‹ De la milice romaine depuis la fondation de Rome jusqu'a Constantin [microform]Chapitre 17 sur 57 · L'ARMÉE DANS SES CAMPEMENTS M · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DANS SES CAMPEMENTS M

fossé, et de la môme terre qu'on en avait tirée, se formait le rempart, qu'on soutenait par des palissades et des branches entrelacées pour empêcher l'écroulement ; on y ménageait des créneaux pour les archers et les machines de guerre. Les centurions réglaient la tâche de chaque travailleur, afin que tous fouillassent également sur les mômes proportions, et les tribuns ne perdaient pas de vue cet ouvrage jusqu'à ce qu'il lût terminé. Quant aux cavaliers et à ceux des fantassins qui par leurs gardes se trouvaient dispensés de ces sortes de travaux, ils se rangeaient en bataille à la tête de Touvrage, afin de couvrir les travailleurs en cas d'attaque ; et, si l'ennemi se présentait, c'était à eux de repousser ses agressions, tandis que les retranchements s'élevaient avec le môme ordre et la même régularité qu'auparavant.

La forme générale du camp était carrée : c'était quelquefois un carré parfait, mais plus souvent un carré long (i). Chacun des quatre côtés avait une porte : celle qui regardait l'ennemi, en avant du prétoire, s'appelait porta prœtoriana ou extraordinaria (2) ; celle qui se trouvait au côté opposé, derrière le camp, ah tergo castrorum et hosti avei^sa, se nommait decumana (3), et celles des côtés latéraux, porta principalls dextra et principalis sinistra{A), Sur les quatre côtés, entre le retranchement et les tentes, était un grand chemin de ceinture, de deux cents pieds de large (5), destiné à faciliter les mouvements des troupes, à contenir les bestiaux, le

(l) Veg., I, 23; III; 8. - (2) Tit.-Liv., XL, 27. -i3) Lit.-Liv., III, 5; \, 32; Cœs., Bel. G., II, 24; Civ., III, 79. - (4) Tit.- Liv., XL, 27. - ^5) 59«»,2<i.

118 DE l'armée manoeuvrant SUR TERRE

butin, les prisonniers, et aussi à rendre moins dangereux pour toutes les tentes de l*intérieur le feu et les traits lancés du dehors par Tennemi. « Deux cents pieds, dit Polybe (1), séparent partout les tentes du retranchement, et cet espace vide est d'un grand et fréquent usage ; il est commode et parfaitement ménagé pour l'entrée et pour la sortie des légions : les soldats peuvent y arriver par les rues qui s'étendent devant leurs corps, au lieu de se renverser et de se culbuter en s'élançant tous par un seul chemin. C'est aussi là que l'on dépose et que l'on garde en sûreté, pendant la nuit, les troupeaux ou tout autre butin enlevé à l'ennemi. Mais le principal avantage, c'est que, dans les attaques nocturnes, il n'y a pas de feu ni de traits qui puissent arriver jusqu'aux soldats ; et si cela se présente par hasard, il n'en résulte aucun mal, à cause de la distance où sont placées les tentes, et de la protection qu'elles prêtent à ceux qu'elles couvrent. »

Entre les deux portes latérales était établie une communication directe, appelée voie principale, via principalis. Cette rue était large de cent pieds, et divisait le camp en deux parties : l'une, vers la porte prétorienne, renfermant le prétoire, les tentes des tribuns et quelques corps d'élite ; l'autre, vers la porte décumane, comprenant le campement des légions. Voyons d'abord la première de ces deux parties.

En entrant par la porte prétorienne, et après avoir traversé le chemin de ceinture, on rencontrait

(l)Pol., VI, 31.

Page 1