DB LA MILICE ROMAINE
COMPOSITION DE L'ARMÉE
DES ARMES DES SOLDATS
arcs et les frondes ne se multiplièrent dans les armées romaines qu'à mesure que la milice s'altéra.
Les vrais soldats romains, les légionnaires, n'aimaient pas à combattre de loin : ils préféraient les mêlées corps à corps, où ils abordaient l'ennemi avec les armes offensives, piques, traits et glaives dont nous avons énuméré les différentes espèces ; iç^is ils ne s'exposaient pas nus à ses coups, et, tout en étant armés pour l'attaque,, ils l'étaient aussi pour la défense.
Armes défensives.
Dans l'origine, sous les noms de galea et cassis, on distinguait deux espèces différentes de casques : la galea était de peau ou de cuir, et la cassis de métal (1). Mais on remarqua bientôt que le cuir ne protégeait pas la tète suflisamment; on fit tous les casques de métal, et, dès le temps de Camille, il n'y en avait presque plus de cuir. Alors, sans tenir compte de l'ancienne distinction, on appela galea tous les casques indifféremment.
Us étaient d'une fabrication plus ou moins simple. Ceux qui se composaient du plus grand nombre de pièces avaient : 1" au sommet, le cimier auquel était attachée une crinière de cbeval et plus souvent encore une aigrette de plumes; 2« en avant et par derrière, une saillie pour protéger le front et la nuque; 3° sous cette saillie, une visière percée de trous qui couvrait toute la ligure; 4° et, sur les côtés, let» mentonnières qui, attachées par des charnières, pouvaient se lever et se baisser à volonté. Le cimier
(i) Tac. Gmn., G^; Isid., Ong., XVUI, 14.
s'appelait conus (xtTjvoç), ou mieux apex (1), et l'aigrette crista : Vapexei la crista étaient même quelquefois compris tous deux sous ce dernier terme. La visière s'appelait projectura, et les mentonnières bucculœ,
La forme la plus simple du casque était le cudo : sans cimier et sans aigrette, il était attaché sous le menton par une courroie; il était porté, nous dit Polybe (2), par un certain nombre de soldats romains armés à la légère.
D'autres casques, aussi sans visière, mais avec des mentonnières, avaient, au lieu d'aigrette, Un nœud ou un anneau au sommet : nous en voyons beaucoup de ce genre sur les colonnes impéiiales.
Ceux des centurions avaient le cimier orné de plumes souvent très-hautes (3). « Cela contribuait, dit Polybe (4), à leur donner un air plus imposant et plus redoutable. » Ceux des ofliciers supérieurs étaient généralement plaqués d'or et d'argent et travaillés avec le plus grand soin. Enfin , les portedrapeaux, pour inspirer plus de terreur aux ennemis, recouvraient le leur de la peau de quelque bète féroce : c'est du moins ce que fait entendre Végèce (5) : « Signiferi accipiebant galeas ad terrorem hostium ursinis pellibus tectas. »
11 y avait de môme plusieurs espèces de boucliers : on distinguait le clypeus, le sculum et la parma.
Le plus ancien des trois est le clypeus :. c'est celui que les Grecs appelaient àcnriç ; son nom vient de YXu:p(i), scalpo, à cause des figures ordinairement gravées sur la surface : « Scutis continebantur imagines
(1) Isid., Orig.. XVIII, 14, 2. - (2) Pol., \T, 22. —(3) Veg., II, 16. - i4, Pol., YI, 23. - ^5) Veg., II, 16.
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unde et nomen habuere clypeorutn; non ut perversa grammalicorum subtilitas voluit, a cluendo (1). » Romulus le donna d'abord à ses soldats ; mais, après avoir vaincu les Sabins, il adopta le bouclier plus long nommé scutum. Cependant le clypeus fut encore porté par quelques légionnaires jusqu'à Tépoque où les citoyens commencèrent à recevoir une solde pour leur service à l'armée : c'est du moins ce que dit Tite-Live (2) : « Clypeis antea Romani usi sunt; deinde poslquam stipendiarii facti sunt, scuta pro clypeis fecere. » Il se composait de peaux de bœuf superposées (3), couvertes de plaques de métal. Quelquefois il était entièrement en bronze (4), et, dans quelques cas, le métal était placé sur de simples branches d'osier entrelacées (5); mais la forme était toujours la môme : elle était tout à fait circulaire ; aussi Virgile la compare- l-il au disque du soleil :
Ârgolici clypei aut Phœbese lampadis instar ;
et Ovide fait-il dire à Polyphème :
Unum est in medio lumen mihi fronte, sed instar Ingentis clypei (6)...
A l'époque où fut introduite la solde militaire, comme nous venons de le dire, ce bouclier rond fit place au scutum, bouclier oblong que les Grecs nommaient ôupeoç, parce qu'il avait la forme d'une porte, et que les Romains appelèrent scutum à cause du cuir, crxuToç, qui le couvrait. Polybe (7) en fait la
(4) Pline, XXXV. 4. - (2) Tit -Liv., VIII, 8. — (3) Septem^ plicis, Virg., jEn.^ XII 925; Decimo orbe, Ov., Met., XII, 97. — (4) Tit.-Liv., XLV, 33. - (5) Virg., j£u. VIII, 625. — (6) Met., XIII. — (7) Pol., VI, 23.
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description : « Ce bouclier, dit-il, est convexe, large de deux pieds et demi, long de quatre : les plus longs ont une palme de plus. Il se compose de deux planches unies par de la gélatine de taureau, et est recouvert, en dehors, d'abord d'une toile, puis d'une peau de veau. Les bords en sont garnis, en haut et en bas, d'une lame de fer qui le protège, en haut contre les coups de taille, et en bas contre l'humidité de la terre, si on l'y dépose. Le centre se relève en une bosse qui repousse le choc violent des pierres, des sarisses et de tous les projectiles lancés avec force. » Nous voyons par cette description combien les Romains avaient apporté de soin et d'attention à consolider cette arme : ils en avaient reconnu toute l'utilité, et Tite-Live, parlant des flèches des Cretois (1), dit qu'elles ne pouvaient percer le scutum à cause de sa force, ni atteindre aucune partie du corps à découvert à cause de sa grandeur. Pour qu'il eût plus de force, on le faisait de bois de figuier ou de sureau, parce que les ouvertures faites dans ce bois se referment d'elles-mêmes, et qu'il est ainsi plus difficile à pénétrer : « Quorum plaga, dit Pfine (2), contrahit se protinus, clauditque suum vulnus, et ob id contumacius transmittit ferrum. » Le scutum était ordinairement orné de figures. D'abord les guerriers y représentèrent les hauts faits de leurs aïeux :
Terribilem oslentans clypeum, quo patris et una Caelarat patrui spirantes prœlia dira Effigies i3)
(1) Tit.-Liv., XXXI, 19. - (2) Plin., VII, 17. - ^3) SU. ItaU,
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ensuite on y grava certains signes, SeiYixara (1), pour empocher les différents corps de se confondre dans le tnmuUe du comhat : enfin, et surtout dans les guerres civiles, on y inscrivit le nom des généraux.
Tels étaient les boucliers de rinfanteric pesamment armée ; celui des troupes légères et des cavaliers se nommait ;>ar?7ia ("2). «D'abord, dit Po- « lybe (3), ce bouclier était fait de peau de bœuf, et « semblable aux gâteaux ovales employés dans les « sacrifices (i). Son peu de solidité le rendait inca- « pable de résister aux coups de l'ennemi, et dès que " la pluie ou la sueur Tavait amolli, déjà presque « d'aucun usige auparavant, il ne servait dès lors « absolument à rien. » Aussi les Romains, Irès-babiles à modifier leurs coutumes pour adopter les meilleures, changèrent-ils promplement une arme réprouvée par l'usage. Ils la consolidèrent en lui donnant une forte carcasse de fer, et ce fut dès lors, comme nous le montre Polybe dans un autre chapitre (5), a un bouclier d'une construction solide et « assez grand pour couvrir; il fut circulaire et eut « trois pieds de diamètre. »
Outre ces boucliers principaux employés par les Romains, il y en avait quelques autres, dont se servaient les auxiliaires et les barbares, tels que la celra, petit bouclier rond, couvert de peau, employé par les Africains, les Espagnols et les Bretons (6), et la parma Ihrecidica, bouclier des Thiaces, ayant à
(1) Veg., II, 18. — 2j Tit.-Liv., XXXI, 35; II, 20; XXXVIIl, 2^1. — (3) Pol., VI, 25. —^4/ Arrien s'exprime de même : ToXç ôfipctXùiTOÏi woTrâvot; nxpot.'nXifj'jio-jy roïi ènl rv.ç ôjaiv-ç ÏTttrtOtjjLivoti. — (5) Fol., VI, 22. — (6j Varro, ap. Non.; Serv. ad. Virg., jEn.j VII, 732; Tac, Agr., M.
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peu près la même forme que le scutum des Romains. Comme tous ces boucliers ne diffèrent pas beaucoup des trois espèces principales que nous venons de décrire, il serait fastidieux de nous y arrêter plus longuement. Passons aux cuirasses.
Les premières cuirasses étaient de cuir, et de là leur nom général de lorica, « a loris, dit Varron(i), quod de corio crudo pectoralia faciebant. » Ce fut Servius TuUius qui emprunta aux Gaulois leurs cuirasses de métal, et alors les soldats eurent un plastron d'airain , que Polybe nomme xapSiocpiiXaÇ, pectorale. Puis on les fit de deux pièces de métal, distinctes, attachées Tune à l'autre par des boucles et des bretelles : les soldats qui s'en armèrent furent appelés loricaiL Les officiers en eurent aussi de ce genre, mais perfectionnées : il n'y avait de boucles qu'à gauche de leurs cuirasses, tandis qu'à droite les deux pièces étaient jointes par une série de charnières traversées par une tige mobile, de sorte qu'on pouvait facilement les écarter et les rapprocher.
Sur la colonne de Trajan on voit un grand nonabre de soldats qui ont le corps entouré de cinq ou six bandes de gros cuir, revêtues de métal : leurs épaules sont aussi couvertes de trois ou quatre bandes pareilles qui descendent jusqu'à la première ceinture à laquelle elles sont attachées, et, sous toutes ces bandes, paraît un corselet de cuir. On peut supposer, d'après les occupations auxquelles se livrent les soldats ainsi représentés, que cette armure appartenait aux fantassins pesamment armés.
Les troupes légères en avaient une d'une seule
(1) Varr., L. L.. IV.
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pièce qui entourait tout le corps jusqu'à la ceinture, sans empêcher les mouvements. C'était une tunique de lin, lorica lintea{^ti^^a\ Xi'veoç), formée d'une pièce d'étoffe plusieurs fois repliée sur elle-même, et trempée dans du vinaigre et du sel. Pline dit que ces sortes de tuniques résistaient au fer et au feu (1) : « Lanœ et per se coactœ vestem faciunt, et si addatur acetum, etiam ferro resistunt, imo etiam ignibus (2). » Elles ressemblaient beaucoup à une autre tunique militaire appelée thoracomachus, qui était faite de laine et qu'on portait sous la cuirasse de métal dont le contact eût été trop rude, comme les chevaliers du moyen âge mettaient sous le haubert une camisole de laine nommée gambeson. Enfin il y avait des cuirasses qui se composaient d'une suite de lames de fer ou d'airain taillées en forme d'écaillés, cousues sur un fond de cuir ou de toile, et glissant l'une sur l'autre pour se prêter aux mouvements du corps. Tantôt ces écailles étaient disposées de manière à imiter celles d'un poisson, XETTiâeç, Oc^paS XeTTtScoTo'ç (3); tantôt elles imitaient par leur forme celles du serpent, çoXi'Seç, ôo^a^ ^oXiSo)- Toç (4) ; quelquefois elles étaient disposées en forme déplumes, lorica plumata {i\isiïn.,\Li, 2) (5); et, dans certains cas, au lieu d'être cousues sur un pourpoint de cuir, elles étaient attachées entre elles au moyen d'anneaux ou d'hameçons de fil de fer : c'est ce qu'on appelait lorica serta ou hamis conserta (6). Telle était, selon Silius Italiens (7),
1 -^^^y^Ô^ ^?* ~"J^^ ^^P*^^' ^Pf'i^^'^ 1; Suet., Ga/6., 19; Liv. I\, 20; Arr., Tact. - (3) Virg., yEn., IX, 707. - (4) Ov Af«^, III. 63. - (5) Virg., ^.., :^i 771. '- (6) Neposlph^c': 1 ; Virg., ^n., III, 467 ; V. 259. - (7) SU. Ital., V, 140.
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l'armure du consul Flaminius à la bataille de Trasimène :
Loricam induitur, tortos huic nexilis hamos Ferro squama rudi permixtoque asperat auro.
Ces différentes sortes de cuirasses, formées d'écailles, portaient le nom général de cataphracta, et nous avons vu dans le premier chapitre que les chevaux eux-mêmes en étaient quelquefois revêtus. Les lames de fer étaient alors cousues à une toile qui servait de housse au cheval et qui pendait jusqu'à ses pieds : c'est ainsi que Virgile dépeint le coursier de Chlorée :
Spumantemque agiiabat equum, quem pellis ahenis Iq plumam squamis auro conserta tegebat.
Après les casques, les boucliers et les cuirasses, il ne reste dans l'armure défensive des Romains que la jambière, ocrea. Cette jambière couvrait le tibia depuis la cheville jusqu'un peu au-dessus du genou (i), elle était faite d'étain ou de bronze et souvent couverte d'ornements; on l'attachait sur la partie postérieure de la jambe au moyen de cordes et de boucles . Une discussion s'est élevée entre quelques érudits pour savoir* si les Romains en portaient aux deux jambes; Tite-Live semble le dire: « Arma his imperata, galea, clypeum, ocreee, lorica, omnia ex aère (2). » Mais Arrien et Végèce(3) disent expressément que l'infanterie romaine n'en portait qu'une seule à la jambe droite ; car l'infanterie avait pour fonction de joindre tout de suite l'ennemi et de décider la bataille à la pointe de
[i) Var., L. L.. V, 116. - (2) Tit.-Liv., 1, 43. - (3) Veg., I, 20.
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répée, la jambe droite étant dans ce cas portée en avant et la seule exposée : « 'Ptojxaioi; xvy,|xU (xiaTcpb tTjç
xvr^|jLy)ç, <î)ç £v raîç [xot/atç -TrpoaaXXoixevr,; (i). »
Quant aux brassards, ^nanïcep, les soldats romains n'en portaient pas; les archers seuls en avaient un au bras gauche, parce que cette partie de leur corps était particulièrement exposée et que la nature de leurs armes ne leur permettait pas l'usage du bouclier.
Nous voyons, par cet exposé rapide, que les armes défensives des Romains n'étaient ni moins nombreuses ni moins travaillées que leurs armes offensives.