et pour laquelle nous n'avons ni barque, ni voile. » — Qu'on accepte la barque vénérable offerte par Pascal, ou qu'on demeure sur le rivage avec le philosophe positiviste, la mer est toujours devant nous, menaçante et mystérieuse ; et force est Ijien d y porter nos regards anxieux, toutes les fois que nous échappons au « divertissement ».
Textes :
— Sur la faiblesse et l'insuffisance de la raison: VA. IIavet, IX, I, p. 2^7; 1, I : les deux infinis.
— Sur r « ordre du cœur » (Ce que Pascal entend par « le cœur » : v. Sainte-Beuve, t. III, p. ^23) :
Ed. Havet, XXIV, 5, p. 419 : « le cœur a ses raisons. . . » ; VII, ig, p. 2 17 : « le cœur a son ordre... » ; VIII, 6, p. 288 : « nous connaissons la vérité. »
Texte a étudier en détail.
(Commenlaire anticipé du mot de Littré.)
Je ne sais qui m'a mis au monde (2), ni ce que c'est que ce monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à im coin de cette vaste étendue, sans que je
(i) Éd. Havet, XIII, i, p. 3o6.
(a) Ce n'est pas l'auteur qui parle. Il met cette plainte dans la bouclie d'un « libertin ».
sache pourquoi je suis place plutôt en ce lieu qu'en un autre, n. pourquoi ce peu de temps qui m'est donne à vivre m'est assigné à ce point plutôt qu'à un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m'enferment comme un atome, et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir ; mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter.
Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais...
(Havet, p. 3^8, IX; Brunschvicg, p. liiS, section III.)