‹ De la milice romaine depuis la fondation de Rome jusqu'a Constantin [microform]Chapitre 16 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'armée dans ses campements

Manière de former un camp ; forme générale des camps romains au temps de Polybe ; service intérieur ; garde de nuit, sentinelles, rondes. — Plan d'un camp romain.

Après avoir étudié Tarmée dans les éléments qui la composent, nous devons la considérer dans tous ses travaux de guerre, dans sa manière de camper, de marcher, de combattre, d'attaquer et de défendre une place. C'est par Texamen de ces différents travaux des soldats romains que nous pourrons ensuite admirer leur discipline, et comprendre plus facilement tous les avantages de leur organisation militaire.

Même durant leurs plus longues marciies, les Romains ne passaient pas une seule nuit sans dresser un camp et sans le fortifier par un retranchement et par un fossé (1) : aussi les expressions de alteris

(1) Tit.-Liv., XLIV, 39; Sali., Jug., 45 et ai.

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castris, tertiis caslris^ avaient-elles le même sens que aliero die, tertio die, le second jour, le troisième jour (i). Quand les troupes ne restaient ainsi qu'une seule nuit dans un camp, celui-ci s'appelait simplement castra, ou mansio; mais quand elles y séjournaient quelque temps, Il prenait le nom de castra staiivay camp fixe, œstiva, camp d'été, hiberna, camp d'hiver. Rien de plus régulier, d'ailleurs, que ces campements, car « il n'existait chez eux, dit Polybe (2), qu'une seule et bien simple manière de camper, dont ils se servaient en tout temps et en tous lieux. »

Lorsque l'on approchait du lieu où Ton se proposait de camper, un tribun allait en avant avec ceux des centurions qui avaient été désignés à leur tour pour ce travail (3) ; les uns faisaient les fonctions de métateurs (me^a fores, castra metari) pour choisir remplacement, les autres de mesureurs [mensores] pour en tracer les différentes parties. Après avoir choisi l'endroit où le camp devait être établi, ils €ommençaient par prendre un emplacement convenable pour la tente du général, et par examiner sur quel côté du terrain qui entourait cette tente les légions devaient être logées. Ils mesuraient alors retendue du prétoire, traçaient la ligne sur laquelle devaient s'élever les tentes des tribuns, puis une autre ligne, parallèle à celle-là, et à partir de laquelle commençaient les campements des légions. Toutes ces dispositions prises avec une rapidité qu'expliquaient la facilité de l'opération, l'invariabi-

(1) Tac, HisL, III, 15; IV, 71 ; Cœs., Bel. G., VII, 36. - (2j Pol., VI, 26. — i3) Plus lard il y eut un préfet du camp oharjîé de cette mission. (Veg., II, 10.)

lité des dimensions et un long usage, ils plantaient un premier étendard à la place réservée au prétoire, un second sur le côté choisi, un troisième sur la ligne tracée pour les tentes des tribuns, et un quatrième sur celle d*oii partaient les logements des légions. Le drapeau du consul était blanc, les autres couleur de pourpre. On mesurait ensuite les rues, et Ton désignait chacune d'elles par une pique, de sorte que les légions, dès qu'elles approchaient et que l'emplacement du camp devenait visible, en connaissaient aussitôt tout le dessin, le drapeau du consul leur servant d'indice et de point fixe. Comme l'ordre était toujours le même, chacun savait immédiatement la rue et la partie de la rue qui lui étaient assignées; l'armée entrait dans son lieu de campement comme dans sa ville natale.

Toutes ces dimensions si bien prises, en ménageant le terrain, permettaient aux Romains de camper sur des surfaces de peu d'étendue. Cela avait un douI)le avantage : ils pouvaient ainsi se garder plus facilement, et ils avaient moins de peine à élever les retranchements. C'est ce que nous lisons dans le Précis des guerres de Jules César par V empereur Napoléon ier(l): « La légion a pu « camper sur des surfaces de peu d'étendue, afin « d'avoir moins de peine à en fortifier les pourtours « et de pouvoir se garder avec le plus petit détache- « ment. Une armée consulaire, renforcée par des « troupes légères et des auxiliaires, forte de vingtu quatre mille hommes d'infanterie, de dix-huit « cents chevaux, en tout près de trente mille

il) Paris, 1836, p. 81 et 82.

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« hommes, campait dans un carré de trois cent « trente-six toises de côté, ayant mille trois cent a quarante-quatre toises de pourtour, ou vingt et un « hommes par toise, chaque homme portant trois « pieux, ou soixante-trois pieux par toise courante. « La surface du camp était de cent dix mille toises « carrées ; trois toises et demie par homme, en ne a comptant que les deux tiers des hommes, parce « qu'au travail cela donnait quatorze travailleurs « par toise courante : en travaillant chacun trente « minutes au plus, ils fortitiaient leur camp et le - mettaient hors d'insulte. »

Ces retranchements d'ailleurs se construisaient plus ou moins solidement, selon que l'ennemi était plus ou moins éloigné. Lorque la marche de l'armée, par exemple, ne pouvait être inquiétée, on se contentait en route d'élever un retranchement de gazon sur lequel on piquait des pieux (1) : ces gazons devaient avoir un pied de haut, en sorte que la racine des herbes y tînt ; on leur donnait à peu près la forme d'une brique. Si la terre n'avait pas la consistance nécessaire pour être levée en gazon, on se contentait de creuser à la hâte un fossé de cinq pieds de large sur trois et demi de profondeur, et la terre, relevée du côté du camp, le mettait hors d'insulte pour une nuit.

Mais, dans le voisinage de l'ennemi, on ne se bornait pas à un travail de fortification si sommaire. Les officiers chargés de marquer le camp distribuaient à chaque centurie un certain terrain à retrancher : alors les soldats, ayant rassemblé autour

(l)Veg., 111,8.

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des enseignes leurs boucliers et leurs bagages, ouvraient, sans quitter Tépée, un fossé de neuf,

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