AVANT-PROPOS
Depuis que nous sommes attaché à la Clinique libre des maladies des femmes de M. le Dr Chéron, en qualité de chef declinique, et à son service de l’hospice Saint-Lazare, en qualité d’interne, il nous a été donné de voir un grand nombre d’affections utérines, et nous avons été frappé des nombreux cas dans lesquels la métrite chronique se présenlait chez dès femmes dont l’utérus notablement hypertrophié dépassait les pubis, était lourd à déplacer, presque toujours abaissé ou renversé, présentant une augmentation de volume de l’organe et un agrandissement considérable de Ja cavité facile à constater au moyen de la sonde utérine. Nous avons eu l’idée de rechercher avec soin dans quelles circonstances s’étaient produites ces augmentations
de volume et, sauf des cas assez rares où la métrite chronique s’était déclarée, soit chez de jeunes mariées, soit chez des nullipares, à la suite d’abus sexuels, ou avait succédé à une métrite puerpérale ou à une congestion permanente, nous avons toujours trouvé qu’elles s’étaient établies chez des femmes qui avaient négligé de prendre les précautions les plus élémentaires après l’accouchement ou la fausse couche, qui, trop tôt après la délivrance, avaient quitté leur lit, étaient sorties, avaient repris des travaux souvent très-pénibles et s’étaient livrées prématurément aux rapports du mariage.
La relation entre la métrite chronique et les causes que nous venons d’énumérer, nous a semblé intéressante à étudier et, depuis longtemps, nous n’avons cessé d’observer et de noter avec soin les particularités de ce genre que présentaient nos malades.
En efïet, nous nous sommes demandé si l’augmentation de volume si considérable de l’utérus que nous avons souvent rencontrée, si l’augmentation énorme de la cavité de cet organe qui l’accompagne devaient être exclusivement considérées comme le résultat du travail inflammatoire d’où résulte la métrite, ou si plutôt, dans ce cas là, la métrite n’avait pas frappé un organe incomplètement revenu sur lui-même, arrêté dans son travail de régression, l'arrêt d’involution agissant comme cause irritative dans un organisme atteint de diathèse.
C’est ce point de vue là que nous comptons traiter dans ce travail qui comprend l’étude des questions suivantes, qui nous a semblé indispensable au développement d’un semblable sujet.
Ce travail comprend : l'histologie normale de l’utérus, les modifications que subissent pendant la grossesse les éléments dont il est formé, les modifications de ces mêmes
éléments après l’accouchement ou l’avortement; nous traitons de la durée du temps que ces modifications mettent à s’accomplir, des effets produits par l’arrêt dans ces modifications, des causes de cet arrêt, puis nous passons à l’étude des causes de la métrite chronique, de la prophylaxie de cette forme morbide dans ses rapports avec l’arrêt dévolution et enfin au traitement que l’on peut opposer avec succès à cette affection. Enfin, à l’appui de cette manière d’envisager la question, nous rapportons les principales observations que nous avons recueillies. Elles sont au nombre de vingt-cinq. Trois d’entre elles sont accompagnées d’autopsies faites à Saint-Lazare dans le service de M. le Dr Chéron. Nous en avons fait dessiner les pièces; nous les reproduisons dans ce travail.