‹ De la milice romaine depuis la fondation de Rome jusqu'a Constantin [microform]Chapitre 28 sur 57 · DE L'ARMÉE ATTAQUANT UNE VILLE · texte numérisé non relu

DE L'ARMÉE ATTAQUANT UNE VILLE

était un abri d'osier, en forme de voûte ou de berceau de vigne, long de seize pieds, large de huit et haut de sept (1). Le pluteus était un appareil du même genre, mais mobile, et monté sur trois roues; et le musculus se composait d'une longue et solide galerie en fortes charpentes. Tout cela était couvert, autant que possible, à l'épreuve des pierres et des traits lancés du haut de la ville (2).

Mais, de tous les moyens d'approche, le plus important et le plus ingénieux était celui de la tour mobile (3). Végèce nous en donne la description suivante : « Les tours mobiles, dit-il, sont faites d'un assemblage de poutres et de forts madriers ; pour les garantir contre les dangers des feux lancés de la ville, on les couvre de peaux crues. Leur hauteur se proportionne à leur base, elles ont quelquefois

(1) Veg., IV, 14; Caes., de Bel. civ., II, 9, 10. — ^2) Veg., IV, 15, 17; Caes.. Bel. civ., II, 9, 10, 11. - ^3) La figure représente, en partie, une tour mobile munie d'un bélier ,basrelief de l'arc de Septime-Sévère) .

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Irente pieds carrés et quelquefois quarante et cinquante : elles sont si hautes qu'elles surpassent les murailles et même les tours de pierres. Elles sont appuyées sur plusieurs roues selon les règles de la mécanique, par le moyen desquelles on fait mouvoir la machine, quelque grande qu'elle puisse être. La ville est en extrême danger si Ton peut approcher la tour jusqu'à la muraille, car elle a plusieurs escaliers pour monter d'un étage à l'aulre, et chaque étage fournit différentes façons d'attaquer. Au bas, il y a un bélier pour battre en brèche ; sur l'étage du milieu un pont-levis composé de deux poutres qu'ont abat sur le mur de la ville, lorsqu'on en est à portée ; et sur les étages supérieurs il y a des soldats armés de traits qui tirent continuellement sur les assiégés. Quand les choses en sont là, la ville ne tient pas longtemps. Car quel espoir restet-il à ceux qui avaient mis toute leur confiance dans la hauteur de leur rempait, quand ils en voient tout à coup paraître un autre qui le domine ? » Ainsi ces tours étaient de véritables forteresses et renfermaient tout un système complet d'attaques : au moyen des machines qu'elles renfermaient, on combattait de loin ou l'on sapait les murailles ; au moyen du pont-levis on faisait irruption dans la place; et cette irruption était protégée par les soldats des étages supérieurs. Mais on comprend que de pareilles machines devaient être construites hors de la portée de l'ennemi, et qu'il fallait, pour les traîner jusqu'à la ville, beaucoup de précautions et beaucoup de temps.

C'était pendant ce temps qu'on faisait jouer toutes les machines de jet et de sape. Nous ne reviendrons

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pas sur les premières dont nous avons parlé précédemment, sur ces balistes et ces catapultes dont la puissance était souvent telle qu'elles pouvaient lancer à plus d'un mille des quartiers de pierre pesant depuis cent jusqu'à deux cent cinquante livres. Mais nous devons nous arrêter un moment à la description des béliers et des tortues, dont l'action ruinait les murailles pour y pratiquer une brèche.

La plus simple et la plus usitée de toutes ces machines de sape était le bélier suspendu. C'était une poutre d'une longueur et d'une grosseur prodigieuses , suspendue par de fortes chaînes au centre d'une charpente, qui se composait de quatre poutres verticales assemblées entre elles par huit traverses, quatre en haut et quatre en bas. Cette poutre, ainsi suspendue horizontalement, était armée à l'extrémité d'une tète de bélier en fer fondu, et une cinquantaine de soldats, au moyen de cordages, la dirigeaient contre la muraille . Comme les vides de la charpente étaient remplis par des cuirs à Tabri du feu et des traits, les soldats qui manœuvraient à l'intérieur se trouvaient en sûreté : souvent même, pour les défendre encore mieux, on les environnait d'un parapet en terre (1).

(4) La figure montre, d'après un bas relief de la colonne Trajane , des soldats manœuvrant un bélier suspendu. La charpente et les chaînes ny sont pas représentées.

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Le bélier suspendu, demandant une charpente d'une certaine hauteur, ne pouvait être facilement employé dans les tours, et de plus son mouvement oblique diminuait la force de ses coups. On en avait donc inventé un autre qui, au lieu d'être soutenu par des chaînes, glissait sur un système de roulettes : il frappait en ligne droite, et son effet, plus direct, était plus fort (1). De plus, il pouvait agir par un simple trou percé dans la machine, tandis que,

pour donner un espace libre aux vibrations du bélier suspendu,

il fallait laisser ouverts en grande partie le devant et le derrière de la charpente qui le soutenait.

La tortue, qui ressemblait au bélier extérieurement, avait un mécanisme tout différent. Au lieu de frapper, elle tirait à elle et arrachait. C'était une poutre terminée par un énorme crampon de fer ; on rélevait et on l'abaissait tour à tour, et la griffe de fer, en s'attachanl aux pierres qu'avait déjà remuées le bélier, les enlevait complètement.

Outre ces appareils de destruction qu'employaient les Romains pour ruiner les murailles de la ville assiégée, ils savaient aussi faire usage des mines. Nous voyons en effet cet usage établi dès le commencement de leur histoire militaire, et Tite-Live nous raconte comment Camille, après dix ans d'un

(\) La figure représente un bélier frappant en ligne droite et agissant par un simple trou percé dans la machine (basrelief de l'arc de Septime-Sévère.)

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siège qui avait épuisé tous les moyens connus, s'avisa de ce nouveau genre d'attaque contre la ville de Véies. « De tous les ouvrages, dit Tite-Live, le plus long et le plus pénible était un souterrain que Camille faisait construire sous la citadelle des ennemis. Ne voulant pas d'interruption dans cet ouvrage , et craignant qu'un travail continuel sous terre n'épuisât les mêmes soldats, il partagea les travailleurs en six troupes qui se relevaient tour à tour de six heures en six heures, et qui ne s'arrêtèrent ni jour ni nuit avant de s'être ouvert un chemin vers la citadelle... Puis il attaqua la ville sur tous les points , afin de détourner l'attention des Véiens du danger dont le souterrain les menaçait... Ceux-ci, du haut de leurs remparts, s'étonnaient que les assiégeants qui, depuis si longtemps n'avaient pas bougé de leurs postes, se ruassent sans précaution, comme des insensés , vers les murailles... Mais le souterrain, plein de soldats, les vomit tout à coup tout armés dans le temple de Junon qui se trouvait dans la citadelle : une partie attaque par derrière les ennemis sur les murailles; d'autres forcent les portes ; d'autres enfin mettent le feu aux maisons d'où les femmes et les enfants lançaient des tuiles et des pierres. Une clameur immense remplit toute la ville. En un moment les défenseurs sont précipités du haut des murs, les Romains s'élancent par les portes ouvertes, la ville est prise. »

Mais à cette méthode de surprendre les villes par des souterrains conduits jusqu'au milieu de la citadelle en succéda une autre, beaucoup moins pénible et beaucoup plus courte. On ouvrait la galerie, on

lii poussait SOUS le fossé jusqu'au pied des murs; sous la muraille, on perçait une mine à droite et à gauche sur une étendue d'une centaine de pieds; on soutenait avec de forts élançons la partie de murs minée, on enduisait les élançons de poix ou d'une autre matière combustible, et Ton remplissait la mine de bois sec ou de fascines goudronnées; on y mettait le feu, et, quand les élançons étaient brûlés, la muraille tombait nécessairement. César, dans ses Commentaires ^ sur la guerre des Gaules, nous dit que les Gaulois * s'entendaient parfaitement à ces sortes d'ouvrages :" « Ils les font, dit-il, avec d'autant plus d'adresse et d'industrie, qu'il y a beaucoup de mines de fer dans leur pays, et qu'ils sont fort experts dans cet art. » Aussi pouvons-nous remarquer que César, dans cette guerre, se servit très-peu d'un moyen que ses ennemis connaissaient mieux que lui.

Quand les Romains, par leurs béliers et leurs mines, avaient pratiqué une brèche dans les murs de la ville assiégée, ils essayaient de la prendre par assaut. La brèche devait toujours être assez large, car nous avons vu qu'ils avaient l'habitude de placer plusieurs béliers côte à côte. Ils pouvaient donc présenter dans l'assaut un nombre raisonnable de soldats sur la même ligne. Cela ne les empêchait pas de donnera leurs colonnes une grande profondeur, afin que les soldats blessés ou tués sur les premiers rangs fussent toujours et immédiatement remplacés par ceux qui venaient après eux. Cet ordre en colonnes profondes donnait à leurs soldats une vive impulsion, en les mettant dans .l'absolue nécessité de combattre ou de mourir : car les derniers, ne craignant pas les coups, et étant animes par le bruit

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d'un combat où ils ne voyaient nul danger pour eux, poussaient ceux qui les précédaient, et, par retïort de tous ces serre-liles, il fallait que la tête enfonçât ce qui lui était opposé. Quant aux autres précautions dont usaient les assiégeants pour prendre une ville d'assaut, nous les trouvons dans le récit que fait Josèphe du siège de Jotapat : v Le lendemain matin, dit-il, après que l'armée romaine se fut un peu délassée du travail d'une si horrible nuit, Vespasien donna ses ordres pour l'assaut; il Ht mettre pied à terre aux plus braves de sa cavalerie, pour donner en môme temps par trois endroits et entrer les premiers lorsque les ponts seraient posés; ils étaient suivis de la meilleure infanterie, et le reste de la cavalerie eut ordre d'occuper le tour des murailles pour ne laisser fuir aucun des assiégés après la prise de la place. 11 disposa aussi tous ses archers, tous ses frondeurs et toutes ses machines pour tirer en môme temps, et commanda de donner l'escalade aux endroits où les murs étaient encore en leur entier : il voulait affaiblir par cette diversion le nombre de ceux qui défendaient la brèche, et obliger, par cette grêle de flèches, de traits et de pierres, ceux qui y restaient à l'abandonner.... Aussitôt que les trompettes des légions eurent sonné la charge, toute cette grande armée jeta des cris militaires, et, le signal étant donné, on vit l'air s'obscurcir et retentir par un nombre incroyable de dards et de flèches.... Les Juifs montrèrent un courage remarquable;.... mais ils avaient le désavantage de ne pouvoir être rafraîchis, tandis que le plus grand nombre des Romains faisait que de nouvelles troupes prenaient la place de celles qui étaient

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repoussées. Ainsi, s'exhortant les uns les autres, se pressant et se couvrant de leurs boucliers, ils formèrent comme un mur impénétrable, et, donnant tous ensemble, de même que si tout ce grand corps n'eût eu qu'une seule âme, ils repoussèrent les Juifs, qui mettaient déjà le pied sur la brècbe. »

Nous voyons, d'après ce récit, que les généraux romains faisaient quelquefois mettre pied à terre à leurs cavaliers, qui servaient alors en qualité de fantassins d'élite. Nous pouvons aussi remarquer la précaution qu'ils prenaient souvent de présenter l'escalade en plusieurs endroits durant l'assaut, afin d'opérer une diversion parmi les assiégés.

Pour l'escalade, les soldats s'avançaient ordinairement en formant la tortue. Ils se serraient les uns contre les autres en se couvrant de leurs boucliers : ceux du premier rang les portaient devant eux, ceux des flancs sur le côté exposé, et ceux du second rang joignaient les leurs à ceux du premier par-dessus leurs têtes, de sorte que tous ces boucliers, rangés les uns sur les autres, couvraient cette multitude d'hommes de la môme manière que les écailles couvrent un poisson. Les troupes, ainsi rangées, s'approchaient des murs à Tabri des traits, et, quand il n'y avait pas de brèche et que le mur n'était pas trop élevé, cette première tortue servait de rampe à une seconde. Les derniers rangs mettaient genou en terre pour permettre à la seconde tortue de monter sur leurs boucliers : les soldats, dans le même ordi*e et couverts de la môme manière, montaient sur les boucliers de la première tortue, qui, se relevant tout entière au commandement, élevait la seconde colonne jusqu'au mur : elle s'y élançait, et ai-

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dait ensuite à monter ceux qui l'avaient élevée (i). Mais, quand le mur était trop haut et ne permet-

tait pas ce moyen d'escalade, on établissait tout le long des espèces de grues, nommées tellenon (2).

(l) Folard, Comtn. — Cette figure représente, d'après un bas-relief de la colonne Antonine, des soldats qui forment la tortue. — i2) Veg., IV, 21.

Kien de plus simple que celte machine. On implantait non loin du mur un mât, au haut duquel était sur pivot une longue poutre transversale, pouvant s'élever et s'abaisser de tous côtés à volonté ; à Tune des extrémités de cette poutre on accrochait une grande caisse quadrangulaire et découverte, dans laquelle montaient quelques soldats : en pesant sur l'autre extrémité, et en faisant pivoter la poutre, on les transportait immédiatement au milieu môme des assiégés.

Quelquefois aussi on construisait un aggei^ tout en charpente, qu'on élevait devant les murailles sur une longueur de plusieurs centaines de pieds et sur une largeur proportionnée : c'était une montagne factice, que les soldats pouvaient alors franchir en formant la tortue (i).

Tels étaient les différents moyens dont se servaient les Romains pour assiéger une ville et s'en emparer. Nous avons énuméré le plus brièvement possible tous les travaux qu'ils savaient opérer dans un siège régulier; nous devons maintenant montrer quels étaient les moyens de défense que les assiégés avaient en leur pouvoir contre une attaque si puissante.

(1j V. Dezobry, Rome au siècle d'Avyuste.

Défense des villes assiégées ' 185

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