‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 16 sur 126 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Définition de la misère. — Définition de la souiTrance.

La misère, c'est le manque des choses nécessaires à la vie, poussé jusqu'au point où la population diminue, soit en nombre, soit en valeur.

Il ne faut pas confondre la souffrance avec la misère.

La souffrance est le meissager çit le précurseur de la mi* sère ; elle la précède comme la maladie précède la mort : la souffrance est à la misère ce que la chol^rine était an choléra.

La SQuffrance est un élat pénible, mais qui n'est pas encore menaçant : l'humanité presque tout entière murmure contre ellej- cependant, si on la considère sous une autre face, on y verra un avertissement salutaire qui fixe nôtre attention sur le point d'où peut sortir un danger prochain. Pour ceux qui ne possèdent aucun moyen de lui échapper et pour ceux qui ne veulent pas prendre la peine de lui fafre

1^ DÉFINITION DE hh MISÈRE ET DE LA SOUFFRANCE.

face, la souStamce »'a été qu'un douloureux ayant-goût des malheurs qui se préparent ; mais telle n'est pas la masse de l'espèce iramaine.

L'intelligence infinie qui a présidé à l'oriJanisation de l'uniters n'a pas voulu que le péril vint surprendre à l'improTiste ses créatures; elle leur a donné l'ouïe et la vue pour tes avertir des dangers éloignés et la sptffirance, comme un sens plus inlime^ qui leur fait savoir que le danger s'est rapproché. Sauf quelques cas d'acctdens ou de combats, les êtres organisés passent rarement de l'état de santé parfaite à celui de destruction absolue. Les morts subites sont en petit nombre, si on le^ compare aux morts lentes et graduelles.

Il en est de même des misères*subiles. La' misère est la mort industrielle de l'homme, comme la folie est sa miM*t intellectuelle.

Laissons de côté les évènemens exceptionnels, tels que ceux d'incendie et de naufrage; nous trouverons que la mlsère ne vient jamais fondre sur l'homme, sans que la souffrance ait frappé à sa porte et lui ait dit: préparez-vous. Par quel aveuglement étrange Tavertissement de la providence est-il dédaigné?

Nous avons dit, dans le précédent chapitre, quela détresse du pauvre devait être soulagée à son début, c'est-à-dire, lorsque la souffrance bien constatée n'était pas encore passée à Tétat de misère. Ce n'est pas à dire pour cela <[ue le misérable doive être abandonné ; mais, dans l'habitude de la vie, les secours doivent arriver assez tôt pour Tempêcher de devenir misérable ; que si le pauvre est privé de ses ressources par un accident imprévu, ou s'il ne fait connaître son état qu'après êlre tombé dans l'extrême pauvreté, nul douté qu'il ne faille Taccueillir et le relever i mais, dans une société régulièrement organisée et pourvue d'institutions raisonnées contre la misère, ces cas devraient être aussi rares que ceux de fracture ou de luxation ; un petit nombre d*hôpitaux suffit pour tous les acctdens de ce genre.

DéFINITIOM DE LA MISÈRE ET DE LA SOUFFRANCE. 15

Il n'arrive presque jamais que le pauvre^faerche à dissima* 1er sa détuesse ^ il raecuserait plus prompcemeut encore, s'il savait que des «lesupes sont prises pour le soulager. Mais parlotti où régnent encore des idées arriérées sur la bienfaisance, le pauvre est' repoussé s^il n'est pas positivemetit misérable; tant qu'un bonme n'^n est qu'à 1» souffrance à laquelle de faibles secours pourraient l'arracher^ on lui répond : nos ressources sont bornées et nous ne les devons à d'autres ramilles qui sont bien plus malheureuses que vous. Raisonnement spécieux et fondé sur une sympathie vraie pour le malheur , mais qui au fond équivaut à celuiHii : La bienfaisance doit examiner les besoins et ne tenir aucun compte du résultat. Pourvu qu'elle agisse, peu importe qu'elle diminue ou non la masse des douleurs.

Supposons dix indigens atteints d'une maladie grave, mais qu'un traitement d'un mois peut faire disparaître ; si l'on ne peut disposer que d'un lit dans un hôpital, devra-tron les traiter successivement et les renvoyer tous guéris ou bieh laisser dans ce lit pendant dix mois un incurable? Dans ce dernier cas, on aura laissé souffrir dix hommes pour un qu'on aura momentanément soulagé; et à quel prix ce soulagement aura-t41 été obtenu ? Les maux des dix autres se s^ont aggravés et ne céderont plus aux efforts de l'art, de sorte qu'on aura créé dix incurables pour avoir trop accordé au bien-être d'un seul.

Je sais qu'en fait de bienfaisance beaucoup de personnes n'aiment pas les chiffres ; mais comment puis*je faire comprendre autrement ma pensée? Cest à cet éloignement du calcul que sont dus, suivant moi, presque tous les ravages de la misère et l'inetteaeité des seeours $ il faut bien que j'emploie *la méthoite que je conseilli^

Béêume'du ehapiire II.

Les remèdes préventifs sont ceux qui s'appliquent à la

If) DÉFINITION DK LA MISÈRE ET DE LA SOUFFRANCE.

pauvreté lorsqu'elle m^eêi encore qu*à son , premier degi^, c*esl-à*dire à Téui de souSiwnce. Lorsqu'elle est parvenue à l'élat de misère» elle doit élre secourue encore ; mais on dpit tout faire pour Teoipèclier d*y arriver ; et lorsque ces cas se multiplient, ils accusent un vice profond dans Torganisation des^ moyens de la bienfaisailce.

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