DES PRÉS NATURELS
nos voisins ; nous avons eu recours à la ressource des faibles; nous nous sommes entourés d'une ceipture de douanes derrière laquelle nous abritons nos méthodes défectueuses : il serait peut-être plus raisonnable et plus progressif de les améliorer. Qui doute que nous ne puissions opposer avec confiance nos ressources à celles de la Suisse ou de l'Ailemagne? Qu'est-ce que ces peuples ont de plus que nous? et si l'on met à part les vices de nos lois et de nos coutumes , par où leur pays est-il supérieur au nôtre?
Une remarque assez caractéristique peut être faite sur les différens ouvrages d'agriculture qui s'élaborent en France ; que l'on consulte tout ce qui s*est imprimé de nos jours, depuis les Annales de Roville jusqu'aux modestes comptes rendus des comices agricoles et des sociétés d'agriculture publiés par les journaux des départemens, on trouvera partout l'éloge des prairies artificielles et la méthode de les créer : quant aux prairies naturelles, elles ne sont mentionnées presque nulle part. Cependant si Ton veut travailler d'une manière efficace à la multiplication des bestiaux dont le déficit est la plaie capitale de notre agriculture, c'est incontestablement par les prairies naturelles qu'il faut attaquer la difficulté.
La prairie artificielle suppose une agriculture déjà très perfectionnée; elle exige des engrais considérables. Elle en crée aussi ; mais, pour commencer la rotation, il faut un fonds qui ne se trouve pas dans les exploitations ordinaires. Créez des prairies artificielles et vous au^ez des engrais; ou bien, ayez des engrais et vous pourrez créer des prairies artificielles, c'est incontestable. Mais comment commencera celui qui ne possède ni engrais, ni prairies? Comment il commencera? S'il a de Teau, il commencera par des prairies naturelles; pour elles, les pluies et les ruisseaux sont des fécondans aussi efficaces que le plâtre pour les trèfles ; elles ne demandent rien de plus et une terre arable, transformée en pré arrosé , prend bien autrement de valeur qu'une terre
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à blé ensemencée en irèfle. J*ai entendu un cultivateur suisse qui visitait un pays pauvre de la France et qui , se trouvant sur le bord d*unc rivière, disait à un agronome : « Vous vous plaignez que vous manquez d'engrais , et vous en laissez passer là dix mille tombereaux par an, qu'il ne tiendrait qu'à vous d'arrêter. ^
Les pays à irrigations sont certainement les plus riches du monde. Il n'y a qu'à voir la Suisse , le Piémont et le royaume de Valence. Et cependant, en France, le code rural est disposé de manière à les rendre presqu'impossibles. (1)
(i) On ne trouvera dans la législation française aucune disposition qui soit nominatÎTement opposée à la création des prés naturels ; mais il n'en est pas moins vrai que son ensemble leur oppose des obstacles insurmontables.
Le premier consiste dans la division de la propriété foncière. Il n*y a pas , sauf toujours les cas exceptionnels, de bonnes prairies naturelles sans irrigation; or, l'irrigation devient difficile dés que le terrain est morcelé :
I* Une prise d'eau eni^c des dépenses qui doivent être couvertes par le produit de la prairie. Il faut pour cela que cette prairie ait des proportions raisonnables.
a® Les niveaux d*eau ne peuvent être obtenus qu'à l'aide de rigoles prises quelquefois de très haut. Il faut traverser les fonds de plusieurs propriétaires ; et s'il s'en trouve un seul mal disposé, il paralysera les efforts de cent autres. Par une contradiction bixarre, la loi qui force les propriétaires voisins à donner un passage pour le transport des engrais solides » tels que fumier , chaux , etc. , ne les oblige pas à laisser passer l'engrais sous forme liquide; cependant un cours d'eau peut n'occuper que i pied de large , tandis que le tombereau ou la charrette chargée ne peut passer par une route de moins de 6 ou 7 pieds ; sous ce premier point de- vue, l'avantage devrait être donné. a l'irrigation. De plus, les engrais solides qui se mènent à la voiture sont tous utilisés de manière ou d'autre , tandis que les engrais liquides, c'esl-à-dire les eaux de rivière, sont presque toujours perdus. C'est donc une richesse toute créée qu'on laisse détruire entièrement, sans compensation ni profit pour personne.
3° Les ponts-et-chaussées prétendent intervenir dans la création des barrages et cours d*eau. Leur concours est nuisible en deux fiaçons : 1*^ il est très cher ; ses employés exigent des honoraires élevés; ils veulent éclairer les propriétaires sur la forme des constructions et la masse d'eau nécessaire à l'irrigation : or, comme les employés de cette administration sont dépour-