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LES VERS DE BOILEAU SUR LA POINTE

Jadis de nos auteurs les pointes ignorées io5

Furent de l'Italie en nos vers attirées. Le vulgaire, ébloui de leur faux agrément, A ce nouvel appât courut avidement.

La faveur du public excitant leur audace,

Leur nombre impétueux inonda le Parnasse. iio

Le madrigal d'abord en fut enveloppé ; Le sonnet orgueilleux lui-même en fut frappé ; La tragédie en fit ses plus chères délices ; L'élégie en orna ses douloureux caprices ; Un héros sur la scène eut soin de s'en parer; ii5

Et sans pointe un amant n'osa plus soupirer : On vit tous les bergers, dans leurs plaintes nouvelles, Fidèles à la pointe encor plus qu'à leurs belles ; Chaque mot eut toujours deux visages divers ; La prose la reçut aussi bien que les vers ; 1 20

L'avocat au palais en hérissa son style ; Et le docteur en chaire en sema l'Évangile.

La raison outragée enfin ouvrit les yeux, La chassa pour jamais des discours sérieux. Et, dans tous ces écrits la déclarant infâme, 1 25

Par grâce lui laissa l'entrée en l'épigramme, Pourvu que sa finesse, éclatant à propos, Roulât sur la pensée, et non pas sur les mots.

{Art poétique, chant II, v. loS-iaS.)

LA FINESSE DE l'eSPRIT PRÉCIEUX 87

SOMMAIRE

Molière en 1659, Boileau en 1660 déclarent la guerre au monde précieux. Sans doute, ils ont dit et redit qu'ils n'attaquaient pas les vrais Précieux de la période précédente (Y. Préface des Précieuses ridicules), que Madame de Rambouillet, de 1608 à 1648, avait rendu de grands services et qu'ils se moquaient simplement de ses imitateurs dégénérés. Boileau a même ménagé l'excellente M"* de Scudéry (i) en ne publiant pas alors son Dialogue sur les héros de roman. . . Mais l'esprit précieux, en lui-même, ne leur plaisait pas beaucoup : ils le trouvaient trop recherché ; ils n'aimaient pas « le fin du fin », et c'est bien l'art précieux qui se trouve atteint par la satire du mauvais goût, soit dans les Précieuses ridicules, soit dans la prose et les vers de Despréaux.

Vous chercherez d'abord ce que Boileau entend par ce mot : une pointe. Vous vous aiderez des deux derniers vers. La pointe est un rapprochement ingénieux qui consiste à prendre un mot tour à tour ou simultanément dans deux acceptions différentes :

Chaque mot a toujours deux visages divers.

Un calembour est une pointe, en général une mauvaise pointe. Mais il lui arrive de devenir une bonne pointe, lorsque sa finesse « roule sur la pensée » en même temps que sur les mots. Vous chercherez des exemples de bonnes et de mauvaises pointes, soit dans les textes classiques (Molière surtout), soit dans la conversation courante d'aujourd'hui. Si chacun de vous en apporte seulement deux ou trois, nous n'aurons que l'embarras du choix.

Vous recueillei'ez ensuite quelques documents dans les Extraits et les livi'es de critique de notre bibliotlièque, et dans les notes des meilleures éditions de Boileau, de ma-

(i) Date des Samedis de M"' de Scudéry : i653 elles années suivantes.

88 l'esprit classique \v xvii* siècle

nière à répondre aux questions suivantes sur les mots de valeur du juorceau expliqué :

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