‹ De la méthode littéraireChapitre 55 sur 424 · Même spectacle dans toute l'Europe · texte numérisé non relu

Même spectacle dans toute l'Europe

Fin et transition Çdonc — aussi).

Remarquez de plus que chaque phrase est composée

8o l'esprit classique au XVII* SIÈCLE

comme un paragraphe entier. L' « invention », 1' a organisation » sont les mêmes... Examinez, par exemple, la seconde et la troisième phrase. Vous apercevez dabord Vidée (l'Eglise ou le peuple) ; puis la série des caractères propres à cette idée (les vices du clergé ou les souffrances du peuple), indiqués par une série d'images concrètes ; puis l'image finale, la conclusion, en deux ou trois traits d'égale longueur... C'est ainsi qu'une idée abstraite prend corps et se développe ; votre tendance trop naturelle est d'exprimer les idées toutes sèches ; elles restent, sous votre plume, inexpliquées et comme étranglées. La bonne rhétorique vous donne, au contraire, l'habitude de les expliquer, de les démontrer, de les rendre sensibles aux yeux de celui qui vous écoute. Les plaisanteries dont nous la voyons accablée sont d'une rare injustice. Négligez-les. Elles n'ont pas plus d'importance que le dédain du renard pour les raisins trop verts dans une fable bien connue... Passons à la seconde partie du discours.

Seconde partie.

La voilà donc, cette Terre Promise à laquelle Dieu a voulu confier la nouvelle semence, et d'où sortira pour le monde une inépuisable moisson. Elle est forte et féconde ; la nature s'y développe en liberté sous l'œil de Dieu. C'est sur cette terre généreuse que l'humanité doit renaître à la justice ; c'est dans son sein qu'elle doit puiser une nouvelle vie. Nous devons déjà l'aimer comme notre patrie, comme la patrie de nos enfants. Hier, elle nous a vus débarquer pauvres, faibles, peu nombreux ; aujourd'hui, elle nous entend prêter ce serment qui doit tous nous unir libres et égaux et qui, un jour, nous l'espérons, unira entre eux tous les hommes : elle nous voit renouveler avec Dieu cette ancienne alliance qui consola la terre après le déluge et qui fut l'aurore d'une ère nouvelle.

I. Oui, mes frères, cet acte que nous venons de signer et de placer sous la protection divine assure à nous et à nos enfants une liberté et une paix éternelles. Car il fait régner parmi nous la justice, qui est le seul ordre véritable en ce monde. — C'est au nom de la paix publique et de l'ordre du royaume que l'Église d'Angleterre nous a perséc'ités : mais ceux qui parlaient ainsi savaient bien qu'ils mentaient, et qu'aux yeux de Dieu l'injustice la mieux établie est un état de guerre et dr désordre.

LA THÉORIE PU MEL COMMLN 8l

C'est de l'Evangilo que nous avons tiré nos droits et nos devoirs. Est-il au monde, mes frères, une source plus pure et plus sainte ?

a. Nous savons que Jt'sus-Chrisla dit : « Ne veuillez pas être appelé maître, car vous n'avez qu'un maître, qui est Dieu » (Mathieu, XXIII, ^ 8) ; et nous avons écrit : m 11 n'y aura parmi nous ni maîtres ni serviteurs, mais nous serons égaux devant les hommes comme devant Dieu. 1)

b. Nous savons que Jésus-Christ a dit : « Que les plus élevés d'entre vous soient les serviteurs de tous » ; et nous avons écrit : « Ceux que tous auront choisis pour gouverner seront les ministres et non les maîtres du peuple, ils feront ce qui est utile au peuple et non ce qui leur plaît. »

c. Nous savons que Jésus-Christ a dit : « Quand deux hommes prieront ensemble, je serai au milieu d'eux » ; et nous avons écrit : « Tous pourront prier Dieu comme il convient et se réunir pour s'aider et pour s'inslrviire. car il n'appartient qu'aux tyrans de craindre les hommes rassemblés. »

Nous savons enfin qu'une môme lumière éclaire tout homme venant au monde, et que Jésus-Christ aime à révéler aux cœurs simples ce qu'il cache aux esprits superbes ; et nous avons écrit : « Que chacun puisse dire ce qu'il pense pour le bien de tous ; que le silence ne soit pas imposé au pauvre et que la pensée de chacun soit libre, ainsi que Dieu l'a voulu. »

Et nous avons ainsi parcouru l'Evangile, recueillant de la bouche de Jésus-Christ nos préceptes de conduite et nos maximes de gouvernement. Et nous n'avons pas vu qu'il justifiât en aucun endroit l'esclavage du peuple, la corruption de l' Eglise et l'autorité des rois. Nous sommes donc venus en ce pays pour y vivre selon la parole du Christ, c'est-à-dire sans rois, sans évèques, sans autre maître que celui qui nous enseigne en son Évangile la liberté et l'égalité.

Ici encore, chaque idée est si bien développée qu'elle occupe exactement une phrase; les exemples se succèdent d'une manière si naturelle que les adverbes de liaison ne sont nécessaires qu au début et à la fin : c oui — - enfin j) ; le paragraphe tient pour ainsi dire tout seul, par la seule vertu de léquilibre établi entre ses dilierenies parties. Vous en voyez facilement l'architecture :

Beauté de celle terre, sur laquelle va se fonder la société de ravenir. — Division de la seconde partie.

Bezakd. — Méth. 6

Sa l'esprit classique au xvn* siècle

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