‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 114 sur 126 · DES MÉCANIQUES. 3S · texte numérisé non relu

DES MÉCANIQUES. 3S

marché et que celui qui emploie les mécaniques peut livrer au meilleur marché possible. Le travailleur à la main ne peut donc pas lutter contre elle.

D. Si le gouvernement défendait à Paris Tusage de toutes les mécaniques, n'en résulterait-il pas une augmentation de travail pour les ouvriers de Paris?

R. Non ! les mécaniques se transporteraient dans les départemens , et l'on apporterait à Paris les objets manufacturés.

D. Mais on pourrait défendre aussi les mécaniques dans les départemens, et alors il faudrait bien employer des ouvriers pour faire l'ouvrage des mécaniques?

R. Non ; les étrangers ont des mécaniques ; le travail se transporterait chez eux, parce qu'il y serait meilleur marché; on ramènerait chez nous leurs marchandises toutes fabriquées et la prohibition des machines en France n'aurait d'autres résultats que de donner aux ouvriers hollandais, anglais ou américains, le travail des ouvriers français.

D. Les mécaniques sont donc une richesse pour leur pro* priétaires et pour les ouvriers qu'elles emploient ; mais quel est leur effet sur la masse de l'espèce humaine?

R, Elles augmentent son aisance en abaissant le prix des objets de première nécessité. Une paire de bas faits à la mécanique coûte bien moins qu'elle ne coûtait quand il fallait la faire à la main ; aussi, avec le prix que coulait une seule, on peut aujourd'hui en avoir plusieurs; il en est ainsi de toutes les mécaniques.

D, Que doit-on donc penser de ceux qui les brisent?

R, Que ce sont des hommes ignorans ou criminels. Briser une mécanique, c'est précisément la même chose qu'incendier une maison.

TROiSlèUE SECTION. — DE L'ÉCONOMIE.

^ I. Considérattoiis géHéraUt,

D. Qu'est-ce que réconoinie?

R. Cest une vertu qui porte Touvricr à ne pas dépenser tout ce qu'il gagne.

/). L'ouvrier peut-il toujours économiser sur son salaire?

R. Non ; pas toujours, mais habituellement (1).

Z>. Quel est le but de l'économie?

R. C'est de se ménager, pour l'avenir , des ressources en cas de malheur ou de cessation de travail.

D. L'ouvrier qui possède assez pour se trouver à l'abri de la misère doit-il cesser de vivre avec économie?

R. S'il est père de famille, l'économie continue d'être pour lui un devoir ; il doit s'efforcer de laisser ses enfans dans la meilleure condition possible.

D. L'économie ne peut-elle pas être poussée à l'excès , et ne devient-elle pas alors un vice?

R. Oui, par exemple, l'ouvrier qui pour amasser davantage laisserait manquer sa famille, serait assurément répréhensible.

D, L'économie contenue dans de justes bornes n^attire-telle pas sur l'ouvrier la considération générale?

R. Oui, l'ouvrier qui s'est créé, par son travail, une fortune indépendante est estimé de tous , tandis qu'on fait peu de cas du prodigue toujours poursuivi par des besoins d'argent.

(x) Ici doivent se placer quelques calculs tirés des travaux les plus ordinaires dans chaque localité; il sera aisé d'en faire ressortir ce fait : que l'ouvrier rangé gagne plus qu'il ne dépense , s'il peut éviter le chômage.

Dr LA TEMPERANCE. 233

^ II. De la tempérance»

D. Qu'est-ce que la tempérance?

R, C'est une vertu qui éloigne l'ouvrier des excès de table et le porte à cesser de manger ou de boire quand il n'a plus ni faim, ni soif.

D, Quels sont les motifs de la tempérance?

R. Le premier motif temporel , c'est l'économie. Le vin est la principale cause de ruine et de désordre chez les ouvriers.

/>• Quelles sont les plus fâcheuses conséquences de l'ivrognerie ?

R. Elle ôte à l'homme la raison et le réduit à l'éiat de la brute. L'ouvrier ivre peut être porté involontairement à tous les crimes ; il jette alors le trouble dans les ateliers et s'en fait chasser. Il se querelle, se bat et brise des objets de prix qu'il lui faut payer lorsqu'il est dégrisé.

D. Il y a des hommes qui ont une ivresse gaie et tranquille et qui sontà-peu-près sûrs de ne pas faire de mal étant ivres?

R. Ils n'en sont jamais entièrement sûrs , et quand leur ivresse ne les porterait à aucun désordre, elle aurait toujours détruit la richesse qu'ils dépensent à boire.

D. Mais les liqueurs fermentées soutiennent l'ouvrier , et dans les grands travaux on doit les regarder comme utiles?

R. Oui, pourvu qu'elles soient prises avec modération.

D. L'économie prescrit donc à l'ouvrier de ne pas manger et boire au-delà de ses besoins ; mais ne serait-il pas encore plus économique de ne pas satisfaire entièrement ses besoins?

R. Non. Indépendamment des souffrances physiques qui en seraient le résultat, il éprouverait une diminution de sa force corporelle, et, par suite, il ferait moins d'ouvrage. Une

I8& BE8 CAISSES D*iPARGlfES.

bonne nourriture est donc recommandée à Touvrier , nonseulement par le médecin , mais encore par Téconomie.

$ lU. Des causes d'épargnes,

D. Que peut faire l'ouvrier de l'argent qu'il économise?

R. Le placer à intérêt, ou acheter quelque objet qui lui donne un revenu.

D, Les placemens à intérêt ne sont-ils pas chanceux \ ne perd-on pas souvent intérêt et capital ?

R. Oui. Quelquefois les emprunteurs ne peuvent pas ou ne veulent pas rembourser.

D. N'y a-t-il pas aussi des obstacles à ce que l'ouvrier achète ?

R. Il n'y en a pas , si l'ouvrier possède une forte somme ) mais il ne trouvera pas de terre ou de maison à acheter pour ftO ou 50 francs.

D, Il doit donc garder son argent chez lui jusqu'à ce qu'il en ait assez pour l'employer ?

R. Non, il risquerait de se faire voler et il perdrait rintérét que cet argent peut rendre.

D. Qu'en faut-il faire?

R. Il peut le placer à la caisse d'épargnes, qui prend les plus petites sommes et en paie l'intérêt.

' D. Y a-t*-il des chances à courir avec la caisse d'épargnes?

R. Non, puisqu'elle est garantie par le gouvernement.

D.N'oflnre-t-ellepas encore à l'ouvrier, d'autres avantages sur les autres placemens.

R. Oui, la caisse d'épargnes lui rend sçn argentquand il le veut, et par aussi petite somme qu'il veut ; tandis que s'il achète ou prête à des particuliers, il ne pourra ravoir son argent qu'à une époque éloignée, et il l'aura tout à-*la-fois, quoi qu'il n'ait souvent besoin que d'une très petite partie.

D. Quels sont les inconvéniens de la caisse d'épargnes.

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