I>E LA VAINE PATURE
Les défenseurs du statu guo en matière de communaux prétendent que la petite culture n*est pas possible sans pâturages communs; s'il en est ainsi, c'est un mal de plus qu'on doit imputer à la petite culture ; gutre le terrain qu'elle soustrait au bénéfice net, directement et par ses travaux , elle lui enlève encore indirectement celui qu'elle force à laisser en friche. Il y a long- temps que la comparaison a été établie entre les peuples pasteurs et les peuples cultivateurs. Ceux-ci tirent du sol des richesses infiniment supérieures à celles qu'en font sortir les premiers : or, si une portion de terre est nécessairement vouée au genre de culture qui rap* porte le moins, c'est autant de diminué sur la richesse publique et par conséquent sur le revenu indirect du pauvre.
^ II. De la vaine pâture,
La vaine pâture est le droit que possède tout habitant d'un village de conduire, après l'enlèvement des récoltes, ses bestiaux sur les terres qui ne lui appartiennent pas.
Il n'est pas facile d'assigner un motif bien plausible à cette disposition. Pour en indiquer l'origine, il faudrait remonter vers les temps où la terre était utilisée par le pâturage plutôt que par la culture ; elle paraît avoir été conservée par un désir immodéré de favoriser la petite culture par tons les moyens possibles, et bien au-delà des limites fixées par les principes et la raison.
En effet, ce n'est point par esprit de justice qu'on a attri* bué à l'un une sorte de part dans la propriété de l'autre : ce n'était non plus la reconnaissanee d'un droit. Il y a plusieurs faits qui le prouvent :
i"" Le nombre de bétes que peut faire pâturer chaque ha* bitant n'est pas déterminé et son droit n'est pas transmissible ; il ne peut pas , par exemple , céder à l'habitant d'un village voisin le droit de faire paître son bétail à la place du
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sieo : ce ii*est donc pas un droit précis, une pari qu'il possède dans la chose , c'est une tolérance accordée dans certaines limites.
3® Le propriéuire des terrains peut se préserver de la taine pâture en faisant enclore son héritage d'une haie , d'un mur ou d'un fossé , nouvelle preuve que la vaine pâture n'est pas un droit ; si elle en éuit un , il subsisterait après la clôture comme avant.
Ou ne peut s'empêcher de reconnaître un manque singulier de logique dans cette exemption de la vaine pftture accordée à quiconque veut se clore. Il n'est sûrement pas désirable que les campagnes se hérissent de haies vives et de murs de toutes sortes : les terrains occupés par l'aubépine ou par une ligne de pierres sont perdus pour l'agriculture , et cependant on accorde des privilèges à ceux qui rétrécissent ainsi l'étendue des terres cultivables ; et le propriétaire qui ne consent pas à sacrifier une partie de ses champs pour libérer le reste demeure grevé d'une servitude qui rend très difficile l'adoption d'une bonne méthode de culture. 11 faut remarquer qu'ici le mal existe pur et sans mélange; le propriétaire qui s'est clos a dépensé de fortes sommes en constructions improductives ; il a dissipé , pour arranger de la chaux et des pierres , les ressources à l'aidé desquelles il aurait amendé et fertilisé ses champs : on le récompense de ce qu'il a fait une faute, et peut-être est-ce un devoir pour la législation , puisque c'est elle qui l'a contraint à la faire.
Il y a ici perte pour tous. Le propriétaire a payé très cher pour amoindrir l'étendue de sa culture ; il s'est doublement appauvri et l'état en souffre dans la même proportion , puisque la richesse publique n'est que la réunion des richesses privées. A qui cette opération peut-elle profiter ? On doit la classer parmi ces impôts , les plus détestables de tous , qui grèvent les uns sans enrichir les autres et qui n'aboutissent finalement qu'à une destruction des ressources de l'avenir.