INTRODUCTION. TU
bornait leur bienfeîsance. Ils réparaient le mal lorsqu'il était venu; ils ne le détournaient pas lorsqu'il était sur le point d'arriver.
Il vaut mieux pourtant parer le coup que de soigner la blessure, et si la médecine qui combat la maladie doit être honorée, l'hygiène qui conserve la santé ne doit pas être exclue du régime des peuples. C'est en vain qu'on espérerait guérir après coup les maux qu'on aurait pu prévenir; la misère est un arbre puissant, qui a jeté au sein des sociétés de profondes racines; que gagnerez-vous à détruire laborieusement quelques-uns de ses fruits amers? Tant qu'il puisera sa nourriture dans un sol riche et fécond, il se couvrira chaque année d'une nouvelle récolte, et vos mains se lasseront avant que sa sève soit épuisée . Ce n'est pas dans ses branches , c'est dans sa racine qu'il faut l'attaquer; il ne s'agit pas d'un élagage, il s'agit d'une extirpation.
Nous l'avons déjà dit, elle ne peut pas être mathématiquement complète ; il échappera toujours quelques germes, quelques chevelus, qui pourraient avec le temps redevenir encore de grands arbres. Mais si la souche était enlevée, on aurait du moins quelques années pour respirer , les rejets seraient rabattus à mesure qu'ils sortiraient de tçrre; on tiendrait à dislance la misère, au lieu de l'avoir incessamment surles bras , comme un ennemi qui ne connaît pas les trêves; on la circonscrirait dans un espace rétréci
viîi ^inthoduction.
et le pays serait délivré de ses incursions meurtrières.
Dans d'autres temps , la guerre extérieure était et devait être le principal objet des préoccupations de la France. Lorsque chaque année des peuplades errantes venaient fondre sur nos frontières maritimes ou ter^ rcstres, le point capital était de les repousser. Aujourd'hui c'est vers des luttes moins sanglantes que sont tournés tous les esprits; la France ne parait pas bien prochainement menacée d'une irruption romaine, Scandinave, sarazineou tartare; la Germanie n'a plus ni conquérans, ni bandes mercenaires pour qui la guerre soit une nécessité permanente; l'Ân^ gleterre a renoncé à ses droits sur la couronne de France.
La misère est le seul adversaire qui demeure en ligne ; écrasons-le, tandis que la paix l'a privé de ses auxiliaires.
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