‹ De la migraine tardivement aggravéeChapitre 16 sur 20 · LT · texte numérisé non relu

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n'est done pas à l'ovaire, mais au COrps jaune que sont dévolues les très intéressantes fonctions attribuables à la fonction ovarienne.

Pour Frænkel, le corps jaune est toujours une glande semblable à elle-même, qui, d'après cet auteur, aurait une action directe sur la muqueuse utérine.

Les expériences de Cohn, Magnus, Frænkel permettent de résumer la triple fonction du corps jaune de la façon suivante :

Le Un rôle trophique, car il préside à la nutrition de l'utérus el de ses annexes.

2° Un rôle génital, qui conditionne les hyperémies mensuelles de la femme.

3° Un rôle gravidique qui amène la fixation de l'œuf dans l'utérus et en permet le développement normal.

Mais ce n'est pas tout, si la sécrétion interne du corps jaune fait si puissamment retentir ses effets sur l'utérus, elle possède également une action sur l'organisme tout entier, elle agit particulièremeut sur la glande thyroïde.

Starling a montré que le corps jaune sécrète un principe très aclif, une « hormone », qui possède entre autres propriétés une action vaso-dilatatrice énergique.

L'extrait de corps jaune injecté à un animal détermine une vaso-dilatation du corps thyroïde; il provoque, en outre, une véritable hypertrophie de cette glande, ainsi que l’ont montré Hallion, Parhon et Goldstein.

Le passage dans le courant circulatoire de l « hormone » de Starling a donc pour résultat de déterminer une hypertrophie et aussi une hyperfonction de la thyroïde.

Ce que les expériences de laboratoire ont démontré, peut être vérifié en clinique; on a pu noter l’hypertrophie de la thyroïde au moment de linstauralion menstruelle ; de mème pendant la gestation, c'est-à-dire quand le corps jaune présente son maximum d'activité, on note assez souvent une hypertrophie thyroïdienne, pouvant dans cerlains cas donner naissance à un syndrome basedowien fruste. L’insuflisance

que

de celte fonction ovarienne, et partant thyrovarienne, doil produire des troubles.

Nous avons vu que, d'après Frænkel, le rôle trophique du corps jaune sur lutérus était très important; que par ses produits de sécrétion la glande nouvelle, dont l'apparition coïncide avec le début de la gestation, devait avoir une importance capitale sur cette gestation et que celle-ci en dépendait.

Nous sommes amené à supposer, ce n’est d'aileurs qu'une hypothèse, que c’est l’insuffisance de celte glande qui à fait que chez notre première malade les deux premières grossesses se sont terminées par deux fausses couches, comme nous supposons que c’est par insuffisance de cette même glande que les migraines ont persisté pendant la durée de ces grossesses lerminées par deux fausses couches.

Elargissant notre pensée, nous croyons qu'il y à un rapport direct entre l’insuflisance glandulaire de lovaire et l’évolution de la migraine. Nous pensons que celle insuflisance de la fonction ovarienne soit capable de produire les troubles sympathiques qui se produisent au cours de lhémicranie.

L'insuflisance ovarienne provoque une hypothyroïdie qui, seule, d’après certains auteurs, suflirait à provoquer ‘le syndrome migraineux. C’est à Hertoghe que revient l'honneur d’avoir appelé l'attention sur lhypothyroïdie chronique bénigne et, en parliculier, sur une forme de cette hypothyroïdie : la migraine hypothyroïdienne.

Richard, dans sa thèse, cite le cas d’un homme porteur d'un goitre volumineux qui fut exlirpé avec succès. Mais moins d'une année après l’opéralion apparurent des phénomènes d’insuflisance thyroïdienne, tels que constipation, migraines, légère bouflissure des téguments. Les migraines, que l’auteur cite parmi les phénomènes d'insuffisance thyroïdienne, apparurent à la suite de l’ablation du corps thyroïde.

Dans un article de la Revue neurologique, Parhon s'exprime

ainsi : € Quant à l'association de la migraine avec les troubles de l'appareil utéro-ovarien, elle peut plaider aussi pour la théorie thyroïdienne, car un grand nombre de lravaux, tels que ceux de Heidereich, Lange, Fischer, Freund, Hertoghe, Blondel, Dupuy, Parhon et Goldsteim, Hænicke, Hudoverning établissent les étroites relations qui existent entre ledit appareil et le corps thyroïde. » .

Léopold Lévi et H. de Rothschild apportent six cas de migraine traités, avec de très bons résultats, par l'opothérapie thyroïdienne.

D’autres auteurs ont apporté des faits cliniques analogues.

Schepherd Franz cite le cas d'une femme de quarante-deux ans, dont le père avait souffert de la goutte et de l’eczéma. Dans les trois dernières années, la malade avait souffert d'attaques de migraines avec anorexie, mais sans nausées Mariée depuis quatre ans, elle n’a eu que deux ou trois attaques pendant les neuf mois de sa grossesse. Elle fut réglée deux mois après l'accouchement. Les altaques apparaissent surtout immédiatement avant les menstrues. Elles diminuent pendant la semaine menstruelle, pour augmenter pendant la période intermenstruelle et descendre de nouveau dans la suite. Neuf mois de traitement thyroïdien amenèrent une diminution des accès. Par contre, pendant une pause thérapeulique de six semaines, les accès furent plus fréquents que pendant toute la durée du traitement.

L'influence salutaire de la grossesse sur la migraine signalée par Brissaud, Kowaleski, Lévi et H. de Rothschild doit être considérée, selon la juste remarque de ces deux derniers auteurs, comme une véritable aulothérapie thyroïdienne, car cette glande s’hypertrophie pendant la grossesse : « L'influence favorable de la ménopause reconnait la même interprélalion. »

Pour notre part, nous ne doutons pas que dans certains cas la migraine soit directement l'effet d’une hypothyroïdie chronique bénigne, et dans les cas particuliers qui nous occupent nous pensons bien qu'il y a également une hypothyroïdie,

Rivière

mais que celle-ci reconnait pour cause une insuflisance ovarienne.

Nous avons vu, avec Eulenburg, que la migraine était de beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme, comme 5 est à 4, d’après la statistique de cet auteur. Nous pensons également que cette priorité féminine est due à la fonction-ovarienne insuflisante. En effet, plusieurs auteurs et nous-même avons remarqué que très souvent chez les femmes migraincuses les accès étaient liés à la menstruation, qu'ils éclataient soit avant, soit après, mais toujours dans un temps très rapproché de la période cataméniale. En faveur de cette hypothèse, nous avons constaté l’heureuse influence de la grossesse sur la migraine, due à lhyperfonction pendant toute cette période de la glande « corps jaune ». Nous avons même émis l'hypothèse que c’était peut-être à l'hypofonetionnement de cette glande qu’étaient dues les deux fausses couches signalées par nous précédemment.

D'autre part, nous avons une aggravation du syndrome migraineux au moment où les règles vont être supprimées, où elles sont en période ataxique où mème quand leur suppression est déjà un fait accompli. Nous pensons que c’est à l'insuflisance plus complète de la fonction ovarienne ou à l’abolilion de cette fonction qu'est due cette aggravation de la maladie. Insuflisance ovarienne, mal compensée par la fonction thyroïdienne, serait pour nous la raison des troubles qui font que la migraine s'aggrave.

Enfin en faveur de l’origine ovarienne de la migraine, nous signalerons les cas où nous avons affaire à des femmes ayant joui d'une santé parfaite jusqu'à la castration totale et qui, à la suite de celte opération, présentent des migraines uni ou bilatérales. Nous avons vu, au cours de nos recherches sur la migraine tardivement aggravée, une personne, âgée de cinquante ans, ayant subi une castration double il y a dix ans el qui à depuis celte époque des crises migraineuses typiques, bilatérales, accompagnées de nausées et de vomissements. Les cas analogues ne sont pas rares et ont fait le sujet de bien des travaux.

+ Os

Une autre hypothèse se présente à nous, celle d’une aggravalion du syndrome migraineux par une sensibilité exagérée des méninges, sensibilité sénile, due à la sclérose même légère des artérioles du cerveau ou de ses enveloppes. Ce qui nous fait émettre celte hypothèse, c’est l’âge de nos malades, c'est l'apparition de céphalées dues à l'artério-sclérose qu'on rencontre à cet âge. Cependant nous devons dire que les céphalées de la cérébro-sclérose ne sont pas du mème type que les migraines que nous avons eu à étudier dans nos observations. Cependant il n'est pas impossible de rencontrer chez d'anciens migraineux ou chez de vieux migraineux une aggravalion des douleurs due à la cérébro-sclérose.

Par quel mécanisme l'accès de migraine est-il déclanché ?

L'insuflisance ovarienne, provoquant l'hypothyroïdie, est la cause profonde.

Nous allons essayer de montrer comment de ces causes profondes naissent les accès douloureux. Nous croyons que celle ou ces insuflisances glandulaires sont capables de produire les troubles sympathiques que l'on observe au cours de l'accès de migraine. L’insuflisance glandulaire des capsules surrénales, insuffisance nelte dans la maladie d'Addison, provoque des vomissements que l’état de l'estomac ne pourrait expliquer. Avec les auteurs allemands, nous ne croyons pas que ce soit le sympathique qui soit le point de départ; nous pensons qu'il n’est, au contraire, que l'intermédiaire qui porte au cerveau la sensation de souffrance profonde de l'organisme tout entier. L'organisme, du fait de l'insuffisance de l’une de ses parlies vitales, est en déséquilibre, il souffre. Le sympathique ne serait que l'intermédiaire entre l’organe, qui par son insuffisance a produit le déséquilibre, et le cerveau qui souffre.

Que le sympathique tout entier soiten cause, cela n’est pas douteux. Par ses relations avec tous les organes de la vie . végétative s'expliquent les troubles que l’on note sur différents points au cours de l'accès de migraine. Les nerfs périphériques, ou branches efférentes du sympathique, naissent

de la chaine au niveau des ganglions centraux el vont se disiribuer aux viscères, aux glandes et à tous les muscles de l'économie. En haut, la chaine sympathique envoie par le canal carotidien, à l’intérieur du crâne, deux prolongements qui vont se mettre en rapport avec les ganglions nerveux aunexés aux branches du trijumeau et que l’on considère actuellement comme de nature sympathique. Par ces connexions s’expliqueraient les douleurs qui sont, à n’en pas douter, dans le domaine du trijumeau, douleurs maxillaires, douleurs oculaires et aussi douleur superficielle qui envahit la peau dans certains cas.

Tissot parle d’un ami, assez bon anatomiste, qui éprouvailt au cours de migraines des douleurs au niveau des ramifications du rameau supra-orbitaire de la 5e paire; il assurait qu’il aurait pu dessiner le trajet du nerf d'après sa douleur, mais il lui trouvait bien plus de ramificalions que l'on n'en démontre ordinairement.

Monro, qui plaçait le siège de la migraine dans la 5° paire, se basait sur ces faits : que le front souffre, l'œil éprouve aussi de vives douleurs et est comme serré, les paupières sont fermées convulsivement, les larmes coulent ét on sent une chaleur inquiétante dans les narines.

Bien d’autres faits montrent que le trijumeau est souvent intéressé ; dans les migraines à type ophtalmique ou ophlalmoplégique, il nous parait bien évident qu'à ce nerf revient le principal rôle. Cependant les migraines ne sont ni des névrites, ni des névralgies de la 5e paire.

Nous admeltons que, dans certains cas, les phénomènes sympathiques soient plus accentués dans le domaine du trijumeau, comme dans d’autres ils le sont davantage dans le domaine de l’auditif sans qu'il soit besoin de créer une migraine auditive ou une migraine gustative. C'est vouloir à plaisir morceler une maladie qui, à quelques détails près, est bien toujours identique à elle-mème. Que l’œil soit un point faible chez un individu et qu'on ait une migraine à symptômes ophtalmiques dominants, soit : on aura ainsi des migraineux

à symplômes gastriques prédominants, à symplômes auditifs exagérés, mais non des migraines particulières.

Qu'un point douloureux maximum réponde à une lare organique, nous n'en savons rien, mais nous pensons qu'il ne s’agit là que de phénomènes objectifs particuliers, ne pouvant en rien changer la maladie migraine, qui s’individualise bien parmi tant d’autres maladies nerveuses. C'est dans celte seule condition que nous admetlons la diathèse et nous pensons que si tel ou tel organe est plus particulièrement en cause, c’est qu'il est conslitutionnellement plus faible ou plus ou moins laré.

Quant à la migraine, elle doit être commune, c’est-à-dire ne pas être d’un type déterminé, mais une maladie ayant pour point de départ un organe de la vie végétative, produisant une douleur centrale par l'intermédiaire du sympathique, qui produit les différents troubles constituant les symplômes de la migraine indépendamment de la douleur.

Et le cerveau deviendrait l'appareil enregistreur des troubles qui se produisent dans le domaine sympathique. Il est évident qu’au cours d’une excitation pareille il se produit un bouleversement général dans l'organisme ; l'équilibre est rompu. L’excitation du sympathique produit une augmentation de pression dans l'arbre vasculaire ; sous l'influence de celle-ci, le rein sétrète plus que normalement, d'où ces crises urinaires que nous avons notées chez nos malades. L’estomac et le foie aussi, puisque les matières vomies en cours de crise ne sont guère constituées que par un liquide glaireux souvent très acide et mélangé de bile ; l'intestin lui-même sécrèle davantage, il n’est pas rare, en effet, de voir la crise se terminer chez des migraineux constipés d'habitude par de véritables débâcles intestinales.

Les autres signes d’excitation du sympathique ont été décrits par du Bois-Reymond.

Dans cet état de choses, il n’est pas étonnant que lorgane central de la sensibilité concentre en lui et accuse, sous forme d'accès, la souffrance plus obtuse de tout l'organisme. Le

TEE sympathique est doué, en effet, d'une sensibilité assez faible ; or le système nerveux a pour fonction initiale, pour fonction philosophique, la protection de l'individu et réagit par la douleur aux causes qui mettent en danger l'individu. Ici les troubles ne sont peut-être pas plus graves que dans d’autres cas et, cependant, la douleur est plus vive. Rien ne compromet l'individu, mais cependant il y a des troubles, troubles généralisés à tout l'organisme et, devant ces symptômes, le système avertisseur central réagit et cette réaction serait la migraine.

Lorsque la mise en tension nerveuse dont parle Liveing se trouve à son maximum par l’indisposition passagère de tel ou tel organe, fonctionnellement solidaire de tous les autres, la décharge a lieu, terrible, c’est la migraine.

Quant à la migraine tardivement augmentée, sa pathogénie est la même, elle n’est qu’une migraine commune; mais le déséquilibre est accru peut-être par des complications locales et surtout par la plus grande insuffisance de l'organe sénile, insuflisance non compensée, comme cela doit normalement se produire par la suppléance d’une autre glande.

Quant au traitement, nous ne pouvons le formuler d’une manière certaine, le temps nous a manqué pour pouvoir affirmer que le régime lacto-végétarien, joint à l’opothérapie, puisse donner des résultats certains.

Nous savons peu de choses sur la microchimie des sécrétions internes, mais tous les physiologistes sont d'accord pour leur reconnaître un rôle antitoxique. Si les glandes endocrines d’un individu sont fonctionnellement insuffisantes, les poisons endo et exogènes tendent à s’accumuler : un régime peu toxique est donc indiqué, le régime lacté ou le régime lacto-végélarien devra donc ètre prescrit. Les purgatifs légers entretiendront la liberté de l'intestin et compléteront le régime diététique.

Dalché à remarqué que certaines femmes à paroxysmes migraineux au moment des règles conservent dans l’inter-

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valle de celles-ci des céphalées plus ou moins violentes qui, d’après l’auteur, ont une allure toxique. Ces céphalées intermédiaires peuvent être justement imputées à la toxicité plus grande du milieu vital, toxicité due à des troubles digestifs surajoutés que nous avons pu noter au moins chez deux de nos malades, troubles en rapport avec le caféisme, avec une mastication insuflisante jointe à une tachyphagie excessive.

Ce premier point du traitement appliqué seul au début nous a donné de bons résultats, les périodes intermenstruelles ont été plus calmes, les crises ont été de plus courte durée.

Restait à suppléer à l'insuffisance glandulaire. Nous étions persuadé que tout le mal venait de l’insuflisance de l'ovaire, du corps jaune : l'opothérapie ovarienne s’imposail donc. Mais nous avons montré que l’action de l'extrait d’ovaire se portait surtout sur la glande thyroïde, dont elle provoquait l'hypertrophie. C’est par l'hypertrophie thyroïdienne cliniquement constatée au cours de la grossesse que Léviset Rothschild ont expliqué l'action bienfaisante de la grossesse sur les accès migraineux.

D'autres auteurs, Frænkel en particulier, nous avaient appris que le corps jaune avait une action trophique sur l'appareil utéro annexiel. Or à n’en pas douter, chez nos malades, les troubles ‘accusés par elles dénotaient un mauvais fonclionnement de cet appareil.

Il nous sembla bon d’instituer un traitement mixte, l'erganothérapie ovarienne fut associée à l’organothérapie thyroïdienne; les premiers résultats ont été satisfaisants, les crises se sont espacées, leur durée diminue, un bien être général a succédé à l'état de malaise, qui ne disparaissail jamais complètement. L'intensité de la douleur est bien moindre et la migraine devient supportable, nos malades sont moins inquiètes et espèrent guérir.

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