‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 40 sur 126 · DE LA PETITE CULTURE 9 ETC · texte numérisé non relu

DE LA PETITE CULTURE 9 ETC

OU de grever Taveoir : leur prévoyance ne parut pas $'éieudre au-delà du lendemain» Lorsqu'on examine quelle fut dans ce temp8 la conduite des grands propriétaires vis-à-vis de leurs terres, on croit avoir sous les yeux une bande qui vit à discrétion sur les biens d'autrui, plutôt qu'une réunion d'hommes sensés qui cherche à mettre les siens en valeur. Us s'y gouvernèrent comme l'eut fait un corps d'inv^oa devant évacuer le lendemain et, en effiet, le lendemain ils évacuèrent; la nation se lassa pQur plusieurs molife des grandes propriétés et des grands propriétaires! des mesures 1res positives furent prises pour amener un changement de régime; et, parce que la réuni<Hi des terres entre les mains de courtisans incapables avait nui à la bonne cuUure , ou crut que leur division ne pouvait jamais être poussée trop loin : on sacrifia tout au désir immodéré de morceler. Des lois déplorables sur le parcours et les clôtures vinrent se. combiner avec un système hypothécaire oppressif et ruineux ; les héritages se divisèrent à chaque génération et les ^^ législateurs d'alors crurent avoir fait un chef-d'œuvre en contraignant chaque héritier à cultiver de .«es mains son petit champ et eu l'attachant à sa propre gl^èbe, comme auparavant on l'avait attaché à la glèbe d'autrui.

Si la propriété seule avait été divisée, il n'y aurait que des éloges à donner au système ; mais ce n'était point assez pour satisfaire la monomanie de morcellement qui existait alors; après avoir divisé les terres, il fallut aussi diviser indéfiniment les exploitations. (1)

(i) Il importe de présenter 1res clairement à l'intelligence du lecteur la distinctioD à liire entre l'exploitation et la propriété. Lorsque 5o hectares appartiennent au même propriétaire et sont cultivés par Je même fermier , il y a réunion de la propriété et de l'exploitation; si les 5o hectares appartiennent au même propriétaire et sont cultivés par 3o fermiers, il y a réunion de la propriété , division de Texploitation ; si les 5o hectares appar-^ tiennent à 5o propriétaires qui cultiventcliacun leur petit lot, il y a division de la propriété et de l'exploitation ; eufin , si les 5o hectares appartiennent

76 DE l'agriculture,

Là où il o*y avait qu'une ferme et où raisonnablement on pouvait en Introduire dix , on en mit cent et on prit des mesures infaillibles pour qu'avant soixante ans il y en eût mille. On crut qu'un homme serait toiyours un parfait modèle de bonheur et d'indépendance tant qu'il cultiverait ses propres terres , fiissent-elles aussi étroites que le fer de sa bêche : enfin, on supposa qu'en agriculture la propriété était tout et l'étendue rien.

Il est très curieux de rechercher dans les écrits du temps les vues des hommes d'état qui réglèrent l'avenir agricultural * de la France. Leur opinion parafe s'être formée principalement par la lecture des bucoliques de Virgile et leurs dis* cours sont une assez bonne paraphrase des fameux vers :

« O fortanatos DÎmiuin tua n boat BArinl • igrtcolul !!....•

Avant d'entrer plus avant dans Texamen des faits, exposons d'abord les principes immuables qui doivent régir toute opération agricole : nous examinerons ensuite en quoi les législateurs français s'en sont écartés.

De même qu'il peut y avoir des fermes ou exploitations trop étendues, il peut y en avoir aussi qui ne le soient pas assez. Il y a en toutes choses une certaine mesure au-delà de laquelle on sort évidemment du vrai et de l'utile. Le plus habile cultivateur ne vivra pas sur une pièce de terre de six pieds carrés ; quelque laborieux qu'on le suppose, il ne tirera nul parti d'un pareil terrain, à moins toutefois qu'il n'ait le désir de s'y creuser une fosse.

Ceux qui ont cru qu'on ne pouvait pas trop morceler les exploitations se sont aussi complètement trompés que ceux qui

à 5o propriétaires et sout cultivés par un seul fermier , il y a divisiun de la propriété et réunion de Texploitation. C'est ce dernier état qu'on devrait favoriser , et que les lois entravent , au contraire , de tout lenr pouvoir.

Page 1