CHAPITRE VI
Ues résultats de la doctrine du produit net , tels que. nous les montre
riiistoire des siècles passés.
Quelqoea personnes objectent contre la doctrine du produit net sa prétendue nouveauté; elles pensent que c'est une invention de date toute récente et que le monde a marche près de six mille ans sans qu'il en fût question. Cependant , pour tous cens qui voudront étudier attentivement les en<seignemens de l'histoire , aucun système n'est plus intimement lié à la prospérité des peuples célèbres de l'antiquité , aucune doctrine ne remonte à une époque plus Reculée. S'il y apeu d'années qu'on en a fait une théorie et que son nom se trouve prononcé par les écrivains de l'économie politique, il n'en est pas moins certain que sa pratique rémonte aux premiers âges du monde et que nous la voyons compagne inséparable du progrès des arts, des lumières et de la civilisation. Les peuples les plus éclairés de l'antiquité dnt été des peuples commerçans. Tyr, Phocée, Carthage, Marseille, Corinthe ont dû au commerce leur rich^se et leur renommée : or, le commerce , c'est la doctrine du produit net appliquée dans toute sa pureté.
Si nous passons à des temps plus rapprochés de nous, nous trouverons que le système du produit net a été pour moitié an moins dans tout ce qui s'est fait de mémorable depuis* la chute' de l'empire romain ; si l'on veut passer en revue les peuples qui se sont illustrés dans la liltératin*e , les arts , la science du gouvernement , ou quelques autres des exercices de l'intelligence, on trouvera' parmi eux les Vénitiens , les Génois, les Pisans , les Florentins , les Anglais , les Hollandais, les Américains :' tous ces peuples ont dû leur splendeur à la doctrine du produit net ; elle leur a donné presque
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constamment le sceptre des mers et la gloire d'étendre \eun races bien aii-ddà des limites de leur pays.
Il se trouve des esprits qui préfèrent au rigorisme du positif quelque chose de plus vague et de moins défini : ces esprits s^amusent à placer la puissance là où ils ont placé leurs Acuités et ils se croient sincèrement d*une nature meilleure et plus élevée , parce qu'ils n*estiment pas et ordinairement ne comprennent pas ce qu'il y a de pins réel dans la vie des peuples. Voici les reproches qu'ils adressent assei habitnellement à la doctrine du produit net :
l"* Le produit net épaissit et appesanti! les intelligences; il cicoonscrit, la sphère de l'esprit et en restreint l'activité aux opérations mesquines du comptoir ; rien de généreux à attendre de l'homme qui s'attache au produit net; plus d'é<lan, pins de premiers mouvemens, plus de sacrifices : unit est pesé, calculé, analysé, à la balance et au creuset.
V Plus de résolution, irius de courage, plus de dévoù* meni ; le bien-être occupe une trop grande place dans U cœur de celui qui cherche le produit net : les vertus militaires s'éteignent et soai remplacées par l'amour d'un gain sordide.
Z^ Plus d'amour des arts , plus d'imaginaiion , plus d'i^ déal; les arts ne produisent pas, ils charment; mais le charme n'est , dans la vie de l'industriel , qu'un élément improductif, une soperfétation.
On peut produire assurément de nombreux exemples d'é«golsme et de faiblesse Intimement liés à la doctrine du produit net ; mais à quel système, à quelle croyance n'a-t-oo pas accouplé, dans la longue sucoeflsion des temps, tous les m^ yen et tous les vices ? Le prodmt net est l'un des élémeas les plus puissans de bonheur privé et public ; mais on ne peut le regarder comme une panacée universelle , comme un préservatif assuré contre toutes les influences et toutes les tentations* Quiconque s'attachera au produit net appor*^ tera dans sa carrière une cause de puissance et de succès , en ce sens que , toutes choses égales d'ailleurs , il devra
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remporter-sur ceux qui o'auraat pas des idées aussi arrêtées que les siennes; mais , si loates les autres choses sont inégales, sa supériorité sur un seul point ne rachètera pas son inféricMrité sur plusieurs autres : c'est être trop peu exigeant pour 8oi*mênie que de se contenter d'avoir une seule vertu.
ISom avons vu pourtant des races d^hommes qui, pendant plnaiears siècles , n'en n'ont pas possédé d'antre et qui , à l'aide de celle-là, ont résisté comme il sera dit diaprés, à tontes les violences et à toutes les persécutions.
Que l'amour du produit net se soit trouvé souvent isolé de la moralité qui doit lui servir de guide ; qu'il ait alors dégé-* aéré en avarice et en esprit de rapine , c'est ce qu'on ne saurait contester ; mais n'a«t*-on pas vu de même l'esprit de conservatiott dégénérer en rouUne, l'esprrt militaire en brigandage, l'esprit religieux en flsinatisme et en hypocrisie? Peut-OB raisonnablement conclure de l'abus à l'nsage?
N'estril pas facile d'ailleurs de trouver la cause de l'abns et dis oonsttter qu'il est provenu de cavses tout-à-foit étrangères? Prenons l'exemple leplus frappant de tous.
Depuis la destruction ée Jémsalem , les Israélites se sont répandus sur toute la surface du globe : la poursuite du pro^ duît net a paru être toujours leur passion dominante et lenr principal moyen d'existence. Bien que de nombreux exemples de hautes vertus aient apparu parmi eux, il n'en est pas moins certain que leur conduite en France a donné lieu , pendant plusieurs siècles , à des reproches fondés ; on les accusait de rapacité , parce qu'ils prêtaient à de gros intérêts , vendaient cher et adietaient à bon marchés Leurs transactions étaieat*elles toajoars exemptes de fraudes? C'est ce que personne ne voudrait garantir. Mais quel était le régime auquel on les avait soumis? Sous quelle loi vivaient ils? Quelle protection leur accordaient les gouvemèmens? L'Hébreu le plus probe et le plus intelligent, par cela seul qu'il émit Hébreu, devait éternellement vivre hors la loi, soumis , non-reniement awx exactions des rois et des chefe
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d*année , mais encore , au bon plaisir des facUbos ei aux caprices de la populace ; tout prétexte était bon poar dépouiller ou torturer un Israélite. Dans les besoins publics, on les pressurait sans plus de ménagemens qu'on n'en observe vis-à-vis d'une éponge ou de quelqu'autre objet inanimé : dans les commotions populaires , on disposait impunément de leurs personnes ; celui qui pendait , noyait ou brûlait un Juif croyait, non-seulement être irréprochable, mais encore avoir rempli le devoir d'un bon citoyen et d'un chrétien fervent ; il n'y avait rien de si absurde qui ne fût jugé bon à leur être imputé. Lorsque la disette se faisait sentir, les Israélites avaient accaparé les vivres : lorsque les maladies contagieuses désolaient le pays , les Israélites s'étaient unis aux lépreux pour empoisonner les fontaines. On ne leur faisait pas l'honneur d'un jugement et d'une exécu* tion publique; quelques bandits se transportaient chez eux et les y faisaient cuire à (^it feu; le pillage de leurs richesses servait de récompense aux exécuteurs, comme il leur avait probablement servi de mobile réel. Us y gagnaient en outre assez souvent diverses récompenses spirituelles ou temporelles.
Ces rigueurs que rien ne pouvait justifier expliquent , et de reste, la conduite des Israélites du moyen-âge. Que l'on mette au même régime une population quelconque et sa démoralisation s'accomplira en peu de temps. Les Juife ne valaient alors: ni mieux ni moins que ceux qui les persécutaient. Ils rendirent le mal pour le mal, suivant le précepte de leur religion. Il faut remarquer cependant en leur faveur : 1** que l'initiative de la spoliation ne venait pas d'eux, puis^ qu'ils n'avaient pas le pouvoir en main et qu'ils n'auraient pas pu , quand même ils l'auraient voulu, rétablir dans leurs rapports aveq les populations, la liberté et la justice; 2** que leur faiblesse leur interdisait toute espèce d'acte de violence, de sorte que , .quelque pût être leur désir de s'enrichir aux dépens d'autrui, ils n'employaient jamais la force : on trai-
tait toujours avec eux de gré à gré, ceux qui se plaignaient ensuite de leur avoir engagé ou vendu leurs biens à trop bon marché ne pouvaient disconvenir qu*ils avaient agi librement et consenti à la transaction sur laquelle ils voulaient revenir. Immense différence entre les Israélites et ceux qui les dépouillaient sans aucune apparence de justice!
On ne peut douter que la sécurité et la protection de la loi ne soient un des principaux motifs , comme une des princi*-
pales récompenses de la probité ; les gouvernemenssont donc mal fondés à poursuivre daâs leurs désordres ceux qu'ils ne protègent pas dans leur droiture çt celui qui sait qu'on le traitera toiyours comme un malhonnête homme doit être violemment tenté de le devenir. Que Ton coqipare de nos jours les Israélites vivant dans un pays libre et leurs co-réligionnaires vivant dans un état de dépendance; on trouvera qu'en Orient ou en Afrique, par exemple, les Juifs ne valent pas beaucoup mieux qu'ils ne valaient en France au temps où on les traquait comme des espèces de bêtes fauves, tandis que les Hébreux domiciliés en France ne surpassent ni en cupidité ni en mauvaise foi les -hommes d'une autre religion qui se livrent aux mêmes occupations qu'eux. Du moment où la Charte lésa assimilés à la population chrétienne, ils s'y sont assimilés eux-mêmes et, bien que de vieux préjugés les mettent encore dans l'opinion de quelques-uns au-dessous des autres uégocians, il serait probablement impossible de prouver d'une manière satisfaisante qu'ils diffèrent aujourd'hui pour la probité commerciale, soit des protestans, soit des catholiques. L'égalité devant la loi a produit en eux l'égalité devant la morale.
Ainsi leurs fautes ont été l'ouvrage des temps, mais leur conservation a été leur propre ouvrage : il faut qu'un peuple possède une force de résistance bien puissante pour se maintenir intact au milieu de persécutions et de violences sans cesse renaissantes. Les Israélites dispersés sur toute la surface du globe, sans gouvernement à eux, sans protection,
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sans aiiGon point d'appui positif, d*oiii pas laissé de se maintenir 60 corps de nation, et ils ont offert en cela un speclaôle unil|oe dans les annales du inonde : où ont-ils puisé la force de traverser autant d'épreuves? Quelle ressource a constamment réparé leurs pertes et effacé la trace de leurs revers? Aucune autre que la doctrine du produit net. Ils étaient à peine dépouillés , qu'elle leur venait en aide; ils testauraient rapidement les débris de leur fortune ; ils la reconstruisaient avec une persévérance digne d'une meilleure cause et d'un meilleur succès, car on les pressurait de nonveau , dès qu'on les voyait mûrs pour un second pillage. L'imagination a peine à concevoir qu'il soit physiquement possible de tirer autant d'argent qu'on l'a fait d'hommes placés dans une condition aussi désavantageuse que la leur (1). On ne doit pas prendre ce qui vient d'être dît pour une jvstification de l'immoralité commerciale ; l'apologie de l'usure siérait mal daps la bouche d'un homme qui a consacré plusieurs années de sa vie à préparer les moyens de la restreindre ; m»is c'est précisément parce que je me suis efforcé de remédier à ses abus, que je crois être en droit d'en parler aveo toute la liberté que peut donner la possession d'anté** çédens favorables, en ce sens du moins qu'ils établissent in-
(i) On me dira que les Israélites élaieut le peuple de Dieu, et que leur conservation a été fttuvre de là Providence : il ne peut pas y avoir de doute t&^essus; Hea lie secrèe^ rieo ne se ccMiserve que par ro)*dre de la Provî^ tlcDce. Mais M v<»loiité de Dieu 86 manifeste plus souvent pbr des moyens ordinaires que par des moyens surnaturels; divine dans son principe, elle devient humaine dans sa forme; je veux dire qu'elle s exécute ordinairement sans miracle et sans que le cours des lois de la nature soit suspendu.
Lorsqtie Dieu veut conserver un peuple, une plante, un animal, ou quelque aMreobj«t créé, il n'envoie pas lonjonrs un ange pour veiller auprès avec me épée flamboyante; mais il investit l'objet spécial de sa protection d'une force de résistance toute temporelle qui assure sa durée. Ainsi, si l'on veut connaître quels sont les moyens de conservation les plus efGcaces pour les peuples, il faut rechercher quels sont ceux que le Créateur a donnés aux nations Joui il voulait éterniser rexisteiice.
conlestablement ma booue volwiié et la pomé de mes întenlions. Ce que j'ai voulu prouver, c'est que la docirine du produit net conlient assez de germes de imissanee peur avoir empêché seule rauéaniissement d'un peuple coatre lequel tout le resie semblait conspirer. Il n'eu demeure pas moins incontestable qu'eUe ne peul dispenser de la pratique des autres vertus sociales et en particulier de la probité et de la fidélité aux engagemens pris.
Si i'on doutait que la doctrine du produit net pût s'al* lier avec la culture des arts , nous citerions Fiorence et les Médicis.
Si l'on doutait qu'eUe put s'aUier avec ia délicatesse en matière d'argent, nous citerîwis TaïUque Marseille, non telle que l'a faite la conquête /romaine qui , en la privant de son indépendance , la priva ^u^si de presque toutes ses vertus, mais telle qu'elle était dans les joiirs de sa souveraineté. Les écrivains ancteos s'accordent à nous présenter les Marseillais d'alors comme le modèle de la loyauté, de ia gravité et de l'humanité éclainée.
Si l'on doutait qu'elle put s'allier avec ia vaillance militaire, nous citerions les cités de Flandre qui tinrent si souvent en échec les plus puissantes armées de la France et de l'empine; mais pour faire mieux comprendre la situaiion de ces villes visr-à-vis des états militaires de leur temps, il est utile de parler d'abord de ia rivalité constante qui a divisé dans tous les siècles les étais guerriers et tes états industriels.
U vie des peuples comme celle des hommes n'est qu'une lutte dans laquelle chacun s'etforce de conserver ce qu'il a aoquis et d'acquérir ce qui lui manque $ le fefble, l'ignorant, le négligent, suecombent et voient leur propriété passer etitre le» mains, du fart , du vigilant et du laborieux. Il est rare qu'une race d'boinmes l'emporte à etie seule sur toutes les autres et sur tous les points : ordinaînement les facukés sont divisées, et ce qui est aet^m par un moyen est reperdu par queMe autre voie, de sorte qu'il s'étaMk une balance entre
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les diffère ns peuples ; ils se font contre-poids Tan à Pantre ; leurs envahissemens réciproques se neutralisent et se compensent; après de longs débats, ils se retrouvent fréquem* ment au même point d*où ils étaient partis; Cependant le succès ne manque guère au plus habile, et
voilà pourquoi Us s'efforcent tous de choisir un champ de
bataille qui leur permette de déployer leurs avantages spéciaux. Les cavaliers recherchent les vastes plaines ; les armées composées de fantassins aiment les lieux diflSciles et coupés où les chevaux ne peuvent agir. Il en est des luttes entre les peuples comme des luttes entre les armées ; chacun d'eux tâche d'éviter les combats désavantageux et d'attirer ses adversaires sur le terrain où il se croit supérieur. Le peuple adonné au produit net sait que la paix est son élément et qu'en temps de calme il doit envahir ses voisins par la force de son industrie ; le peuple guerrier comprend que la paix le livre à la merci de ses voisins industrieux : il en appelle donc sans cesse à son épée pour regagner par la supériorité de ses armes ce qu'il a perdu par l'infériorité de ses combinaisons commerciales.
L'histoire nous présente sans cesse les peuples guerriers aux prises avec les peuples industrieux. Si la paix durait toujours, ces derniers envahiraient rapidement le monde : si la guerre était continuelle, les premiers demeureraient seuls maîtres du globe.
Ici se présente naturellement 'une question. Est-il impossible de réunir en un seul peuple les deux facultés de la paix et de la guerre et de lui donner ainsi une supériorité constante sur la totalité de ses voisins? Il est très certain que la chose est possible et , si la France regardait avec atten^tion les nations qui l'environnent, elle en trouverait peut-être une qui l'a faite, ou à-peu-près ; mais on ne peut nier qu'elle ne soit très difiicile et qu'elle ne demande une réunion assez rare de lumières et de ressources préparées de longue main.
Presque tous les peuples se contentent de l'un des deux at-
tributs , ei leurs efforts tendent sans cesse à éloigner les circonstances qui paralysent celui dont ils sont possesseurs. Le plus souvent, les peuples industrieux n^honorent pas assez Tétat militaire; ils lancent dans la voie du négoce leur population lout entière et ils soudoient des étrangers qui se chargent de leur défense.
Il y a différens degrés dans cette introduction de soldats mercenaires : la pire de toutes les combinaisons consiste à appeler un chef indépendant entouré d'oflSciers et de soldats qui lui appartiennent. S*il y a quelque mécontentement dans la bande soudoyée , elle se tourne comme un seul homme contre l'état qui les payait^ et les dépenses faites pour entretenir l'armée ne servent qu'à amener au cœur du pays un ennemi puissant.
Telle était la position qu'on avait faite aux condottieri d'Italie.
D'autres peuples appelaient seulement différens corps isolés d'étrangers qu'ils enrégimentaient et mettaient sous la conduite d'un général de leur nation : c'est ainsi qu'agissaient habituellement les Carthaginois. Ils tiraient des Gaules ou de la Numidie des soldats commandés par des oiSciers de leur race , mais un Carthaginois prenait le commandement en chef; aussi, quand les mercenaires se révoltaient, le général ne se déclarait pas leur complice, et il n'y avait plus, dans les mouvemeos de l'armée privée de son chef, cet accord et cette unité qui eussent certainement doublé ses forces.
Les Anglais n'ont jamais renoncé à posséder une armée nationale; cependant aux Indes, l'éloignement et le climat les ont déterminés à se servir de soldats du pays. Mais, pour ôter à leurs régimens de cipayes tout pouvoir d'agir efficacement contre la volonté du gouverneur, ils ne leur ont donné que des Anglais pour officiers ; de sorte qu'au premier mouvement d'insubordination, la totalité des chefs se retire, il n'y a plus de commandement dans la troupe insurgée^ x?-
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n*e8t plus une armée capable de se mouvoir, c'esl une cohue sans ordre el sans aucun pouvoir d*acUon. Après les armées composées de nationaux , cette combinaisoii est à coup sûr la phw rassurante pour les gourernans et les gouvernés; mais elle exigé , de la part des nations qui soudoient , une portion de leur propre population qui veuille et puisse commander les simples soldatb d*un autre pays.
Nous avons dit qu'en temps de paix les peuples industrieux envahissaient les peuples guerriers : Ton pourrait citer des milliers d'exemples de ces envahlssemens graduels et constans. Les peuples guerriers ont ordinairement des finances délabrées et qu'ils ne peuvent restaurer par le crédit , puisque chez eux le crédit n'exisie pas; dans leurs besoins, ils s'adressent aux peuples industrieux pour en avoir de l'argent ou des objets de première nécessité. Gomme ils ne peuvent pas payer, ils engagent; tantôt ils cèdent temporairement ou h perpétuité leurs mines , lenrs péages , leurs droits de douanes ; tantôt ils transmettent la propriété des terres nationales, des ports ou de quelques places. La cession est à peine consommée que le peuple guerrier la regrette, et croit ou feint de croire qu'il a été dupe dans la transaction. Comme les objets cédés sont ordinairement près de lui, sous ses yeux, leur vue irrite à chaque instant ses regrets; le désir de s'en ressaisir devient chex lui une idée fixe, et à la première occasion favorable, il s'en remet en possession.
De là la guerre ; mais aussitôt qu'elle est déclarée , il ne s'agit plus, pour le peuple guerrier, de recouvrer seulement ce qu'il a perdu , il s'agit encore d^nlever au peuple indus^ irieux la plus grande part possible de ses richesses. Le peuple industrieux n'a ordinairement aucun désir de prolonger la guerre; il achète la paix par des concessions et, dès que le calme est revenu, il recommence à envahir graduellement son voisin.
Il n'y a pas de rivalité plus haineuse que celle qui existe entre deux peuples qui ont des venus opposées et qui corn-
bauejit avec des armes différenies. Les qualités de Tun ne sont pas comprimes par Taulre et ses défauts paraissent monstrueux à une race qui a des défauts eonfiraires.
Telle était donc la situation des villes de Flandre vis-ià-vis de leurs puissans voisins ; dès que lïndustrie avait enrichi une ville, des bandas guerrières venaient lui demander une part de ces richesses; les républiques d'Italie, en un cas semblable, payaient, pour se battre à leur place, d'autres ti'oupes de soldats qui ordinairement faisaient cause commune avec Jes envahisseurs ; mais les Fiapiaads ne confiaient à personne la besogne qu'ils pouvaient faire euat-mémes. Les ouvriers se réunissaient tous sous la bannière de Jeurs métiers et se présentaient en rase campagne. Les combats terribles qu'ils soittinrent.contre la chevalerie française et bourgujgnonjae et dont ils sortirent souvent vainqueurs, doivent servir de réponse a ceux qui prétendent que Tindustrie affaiblit le corps et énerve les courages. Cependant c^est après leurs défaites qu'il est le plus curieux de les observer, liorsqu'une ville manufacturière avait livré une bataille malheureuse , lorsque ses vaillans ouvriers ne devaient plus reparaître ni dans leur atelier ni sur le champ de ba* taille, les gens d'armes prenaient possession desesBuu^ailies : alors commençaient ces scènes de dévBstatiop qui semblât devoir effacer les villes de la surface de la terre. Après qu'on avait pillé tout ce qui présentait quelque valeur, on saccageait le reste et on massacrait tout ce qui avait survécu à la bataille.
Les armées victorieuses agissent assez souvent sans autre but que celui de faire le mal ; elles paraissent momentané^ ment saisies d'un amour désintéressé pour le carnage et la destruction ; elles tuent alors pour le plaisir de tuer et souvent elles ne résistent pas au bonheur d'incendier les choses mêmes dont elles auront besoin le lendemain. Mais, indépendamment de. ces sentimens généraux, un autre mobile animait les vainqueurs : c'était la profonde et violente haine
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qui séparait les commuties ei leurs bourgeois d!one part, et de Tautre les barons et leurs vassaux. Lorsque ces deux pouvoirs en venaient aux mains, c'était toujours avec le désir sincère d'arriver à la destruction complète l'un de l'autre. Les communes ne voyaient dans la chevalerie qu'une race de frelons insatiables , et les barons pensaient que tout homme qui se battait sous la bannière d*nn métier devait par cela seul être égorgé sans miséricorde.
On ne pouvait donc rien ajouter aux fléaux que l'armée victorieuse faisait peser sur la ville vaincue; lorsqu'elle croyait l'avoir anéantie radicalement et pour toujours , elle s'éloignait de ses débris et la laissait déserte et réduite en cendres.
Cependant il y avait une puissance occulte qui échappait toujours à l'incendie et à la masse d'armes des barons : c'était l'esprit d'industrie. On ne pouvait pas si complètement mas* sacrer qu'il ne demeurât quelque débris de la population vaincue. Des chefe d'atelier, des ouvriers qui avaient sur* vécu se réunissaient dès que les vainqueurs s'étaient éloignés ; ils s'établissaient dans les ruines ; ils relevaient peu-à* peu les murailles abattues ; ils appelaient d'autres ouvriers auprès d'eux €t, au bout de peu d'années, la cité restaurée par l'industrie présentait de nouveau à ses amis des produits précieux et à ses ennemis de hautes murailles couronnées de vaillans défenseurs.
Lorsque la guerre détruisait quelque cité moins industrieuse, il lui fallait des siècles pour se rétablir; et les nombreux débris de villes anciepnes que la charrue parcourt aiyourd'hui attestent qu'un grand nombre d'entre elles ne survivaient pas à une pareille épreuve.
Ainsi , dans les siècles barbares , la puissance de l'industrie menaçait à chaque instant l'existence des plus grands états : telle était sa force d'action qu'elle se faisait jour à travers les barrières que lui opposaient l'esprit du temps et la difficulté de communications alors presque impraticables.
Elle pénétrait dans les châteaux fortifiés, et rendait le haut baron tributaire des manufactures étrangères ; elle enveloppait tellement les peuples guerriers, que ceux-ci se voyaient conlinueiledlent amenés à Tattaquer contre toute justice, pour éviter d'être absorbés par elle.
Si tel était son empire lorsque tout concourait à en arrêter le développement, il est difficile de prévoir aujourd'hui quelles limites pourraient lui être assignées. L'Europe est percée de grandes routes et de canaux ; les lignes de douanes sont abattues , du moins pour une grande partie ; des traités de commerce ouvrent les ports aux marchandises des différons peuples. En outre , les nations industrieuses ne sont plus composées , comme autrefois , de quelques villes sans territoire, fortes seulement de leurs richesses et du dévoûment de leurs habitans. Des peuples nombreux protègent les centres de production ; les armées les plus aguerries ne pourraient s'en approcher sans livrer des batailles dont l'issue serait au moins douteuse et dont la perte n'entraînerait pas la destruction des vaincus.
Les chances ont donc changé en faveur des sectateurs du produit net ; la facilité des communications leur ouvre à toute heure les chemins des pays étrangers et^ la réaction guerrière que provoquaient ordinairement les progrès industriels a perdu la plus grande partie de sa puissance. Il n'existe donc plus d'arme qu'on puisse opposer efficacement à l'industrie ; ce n'est que par elle-même qu'on peut la combattre. Certains physiciens prétendent que la colonne d'air qui pèse sur les corps vivans les écraserait en un instant, si ces corps n'étaient eux-mêmes imprégnés d'air qui fait résistance à la pression atmosphérique.
lU OB l'agriculiukb,