‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 41 sur 126 · BE LA PETITE CULTURE, ETC · texte numérisé non relu

BE LA PETITE CULTURE, ETC

pensaient qu'on ne peut trop les réunir. L'erreur des premiers est venue d'une source trop louable pour qu'il soit possible de les blâmer bien sëTèrement. Uniquement préoccupés du bien-être des classes pauvres , et convaincus avec juste raison , qu'elles ne pouvaient être heureuses sans posséder, ils ont voulu leur assurer un avoir personnel et indépendant du taux variable des salaires; jusque-là rien que de parfoitement sensé et de conforme à toutes les prescriptions de la raison et de la philantropie; mais, par une préoccupation malheureuse , ils n'ont pas songé qu'on pouvait posséder une terre sans ia faire valoir de ses propres mains ; ils ont confondu, de la manière la plus complète, la division de la propriété avec la division de l'exploitation.

La propriété ne saurait être trop morcelée; sa division, du reste /doit être l'œuvre du temps et d'une législation éclairée. Toutes les fois qu'un empressement maladroit a voulu hâter, par des mesures exceptionnelles, la division que l'avenir devait seul amener, des calamités sans nombre ont surgi à la place des heureux résultats qu'on s'était promis. Mais quand la division de la propriété résulte de sages réglemens et d'usages anciennement établis , elle ne saurait être poussée trop loin. A quelque degré qu'elle parvienne, elle ne saurait jamais devenir nuisible ; dans le cas même où l'on aurait employé la violence pour l'obtenir, ce ne serait pas de son excès que résulterait le mal, mais seument du mauvais choix des moyens mis en usage pour y arriver.

La division de l'exploitation est poussée trop loin dès qu'elle fait diminuer le bénéfice net des terres (1). Chaque

(i] Il en est ainsi de l'induslrie ; et lorsque certains hommes d*éiat entravent le développement des grands établissemens manufecturiers poar les empêcher d^étonffer les petits , ils sont injustes et vio'ens envers les premiers. L'industrie riche et savante étouffera toujours l'induslrie pauvre et inhabile : vouloir Ten empêcher, c*est, sous un autre nom, combattre le progrès et repousser les lumières au profit de Tiguorance.

78 DB LAGftlCULTL'REy

ferme doit payer une ma8Be de frais générau qui devieD* nent excessifs s'ils ne se répanisseni pas entre des terrains d*une grande étendue. Le plus important de ces frais , c'est l'entretien d'un homme instruit et capable qui dirige les travaux dans la voie la plus productive. Il existe une énorme différence de produit entre une ferme régie par un praticien (*clairé et une autre terme de même valeur régie par un routinier sans mérite. Eh bien ! l'homme de mérite doit être payé chqr, dans quelque carrière qu'il se lance, et l'agriculture ne fait point exception à la règle. Si l'homme ca^ pable ne se trouve pas suflteamment récompensé de ses travaux, il change de carrière, car il n'ignore pas que toutes les carrières sont ouvertes à la capacité.

Comme les terres qu'il cultive doivent lui fournir seules le salaire qu'il est en droit d'attendre, il est nécessaire qu'elle» soient en grande quantité, parce que chacune d'elles ne peat payerqaune somme déterminée. Que l'on compare la diffc* rence d'instruction et de puissance qui existeentre les fermiers anglais et les fermiers français! le fermier français est ordinairement un homme simplequi exécute sans réflexion ce qu'il a vu exécuter àses pères : lefermierangtaîsest très fréquemment un homme tout aussi bien élevé que son propriétaire; il possède chez lui une bibliothèque choisie oii se trouvent réunis tous les documens relatife à son art ; il a Voyagé et vu mettre en usage les pratiques les plus diverses et les plus perfectionnées 5 aussi il a le choix entre un grand nombre de méthodes et il applique constamment celles qui sont les mieux adaptées à la nature de son sol et aux habitudes de son climat. Bour lui, tout est étudié et approfondi avant que sa culture commence; ie fermier anglais est un savant dans son genre; le fermier français est un travailleur. Que résulte-t-11 de cette différence? Que le fermier anglais fait rendre annuellement à une terre deux ou trois fois plus que le fermier français. Si nous recherchons les causés de cette disproportion, nous trouverons que la principale, c'est la différence despro-

Page 1