CHAPITRE m
De la miflèré publique et de la oiiaère privée. — De la coolagioo de la
miitère. — Des effets de la misère.
miitère. — Des effets de la misère
La misère privée ne peut pas toujours être prévenue, parce qu'elle est quelquefois le résultat de quelque accident imprévu. Qu'un couvreur tombe du haut d'un toit et s'estropie dans sa chute, sa famille se trouve aussitôt dans le besoin. Il en est de même des cas de grêle : le laboureur, riche le soir, se trouve ruiné le lendemain ; la bienfaisance la plus vigilante ne peut rien pour détourner de pareils malheurs ; son rôle se borne à les réparer.
La misère privée* n'est qu'un malheur du second ordre, si on la' compare à la misère publique; non-seulement elle se borne à quelques individus, au lieu d'englober des populations tout entières, mais, pour ces individus même, elle est moins désespérée, puisque chacun peut concourir à la soulager; dans le cas de misère publique, au contraire, chacun demande au lieu d'offrir.
C'est donc la misère publique qu'il est nécessaire et possible de détourner par des moyens préventifs.
Bien que la misère privée ne pui^^se être comparée à l'autre, ni pour la multiplicité, ni pour la gravité des maux, elle réclame impérieusement de prompts secours, et rien ne serait plus funeste que de l'abandonner à son propre son .l'inhumanité de ce dernier parti n'est pas la seule raison
mSÈKE PUBLIQUE ET PRIVÉE. 17
qui doive le faire repousser : des moiifs d*inCërét général viennent à Tappui des sentimens philaniropigu^s, ceux ^uî ne secourraient pas la misère privée par bienfaisance devraient la secourir encore par égoïsme et dans T intérêt de leur propre sûreté. La misère est épidémique et quelques hommes atteints du mal sulBsent souvent pour le répandre au loin. Comme elle a été rarement considérée sous ce point de vue, il est nécessaire de faire comprendre par quels canaux s'opère la transmission du fléau. Nous allons examiner un seul de ces canaux, celui dont Taciion paratt la plus fréquente; quelques calculs seront présentés : ceux des lecteurs qui désapproi^vent les calculs appliqués à la bienfaisance voudront bien nous les pardonner en faveur de Tintention. Démontrer que la misère est contagieuse, c'est intéresser à sa destruction non-seulement les âmes sensibles aux maux d'autrui, mais encore celles qui ne sont sensibles qu'à leurs . maux ou à leurs dangers personnels.
Lorsque nous serons arrivés à la question capitale des salaires des ouvriers, nous verrons que ces salaires se règlent de gré à gré entre celui qui les donne et celui qui les reçoit; . cette convention faite à l'amiable suppose de la part des deux contractans : 1® une indépendance réciproque qui leur permet de se passer entièrement l'un de l'autre ; V un besoin mutuel qui leur fait trouver de l'avants^ge à se rapprocher, bien que rien ne puisse les y contraindre* L'urgente nécessité ne peut pas produire un juste accord entre le propriétaire et le capitaliste. Si l'un des deux ne peut en aucune façon se passer de l'autre, il est livré à sa discrétion et il acceptera sans ré* sistance les conditions les plus dures et les plus injustes; pour qo^ l'ouvrier traite librement et sur le .pied d'une espèce d'égalité avec le riche qui paie son travail , il faut qu'il ait quelque moyen de se passer de ce travail. L'ouvrier ne peut habituellement , et surtout dans sa jeunesse, posséder de grandes ressources; cependant il apresque toiyoursdevantlui quelques légères économies qui lui permettent de suspendre son travail