‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 12 sur 126 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

peuvent les amoindrir à tel point que , pour des yeux peu attentifs, elle ^ura cessé d'exister • Ce sera une erreur pourtant ; elle aura seulement cessé d'agir.

Il en est de la misère comme de la vapeur ; on peut la condenser, et alors elle n'occupera, sous la forme liquide , que rx^ de son précédent volume. 11 ne faudra pas croire qu'elle ait pour cela perdu sa force d'expansion; une chaleur médiocre lui fera envahir de nouveau le même espace qu'elle paraissait avoir abandonné sans retour.

D'innombrables philantropes ont senti leurs entrailles émues au spectacle des souffrances de l'humanité; plusieurs ont sacrifié leur repos, leur fortune et leur vie en voulant s'interposer entre le pauvre et la misère ; dévoûment inutile ! L'ennemi commun a passé sur leurs corps et n'en a pas moins atteint les victimes qu'il avait désignées. Que le respt et des peuples s'attache à la mémoire de leurs bienfaiteurs; que la reconnaissance de tous soit la récompense de quiconque a donné aux pauvres un secours, une consolation ou une bonne pensée !

Mais , après avoir payé un juste hommage à ceux qui nous ont précédés, jetons un regard attentif sur la marche qu'ils ont suivie, et, sans nous laisser entrainer par l'admiration de leurs vertus, par la sincérité de leur zèle , par la pureté de leurs intentions pieuses , cherchons à déterminer la cause de leur

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insuccès. Ils ont échoué; c'est un fait trop malheureusement acqurs à l'histoire. Des bienfaits partiels ont pu soulager momentanément quelques familles en détresse, mais la misère générale n'a pas été sensiblement atténuée; des tentatives mal concertées ont tourné souvent contre ceux qu'oi> avait voulu secourir. A quoi attribuerons-nous le triste résultat d'effbrts dictés par les meilleurs sentimens qui puissent enflammer le cœur de Thomme et par une ardeur de charité que probablement nous n'égalerons jamais ? ont-ils rencontré des obstacles insurmontables? se sont-ils brisés contre la force des choses? doft-on renoncer pour toujours à faire mieux, et n'y a4-îl aucune espérance d'améliorer le sort de l'espèce humaine?

Avant de nous laisser aller à cette pensée décou- . rageante , réunissons les lumières que les sciences nouvelles nous ont apportées; plaçons-nous, s'il m'est permis de parler ainsi, au point de vue stratégique ;^ interrogeons avec soin le passé, et voyons si la chute de bien des espérances n'a pas été due à un faux point de départ et à des fautes involontaires.

Les philantropes des siècles passés ont paru dominés par une sensibilité spontanée plutôt que par une bienveillance réfléchie. Incapables d'envisager froidement les angoisses de leurs semblables, ils couraient au secours de tout ce qu'ils voyaient souffrir. C'était une sainte mission; mais c'est à cela que se

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