DU DÉFRICHEMENT DES BOIS
for plusieurs familles pauvres ; mais le même heclare cultivé en pommes de terre pourrait les nourrir; s*il était en prairie, il fournirait de la viande ou de la laine; il pourrait donc les fortifier ou les habiller: ce serait en outre pour elles une masse de travail productif infiniment supérieure à celui que la coupe du taillis fournit à quelques bûcherons.
Il est de notoriété publique qu'un heclare de bonne terre rapporte moins en bois que par toute autre genre de culture; or, ce seul fait prouve invinciblement que la culture des bois est la moins utile de toutes aux masses : en effet ce sont les besoins généraux qui déterminent la valeur vénale du produit d'une terre. Si un homme offre d'un pain plus d'argent que d'une bûche , c'est qu'il a plus besoin d'alimens que de combustible; si la récolte d'un hectare en luzerne irouve des acheteurs à un prix plus élevé que la récolte d'un hectare semblable implanté en bois, c'est que la masse des acheteurs a plus besoin de la luzerne que du bois: le prix offert par le consommateur est la mesure exacte de l'utilité qu'il tire de l'objet mis en vente. Il est parfaitement clair qu'il offre d'autant plus qu'il éprouve des besoins plus pressans : ainsi , multiplier par la contrainte des produits peu recherchés et peu payés, c'est multiplier des produits comparativement peu utiles ; et comme la terre ne peut donner simultanément deux récolles, c'est entraver la culture d'autres plantes infiniment plus nécessaires au public , puisqu'il les paie infiniment plus cher.
Ceci ne doit pas être pris d'une manière trop absolue; il y a des réserves à faire pour les terrains en pente, etc., etc.
Nous passons sous silence plusieurs considérations qui ne sont pas sans importance, mais qui ont trait à l'agriculture, plutôt qu'à la misère.