AVANT-PROPOS
M. le Professeur Pitres veut bien aujourd'hui accepter la présidence de notre thèse, c'est une nouvelle marque de bienveillance qu'il ajoute à celles qu'il a déjà eues pour nous ; qu'il veuille bien recevoir ici l'expression de notre gratitude et de notre très grande admiralion. ù
C'est dans le service de ce maitre que nous avons eu la chance d’être momentanément l'élève de M. le Professeur agrégé Abadie. Nous le remercions bien vivement de s'être intéressé à nous ct de nous avoir fourni le sujet de cette élude.
Tout d'abord nous fûmes un peu surpris, car, nous devons bien l'avouer, nous avions cru que la migraine ne dépassait guère la quarantaine et nous pensions, en compagnie de bien d'autres, sur la foi des traités et monographies divers, que, vers l’âge de quarante ans, la migraine n’était plus que l’ombre d'elle-même, qu’elle était en période de décroissance, qu'elle: n’était que l’image affaiblie de la migraine de l’âge adulle et mème nous avions de ce fait un exemple assez proche.
Notre maitre nous dessilla les yeux et nous apprit qu'il y avait une forme de migraine à évolution un peu spéciale, caractérisée par ce fait qu'à l’âge où classiquement elle doit disparaitre, la migraine s’aggravait dans ses symptômes et dans sa durée.
Le premier moment de surprise passé, ce sujet nous intéressa. D'abord, nous devons l'avouer, parce que nous connaissions mal la migraine. Les migraineux ne fréquentent pas les hôpitaux, on ne les rencontre ni dans les salles, où
SAONE
ils n'ont que faire, ni aux consullations gratuites. Le jour de crise, le migraineux reste chez lui, s’enferme pour ne pas èlre importuné et vit sa crise dans l'ombre et le silence. Le lendemain, soulagé, dans un état d’euphorie très spéciale qui fait désirer à certains migraineux leurs accès futurs, le malade d'hier ne songe plus au dernier accès, à peine redoute-t-il le prochain. D'autre part, fils de migraineux, au dire de Bouchard el de son école, le migraineux doit tenir de ses ascendants les remèdes familiaux qui l’aident à passer la crise ; il sait aussi de par expérience ou plutôt croit que celte crise est nécessaire pour équilibrer sa santé, aussi l’accepte-t-il comme une fatalité et la subit-il comme telle. Peut-être aussi parce que la classe riche paye à la maladie un plus lourd tribut que la classe ouvrière, nous ne voyons pas de migraineux dans nos hôpitaux.
Nous connaissions la migraine d’après nos traités classiques; cliniquement nous ne connaissions pas les migraineux. Ce sujet devait donc nous intéresser parce qu'il allait nous mettre en rapport avec une maladie cliniquement nouvelle pour nous et aussi parce que. du même coup, nous allions étudier et décrire une forme spéciale de l'évolution migraineuse.
Il y a, parmi les malades qui nous occupent, une catégorie de migraineux qui sort de la réserve habituelle propre à ces malades. Ces migraineux sont à l’âge où leur affection devrait leur laisser un repos relatif, du moins on le leur avait appris ainsi, el ces malades voient tout à coup leur mal s’accroitre, ce qui n’est pas sans les inquiéter quelque peu. La souffrance devient de jour en jour, de crise en crise plus pénible à supporter, aussi se décident-ils à venir à une consultation. Ceux-là seuls, en pelit nombre, défilent dans les consultalions médicales. C’est parce que notre maître, M. le Professeur agrégé Abadie, en avait vu, c’est parce qu’il avait déjà porté plusieurs fois le diagnostic de «migraine augmentée » qu'il nous conseilla de traiter ce sujet.
Puisse le satisfaire ce modeste travail.